‹ François VillonChapitre 26 sur 262 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

L'Université de Paris tirait son origine de l'école placée sous la surveillance du chapitre de Notre-Dame. Au xii^ siècle l'enseignement de Pierre Abélard y avait attiré un grand nombre d'étudiants ; puis le célèbre docteur avait professé la scolastique sur la montagne Sainte-Geneviève où ses disciples étaient demeurés après lui. Bien qu'on tînt alors Charlemagne pour le vrai fondateur de l'Université \ on n'avait pas, au temps de Villon, perdu tout souvenir de l'infortuné professeur^ :

Ou est la très sage Helloïs,

Pour qui fut chastré et puis moyne

Pierre Esbaillart a Saint Denis ?

A la fin du xiii"^ siècle, avec l'aide des papes, les maîtres de Paris s'étaient organisés en corporation indépendante, en Nations, en Facultés. Cette corporation des maîtres, réunie sur Ja montagne Sainte-Geneviève, on l'appela l'Université 3. C'est 4'elle que Jean de Jandun a dit : « J'ai vu dans ce lieu les sept arts libéraux représentant les sept candélabres qui brûlent sans cesse devant Dieu et qui sont l'origine de tout ce que l'on peut savoir » ; il a nommé la montagne Sainte-Geneviève la sainte

1. Cf. Christine de Pisan, éd. Buchon, p. 283. On rencontre encore cette tradition chez Conozet (Antiquilés de Paris, éd. P. Lacroix, p. 35-36) et la Saint-Charlemagne demeure toujours la fête des écoliers.

3. J'utiliserai beaucoup dans cet exposé l'excellent livre de Ch. Thurot, De l'orgànisation de Venseignei)ient dans l'Université de Paris au Moyen Age, 1850.

montagne où, à l'instar de la triomphante Jérusalem, s'était établie la sagesse du Très-Haut'.

Les étudiants ne faisaient pas partie de l'Université ; ils demeuraient dans les quatre Facultés qui formaient, avec les Nations, autant de compagnies séparées. Chaque Faculté avait ses officiers, son sceau, son coffre, son patron et ses messes, réglait ce qui était relatif aux grades et aux études. L'assemblée des maîtres, qui avait lieu le samedi après la messe du matin, se tenait dans l'église Saint-Julien-le-Pauvre, ou aux^Mathurins pour la Faculté des Arts; aux Mathurins se réunissaient encore la Faculté de l'héologie et l'assemblée générale des maîtres qu'on nommait l'Université ; quant à la Faculté de Décret, elle se rassemblait à Saint-Jean de Jérusalem.

Les Facultés étaient rangées officiellement dans l'ordre suivant : Théologie, Décret, Médecine et Arts. Les trois premières étaient dites supérieures parce que la Faculté des Arts leur servait d'introduction. C'est dans cette dernière que François Villon étudiera.

Qiiand un écolier avait appris la lecture, l'écriture et les éléments de la grammaire latine, vers sa douzième année il pouvait se rendre à l'Université de Paris pour suivre les leçons de la Faculté des Arts. Il s'attachait jadis à un maître qui devait le réclamer lorsque le prévôt le mettait en prison. Généralement maîtres et écoliers se groupaient selon leur origine ; le plus souvent ils logeaient dans le même hôtel et mangeaient à la même table. Ces maîtres étaient pour la plupart fort jeunes, puisqu'on obtenait la maîtrise es arts à vingt et un ans et le baccalauréat à quatorze. Il y avait de grandes inégalités de fortune entre les étudiants: les uns dépensaient lo sous parisis par semaine, les autres mendiaient leur pain ; et les maîtres leur donnaient parfois leurs vieux habits ou leurs vieilles chaussures. Pour gagner de quoi vivre et poursuivre leurs études, ils copiaient des livres, balayaient, ramassaient

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