PREFACE V
mienne, et sa voix blanche se faisait tout à coup autoritaire et démonstrative. Un Villon n'était pas loin, à portée de son lit. Ainsi j'ai été le témoin, le confident de ses découvertes, d'hypothèses exposées et condamnées presque aussitôt avec une chaleur égale ; et souvent je l'aidai dans ses recherches. Il avait la bonté de voir en moi un disciple : c'est ainsi que je fis à Dijon de nombreuses copies et formai le dossier du procès des Coquillards que nous devions publier ensemble.
Parfois Marcel Schwob parlait de son Villon comme d'un travail achevé dans son esprit; à d'autres moments, comme d'un projet qu'il traînait pour le charme de sa vie. Et volontiers il donnait lecture à quelques intimes des deux premiers chapitres que j'ai publiés avec ses notes, les seuls qu'il ait jamais écrits. Ils montrent du moins toute sa maîtrise, sa science incomparable, la forme sèche et vibrante qui était la sienne. Je me suis bien gardé de l'imiter : ce sera un des chagrins de ma vie de n'avoir pas lu le beau livre sur Villon que Marcel Schwob eût écrit.
Un jour je lui posai une question naïve : « Mais, vous devez le voir, Villon ? » — « Je vois seulement le petit doigt de sa main. » Pauvre et regretté Marcel Schwob, j'espère, pour toute l'amitié que j'ai eue pour vous, ne pas avoir trahi la confiance que vous aviez mise en moi ! Mais, au nom de la vénération que je vous portais, je dois revendiquer ici le péril d'avoir pensé, écrit et documenté ce livre à ma façon. Le lecteur le reconnaîtra bien vite, hélas !
Si cet ouvrage a du moins quelque mérite, j'entends qu'on l'attribue à la continuité qui a présidé à son développement, malgré tant de disgrâces. Auguste Longnon avait abrité un temps Marcel Schwob, jeune homme, dans son petit bureau des Archives, tandis que des recherches sur le jargon l'avaient rendu passionné de Villon ; et c'est Auguste Longnon qui m'a fait travailler auprès de lui, dès ma première année à l'Ecole des Chartes, au dépouillement des archives du fonds de Notre-Dame relatives à la Cité.
Nommer Auguste Longnon c'est saluer l'initiateur, l'érudit admirable et perspicace qui a découvert tout ce que nous savons de la biographie de Villon, et qui a publié, avec autant de science que de prudence, les œuvres mutilées de notre poète. Jamais on n'en rendra assez témoignage. Génie intuitif formé à sa seule école, Auguste Longnon fut, uarnii les historiens du siècle dernier, un créateur. Il faudra bien des