Montaiglon, Anciennes poésies françaises, XI, p
Il ne demeure pas moins vrai qu'on allait souvent à la taverne pour s'enivrer, jouer le soir malgré les ordonnances ', chanter avec fracas de joyeuses chansons à boire. Blasphémateurs et taverniers étaient visés par les mêmes mesures de police ^ La taverne était l'antre des suppôts du diable' où le pauvre monde se ruinait '' :
Si le peuple a quelque indigence, La taverne en est la cause.
C'était là une longue tradition ; la rude peinture d'une taverne que nous trace Rutebeuf au temps de saint Louis demeurait encore véridique pour l'époque où vécut François Villon \ On y voyait les buveurs sortant de la taverne nus comme les bêtes, ayant laissé en gages leurs habits :
Tout ont joué, tout ont beu.
Ainsi Villon léguera fictivement à Robert Vallée : [Ses] brayes estans aux Trumelières <^,
ce qui revient à dire son caleçon laissé pour gage à la taverne des Trumelières, non loin des Halles ", en notant la plai-
1. Une ordonnance du 27 mai 1350 disait bien que les taverpiers ne devaient pas recevoir les buveurs chez eux lorsque le couvre-feu de Notre-Dame avait sonné : mais il est continuellement question, dans les documents, de beuveries et de jeux nocturnes que venait interrompre le guet (Cf. par exemple, Arch. Nat , X^» 17, 2 mars 1416, n. st.)
2. Voir les notes de Montaiglon, Ajicieunes pocsies françaises, VI, p. 171.
3. Nous perdrons nos plus belles roses Puisque les tavernes sont closes...
C'est le diable qui parle. (Montaiglon, Anciennes poésies françaises, II, p. 223).