PRÉFACE VII
qu'il a pu approcher dans Paris, ou qu'il connaissait de réputation, sont nommés par Villon dans son Testament ; et lui, qui n'a rien, fera ses exécuteurs des grands et des riches de ce monde. C'est un procédé constant chez lui, commun à bien des polémistes. Il n'y a pas lieu sans doute d'en tirer d'autres conséquences. Faire du Testament une satire politique et sociale, comme le demandait parfois Schwob, c'est exagérer à coup sûr. Les équivoques, les calembours (et de quel ordre !) répandus dans la littérature, sans doute dans la conversation des écoliers de ce temps, font comprendre le plus grand nombre des plaisanteries de Villon. Et puis l'inexplicable demeure. Comme la beauté d'une œuvre, sans un certain mystère, serait diminuée !
Ce n'est pas seulement en dépouillant tout ce qui nous reste d'archives parisiennes contemporaines de Villon, en reconstituant la vie des légataires, comme j'ai tenté de le faire dans les appendices de ce livre, en traçant un tableau de l'ancien Paris, qu'on prépare un bon commentaire des poésies de Villon. Il faut encore être nourri de toute la littérature du quinzième siècle : notre savant ami^ M. W. G. C. Byvanck, a montré tout le parti qu'on pouvait tirer de cette méthode dans le Spécimen d'un essai critique sur les œuvres de François Villon '. Il a prouvé que celui-là qui avait lu tous les écrits de ce temps, en avait retenu les mots et l'esprit, en homme de goût qui entend faire pardonner sa puissante érudition et parler de Villon comme d'un cher auteur moderne, celui-là était seul capable de bien comprendre ses poésies. A Byvanck le mérite d'avoir dit le sens et la place des Lais dans la littérature du quinzième siècle.
Les grands artistes sont toujours influencés par leur temps et réagissent contre lui. Comme Charles d'Orléans a résumé la courtoisie, Villon a résumé tout l'art réaliste et populaire de son temps. Mais tous deux protestent, à leur façon, contre la prolixité niaise de leur époque. Ce jeune homme a donné une leçon aux artistes de tous les âges : il a prouvé, une fois de plus, que les grandes et fortes créations de l'esprit ont presque toujours pour point de départ une réalité. L'œuvre de Villon est réelle ; elle exprime la vérité même. En dépit de Marot je ne regretterai pas que Villon ait traité de « telles choses basses et particulières ». Leur explication n'est évidemment que du domaine de