‹ François VillonChapitre 61 sur 262 · Ballade des menus propos (Poésies div., II, v · texte numérisé non relu

Ballade des menus propos (Poésies div., II, v

4. « Dit oultre que le premier jour de janvier derrenier passé, environ huit ou IX heures de nuyt, partie adverse accompaigné de deux autres compaignons vindrent en lad. taverne [Les quatre Fil^ Hémoud rue de la Juivrie] d'icelluy appellant [Thomas de Vienne], lui demandèrent s'il avoit point de vin de Beaune et que le vin François ne les eschauflfoit pas assez, ou n'estoit pas assez bon et fort à leur voulenté... » (Arch. Nat., X-» 50, 12 mars 1483, n. st.)

5. Cf. entre autres Eustache Deschamps (La bataille des vins) qui conseille de ne pas boire de l'hvpocras, du claret et du garnache qu'il tient pour de « gros vins vermeils » faisant mal à la tête et aux reins ; voir surtout le Blason des vins de Pierre Danthe. Bibl. Nat., ms. fr. 1721, fol. 60.

6. Un muid de « vin morillon du cru des vignes dudit Hubé assises ou vigne de Conflans » est vendu 4 écus d'or en 1465 ( Arch. Nat., Z^ 3258, fol. 105 vo).

Mais ce que Villon tiendra pour le comble de bonheur, c'est de boire de l'hypocras.

Boire ypocras à jour et à nuytee ',

telle est la belle vie qui lui semblera préférable à toutes les bergeries de Franc Gontier. Comme l'hypocras était un vin chaud additionné de cannelle, de gingembre et de poivre, on pense quel devait être le résultat de cette boisson terrible et propice à l'amour ^

Nous ne saurions quitter la taverne sans indiquer qu'elle vit naître, chez les clercs qui la hantaient, toute une littérature dont les principaux représentants furent Villon et Rabelais K

Il y a encore aujourd'hui des facéties amusantes seulement dans certains lieux, et dans un certain état d'esprit. On trouve bien des traits de ce genre dans beaucoup de plaisanteries de ^^illon, des calembours, des à-peu-près, des farcissures d'école, des obscénités qui devaient être goûtés surtout des clercs bons buveurs :

Ce faisant je m'entroublié

Non pas par force de vin boires...

Car les étudiants affectionnaient ces chansons à boire macaroniques, dont il semble, à les lire, qu'on entende encore marteler sur les tables leurs rudes refrains. En voici quelques-unes que Villon a pu chanter et qui montreront le rapport de cette littérature de taverne avec la sienne :

2. Voici la recette de l'hypocras : « Cynamome fin, demie livre, valant vj patars. Sucre fin, une livre, valant viij patars. Ginge[ni]bre blanc, une unce, valant j patart. Cloux, masses, muguectes pour ung patart. Graines, long poivre, pour ung patart. Et que toutes les dictes espisses soient mises en pouidre, et que elles soient nouvelles et non éventées ». Brit. Muséum, ms. Landsdowne, 380, fol. 262 v».

3. C'est ce qu'a finement indiqué A. de Montaiglon dans la notice de son Monologue d'un clerc de Taverne {Anciennes poésies françaises, t. XI, p. 34 et suiv.).

Leiabimus alléluia '.

Beuvons du vin — Et chantons de cuer cler et fin — Alléluia !

Q.ui vin ne boit — Ne sceit pas lequel bon soit — Res miratida.

Les clercs qui par le pays vont — Dient que les bons vins sont — Vale uostra .

En Beaune et en Beauvoisin — Boit on le soir et le matin — Sol de slella.

Carmes et Augustins — Boivent voluntiers bons vins — Semper clara.

Jacobins et Cordeliers — En boivent aussi volentiers — Pari forma.

Il n'est char freschc ne sallce — S'elle n'est de bon vin arrousée — Fit corrupta.

Ypocras et Gallien — Tiennent ou livre ancien — Hec predicta.

Femme qui bon vin boit — Jamais elle ne vouldroit — esse ceca.

La femme d'un villain — N'aura ja le cuer sain — S'elle n'a le ventre plain — Puerpera.

Benoist soit qui bon vin bera — Et qui bonne chère fera — Car tous paieront gens — misera. — Alleluya !

Si cette chanson évoque immédiatement à notre esprit les attaques de Villon contre les Carmes, les Jacobins et les Cordeliers, en voici une autre qui nous remet en mémoire l'idée de l'admirable ballade pour l'âme de ce bon buveur, feu M'^ Jean Cotard :

Ecce botiiun viniiin veiiife polcmns -.

Veiiite tous nos bons voisins — Si chantons à ce bon vin ' — Salulari nostros ! — [Se] nous beuvons vin de hault pris — Nous n'en pouvons estre reprins. In confessioue pleiw poto juhilemiis. Ecce, etc.

Quoniam qui bon vin bera — En Paradis tout droit ira — Super omnes Deos

— Car se bon vin ne bevions — Avironner ne pourrions — Omnes fines terre. Si boyra à moy qui meconspexit. Venite potenius...

Qiwniam li bon Cordelier — Qui n'ont ne maille ne denier — Gros oysons et gros chappons — Scevent très bien despecher — Inter manus ejus — Et quant ilz sont en leur couvent — Ils escrient très haultement — « Tu es Deus noster — Et nous sommes tous tes enfans — Et oves pascne ejus »...

Hodie se vignes failloyent — En très mal an entrez seroient — Corda nostra

— Vin d'Anjou et de Saint Poursain — Et vin de Beaulne qui est sain — liberavit patres nostros — Et bien boire est tousjours mis — opéra nostra. Venite potemus .. .

XL ans ay je vescu — Et tousjours me suys apperceu — Que ceuls qui de bons vins mesdient — Hic erant corde — L'autre jour ung serment faisoye —

Page 1