VI PREFACE
années encore pour apprécier tout ce qu'il a apporté de nouveau par la seule étude des, noms de lieux. Nous lui devons une méthode d'analyse, des exemples achevés de synthèse quand il nous a dit, par exemple, la formation de la nationalité française. Science infinie, patience, divination, rigueur, clarté, telles pouvaient paraître les qualités essentielles de ce grand travailleur. Mais Auguste Longnon était aussi un homme d'un goût très sûr, d'une sensibilité aiguë. Il savait aimer les belles lettres et se délassait des rudes publications documentaires par la lecture de notre vieille littérature qu'il possédait parfaitement. Un tel zèle ne peut que susciter la fortune. Ainsi Auguste Longnon eut le bonheur de retrouver le Méliador de Froissart : il fut tout aussi heureux avec Villon. Auguste Longnon a découvert le peu que nous possédons sur le poète ; il l'a rendu pour la première fois lisible; il a montré la manière de commenter un texte littéraire à l'aide de documents d'archives ; il a entrevu que tout était réel chez notre auteur. Il faut le répéter en tête d'un long travail sur Villon, quand on a pu vérifier soi-même, et pendant longtemps, l'étendue et la rigueur de ses recherches, quand on a cru les amender ou les compléter parfois. Tous les Villonistes lui doivent ce tribut. Schwob rendait toute justice, comme je le iais ici, à ce maître regretté. Ces deux hommes ont préparé, en quelque sorte, le livre que j'ai tenté de réaliser.
Autant que le permettent les manuscrits de Villon, qui ne sont pas excellents et ne se classent pas très bien, on peut dire que la récente édition d'Auguste Longnon nous donne un texte aussi parfaitement établi que possible : les quelques vers douteux de notre poète ne paraissent pas devoir être corrigés de sitôt, et sans l'aide de sources nouvelles. Mais le sens de l'œuvre demeure cependant obscur.
On s'est beaucoup préoccupé ici de l'explication de ces petits huitains, trop peut-être au goût du lecteur. C'était là un champ en partie inexploré. Et si mon livre offre quelque nouveauté, c'est surtout en cela que j'aimerais qu'on le reconnût. En somme il semble bien que la plaisanterie de Villon doive presque toujours être entendue par antiphrase : s'il dépeint quelqu'un comme un enfant, il faut comprendre un vieillard ; s'il le dit dénué de biens, c'est un riche ; s'il parle d'un honnête homme, il y a à parier qu'il s'agit d'un coquin. Les louanges que donne Villon correspondent à un bienfait, et ses médisances, à un refus de l'obliger. Car la plupart des hommes riches et considérables