‹ François VillonChapitre 4 sur 262 · IV PRÉFACE · texte numérisé non relu

IV PRÉFACE

suivant la méthode de Marcel Schwob, extraire la substance de ses notes, vérifier ce qui me paraissait douteux, compléter ce qu'il avait laissé dans l'ombre. L'utilisation la meilleure de tous ces renseignements m'a paru exiger le cadre le plus large pour y situer tant de notions sur les fréquentations du poète et sur la vie d'autrefois. De grandes scènes se sont alors développées dans mon esprit. Une « vie de François Villon », un tableau de la société de son temps s'imposaient à moi désormais. C'est en cherchant à Blois le poète vagabond que j'ai rencontré sur ma route le bon et précieux prince, Charles d'Orléans.

Infortuné Marcel Schwob! Que d'heures passées devant des parchemins et des papiers jaunis ces copies représentaient ! Car vous vous acheminiez presque chaque jour, déjà courbé, aux Archives : et cette rude besogne de dépouillement vous charmait, vous si jeune cependant d'imagination et de cœur, conteur nourri de bonnes lettres et dont le goût demeura si étrange tout ensemble. C'était encore dans le petit sous-sol en bordure de la rue des Francs-Bourgeois, avec ses tables rondes, où il semblait que l'omnibus allait verser, parmi les cartons entr'ouverts, dans un grand fracas de vitres. Et Siméon Luce vous surveillait d'un œil exempt de bienveillance !

Là Marcel Schwob tournait inlassablement les feuillets des registres de la chancellerie ou du Parlement, copiait doucement, de sa belle et menue écriture d'humaniste; il m'initiait à l'histoire violente du xV siècle, à la difficile lecture des notes rapides de cette époque qu'il aimait tant. On n'oubliait pas une telle figure : le front parcheminé et dépouillé, l'éclat singulier des yeux, la bouche grande, jeune et rase, le nez courbe, celui des Sémites, que l'on retrouve aussi sur les très fins profils des bas-reliefs égyptiens, le cou maigre flottant dans le col trop large de la chemise.

Puis tout à coup, épuisé dans ses dernières années par la souffrance et le rêve, sa tète s'inclinait sur sa poitrine : c'était alors un effondrement de son corps chétif. Plusieurs fois le garçon de la salle des Archives le crut mort. Ou bien je retrouvais Schwob aux heures douloureuses de l'ennui, du dangereux bonheur, de la maladie, couché par goût dans la plus petite chambre de son appartement, entouré des beaux livres qui étaient son seul luxe. Car Marcel Schwob lisait en voluptueux. Il me tendait sa main courte, que j'aimais à tenir dans la

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