‹ François VillonChapitre 53 sur 262 · Ed. Fournicr, Histoire des Enseignes, p · texte numérisé non relu

Ed. Fournicr, Histoire des Enseignes, p

6. Voir la liste des tavernes parisiennes dans le Bulletin de la Soc. de l'Hist. de Paris, 19 12.

encore dans la mémoire des ivrognes' : beaucoup d'eriseignes léguées facétieusement par Villon doivent être tenues pour des enseignes de taverne.

Ainsi pullulaient les tavernes officielles dans un temps où les hôtelleries, bonnes ou mauvaises, étaient fort rares \ Or beaucoup de gens autres que les taverniers vendaient aussi du vin de leur récolte. C'était un privilège très apprécié des bourgeois de Paris de débiter dans leur maison le vin libre d'impôt et franc du droit de chantelage' ; et l'on pouvait être tavernier en exerçant une autre profession "*.

Aussi il faut voir quelle place tiennent la vente du vin et la culture des vignes dans la société des bourgeois parisiens de ce temps. Le bonhomme surveille d'un œil averti le progrès de ses vignes, qui se montrent aussitôt que l'on a passé l'enceinte des murailles de la ville. Il voit avec peine leur floraison retardée; avec horreur les loups, les hannetons, les hommes d'armes ou le soleil qui les dévastent. Il a, pour recevoir son vin, cellier d'hiver ou d'été, car ce vin léger est de conservation difficile : par un temps trop sec il tire à l'aigre, au gras ou au roux ; le plus souvent il est faible et sent son verjus. Quand il abonde, sain et net, blanc comme vermeil, le vin coûte i denier la pinte ; dans les années où il fait défaut, il vaut jusqu'à 6 et 8 deniers. Alors on brasse la cervoise : mais la bière demeure la boisson

1 . Mercier notera dans son Tableau de Paris que le dernier emploi des enseignes est de diriger leurs pas. (Cité par Ed. Fournier, op. cit., p. 194).

2. Le 14 août 1461 on attendait à Paris le roi Louis XI, sacré à Reims, qui devait faire son entrée dans la capitale avec une grande suite de seigneurs de son sang, nobles, capitaines, officiers et autres : « lesquelz, selon leur estimacion et multitude ne pourroient estre logez es hosteleries de Paris pour la grant diminucion et petit nombre en quoy elles estoient, obstant le long temps que le roy et les seigneurs de son sang avoient delaissié à faire leur résidence et fréquentacion en lad. ville. » On devra les loger chez les bourgeois. Le prévôt et les échevins mandent aux quarteniers, cinquanteniers et dizainiers de la ville de faire une information à ce sujet (Arch. Nat., Z'H 15).

5. Arch. Nat. Z'f 26 (affaire de Jean le Séneschal, bourgeois de Paris et bedeau de l'Université).

4. Voici par exemple un orfèvre-tavernier, Jacquet Voisin (Arch. Nat., X^" 41, 14 janvier 1477, n. st.).

des pauvres gens, de ceux-là qui se nourrissent d'herbes, de fèves, de pois, de choux, de poires, de fromage, de pain et de harengs en carême '.

Vendre son vin, cela s'appelait « faire taverne ». De grands seigneurs, des bourgeois, tout le monde faisait taverne à Paris. Les écoliers du collège de Bourgogne baillent en payement à leurs maîtres le produit des vignes qu'ils possèdent. Leurs parents leur adressent des vins qu'ils font vendre, exempts du quatrième, pour payer les frais de leurs études \ Malgré les décrétales interdisant aux clercs l'exercice du négoce, en particulier de tenir taverne, cette coutume était si générale en France que les religieux de ce pays considéraient la chose. comme licite '.

Beaucoup de légataires de Villon tiendront taverne, et parmi eux des religieux : les religieuses de Montmartre, qui prétendent jouir du droit des bourgeois parisiens ^ ; les Chartreux de Paris, qui obtiennent de faire venir par les Marchands de l'eau 30 muids de vin, et de les vendre au détail en leur hôtel assis en la rue aux Prescheurs \ Pierre Merbeuf, un riche drapier ; Nicolas Laurens, un puissant marchand ; les francs-

1. J'ai tiré tous ces détails du Journal d'un bourgeois de Paris, éd. A. Tuetey, passiiv.

2. Arcl:. Xat., Z'" 20, foL 210 \°. — Le 4 octobre 1452 ou voit qu'un écolier de l'Université, Philippe le Royer, plaide contre le fermier du quatrième du vin vendu au détail et à taverne dans la Cité. L'écolier déclare qu'il a fait venir 4 muids de vin de son cru pour le distribuer à taverne dans sa maison de la Cité. 11 doit prouver qu'il est écolier, et que les vignes sont bien à lui ; le 6 octobre, il déclare qu'il a été arrêté sans raison puisque le vin doit subvenir aux frais de ses études. (Arch. Nat., Z'» 20).

3. Voir la bulle du pape Pie II insérée dans les Registres Mémoriaux de la Chambre des Comptes M., 16 mai 1462 (Bibl. Nat., fr. 8064). Le pape n'entend plus tolérer ce scandale public et, sous peine d'excommunication, interdit aux ecclésiastiques le commerce du vin, de quelque provenance qu'il soit.

4. Les religieuses se sont « ingérez de foire fere taverne publique en ceste ville de Paris et vendre vin à détail, comme pourroient et peuent faire en ceste ville les bourgeois et habitans... » On les ajourne devant le Bureau de la Ville où elles déclarent avoir autrefois joui -au privilège des bourgeois : « par le temps de la guerre, parce qu'elles ne se povoient ne oseroient tenir en leur abbahie, avons pardonné aux dites religieuses l'amande ou forfaicture ». (Arch. Nat., Z'h h, fol. i., 17 nowmbre 1451).

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