‹ François VillonChapitre 66 sur 262 · Dit du Mercier · texte numérisé non relu

Dit du Mercier

6. « Les appelez proposent au contraire et dient que l'appellant [Estienne dit Arragonoiz, bon, paisible... qui se mesle du fait de change...] est un très fort joueur de dez, à quoi nulles fois ne pert, par certain art qu'il a ». (Arch. Nat., X'« 4788, fol. 540, 14 juillet 1410).

jouait à la taverne, non seulement des oublies et le corbillon sur lequel on jetait les dés, mais encore de l'argent ' ; d'autres variantes du jeu de dés étaient la chance, la rajfle et la griache \

Aux cartes, on s'adonnait surtout au jeu du gUc et à la condemnadeK Les « mercerots », qui formèrent une classe assez suspecte de la société du xv^ siècle, les vendaient dans les campagnes \

Il peut sembler singulier, à première vue, de compter parmi les jeux prohibés les billes, les quilles et la paume.

Cependant il en était ainsi depuis la fin du règne de Charles V. Les billes étaient des boules que l'on « crossait » à terre avec le billard, une sorte de bâton : il arrivait fréquemment qu'on s'en servait pour assommer son adversaire. Le jeu de billard était en somme l'occasion de fréquentes rixes \

Quant à celui de la paume, il était réputé, avec les dés, bien propre à former un jeune homme qui doit paraître avantageusement dans le monde : ainsi en témoigne une « ballade joyeuse » de ce temps, où l'on croit entendre parler Villon ^ :

Qui n'a joue a la paulme et au dé, Qui n'a du sien despendu ung grant tas, Qui n'a esté un peu oultrecuidé.

Qui n'a cuidé valoir cent mille mars, Qui n'a heurté de potz et de hanaps.

Qui n'a croqué volontiers bonne pye.

Qui n'a tout fait cela — vêla le cas — Il n'est digne d'aler en compaignie

1. Fr. Michel et Ed. Fournier, Histoire des hosielleries, cabarets..., p. 214.

2. Sur ces jeux, et d'autres, voir d'excellentes notices de Michel Psichari, Les jeux ■de. Gargantua dans la Revue des Etudes Rabelaisiennes, 1908.

3. « Qui est un jeu : et y a l'un qui levé la carte. On demande : « Que veulx tu ? » L'un dit : « Un Roy », ou « une Royne », ou « un Varlet », et si ce qu'il demande vient, il gaingne ; et quant deux entendent l'un l'aultre, ilz gaignent toujours, et est pipé l'autre ». (Arch. Nat., X'» 4820, fol. 219 v», !«■ avril 1479).

4. Cf. P. Champion, Les sociétés dangereuses du XV^ siècle, appendice à L. Sainéan Les sources de l'argot ancien, p. 389.

5. Voir entre autres une lettre de rémission aux Arch. Nat., JJ. 167, fol. 564 bis.

6. Ms. de Stockholm, fr. LUI, fol. 6. — Cf. Marcel Schwob, Parnasse satyriqtu, p. 1 31-140, qui l'a publiée d'après le ms. de la Bibl. Nat., fr. 1719.

On jouait d'ailleurs au jeu de paume de l'argent que l'on allait boire après dans une taverne voisine'. On y rencontrait des femmes, comme cette jeune Margot du Hainaut que tout Paris admirait en 1427 : car elle jouait mieux qu'un homme « devant main, derrière main ». Souvent les jeux de paume furent des mauvais lieux. Le jeu de paume qui réunissait alors les plus forts joueurs était celui de la rue Garnier-Saint-Ladre, que l'on nommait le Petit Temple Ml yen avait d'autres rue du Bourgl'Abbé en la plâtrière ; rue du Pélican ' ; rue Vieille-du-Temple à l'enseigne du Cerf volant-^ ; celui de la Trémoïlle, derrière Saint-Eustache ; de la Croix Noire, dans la rue des Barrés ; de Ylicii Doré, à la Porte de Bordelles : le Trou PerreUe, cité par Villon, se trouvait en la Cité, ainsi que celui de Perpignan.

Il fallait, à ce jeu violent, se dépouiller de ses vêtements : comme à la taverne, le tenancier du jeu de paume les conservait en gages pour les esteufs ou balles qui seraient perdues dans la partie '.

On ne saurait douter que Villon n'ait pratiqué un jeu si répandu alors, lui qui a nommé très justement « tripot » le Trou PerreUe, et qui a usé avec justesse des termes horid et voilée. Avoir la balle au bond, c'était la renvoyer après un ricochet et marquer un coup inférieur au jeu de paume ; mais la prendre à la volée, c'était triompher de son adversaire en la rejetant d'un coup direct ^' :

Or ont les folz" amans le bont, Et les dames prins la voilée ^ ;

1. Voir par exemple l'afFairc de Jacques Noël, étudiant en l'Université de Paris. (Arch. de l'Aube, G. 2599).

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