‹ François VillonChapitre 8 sur 262 · VIII PREFACE · texte numérisé non relu

VIII PREFACE

l'érudition et de l'histoire. Mais ce sera l'éternel honneur de Longnon et de Schwob d'avoir, à l'aide de documents d'archives, montré la réalité, la sincérité des beaux vers de Villon.

A ceux que cette méthode rebuterait, il sera toujours loisible de prendre' leur plaisir à la simple lecture de Villon, que Marot recommandait si gentiment aux poètes de son temps, et à ceux de l'avenir.

Car telle est la perfection de son œuvre, tel est son pouvoir verbal que, malgré ses obscurités, elle s'impose à nous à toute force. Les « bons vieillards » du temps de Marot en savaient par cœur les meilleurs passages : peut-être ne les entendaient-ils pas mieux que les lecteurs d'aujourd'hui ? Et je sais un de mes amis, homme de mesure, de goût et de raison, qui se plaît à répéter avec volupté les plus insignifiants des huitains du poète :

Ilein, et à mon plus que père Maître Guillaume de Villon...

Miracle d'une œuvre, à jamais vivante, où l'on se demande ce qu'il convient d'admirer le plus : la perfection du verbe, le choix et la place des mots, un emploi inconnu des rimes, la plainte touchante d'un cœur à la fois bon et pervers, qui nous pénètre comme un cri ?

C'est le secret du génie de François Villon. Il lui a valu, parmi ses contemporains, des protecteurs, de nombreux lecteurs, une célébrité immédiate; et Villon demeure le seul poète du moyen âge qu'on lise aujourd'hui.

Je n'ai pas voulu dire que sa triste vie nous attache davantage à lui ; et je ne prétends pas non plus que l'explication des traits d'esprit des Lais et du Testament ajoute beaucoup au prestige de sa poésie, qui tient en vérité de la magie.

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