Ordonnance du 8 janvier 1416 (n. st
4. La Somme le Roi (Bibl. Nat., fr. 958, fol. 103. Exemplaire copié en 1464 pour Isabelle Stuart),
Or, malgré les ordonnances qui se succédèrent à ce sujet, les filles amoureuses de Paris ne tenaient compte de rien'. C'est qu'alors, et jusqu'en 1446, elles paraissent bien avoir trouvé un protecteur dans la personne du prévôt de Paris, Ambroise de Loré. Bien qu'il eût la plus belle et honnête femme qui se pût trouver, le prévôt se montrait luxurieux à ce point d'entretenir trois ou quatre concubines, « droictes communes, et supportoit partout les femmes folieuses, dont trop avoit à Paris par sa lascheté ; et acquit une très mauvaise renommée de tout le peuple : car à paine povoit-on avoir droit de folles femmes de Paris, tant les supportoit, et leurs macquerelles » "".
Ce fut un beau temps pour les fillettes ! Elles portaient alors les vêtements les plus beaux et les plus riches qu'on aurait su trouver, tout fourrés de gris, de riches ceintures, des atours où elles plaçaient de fins chaperons d'écarlate. Et quand elles se rendaient à l'église, elles se faisaient porter de grands livres où elles ne pouvaient lire, ne connaissant mot ni lettre ; mais on n'arrivait plus à les distinguer des bonnes prudes femmes et des bourgeoises notables de la ville '. Quand la mode s'en répandit, les fillettes adoptèrent aussi les atours réservés aux demoiselles et aux bourgeoises, les robes traînantes, et surtout ces collets et manches renversés qui firent fureur vers 1427. Et telle était leur folie que, pour se mettre en règle avec les ordonnances, les femmes amoureuses se mariaient à des compagnons de petit état, à seule fin de continuer à porter ces belles et longues robes, parfois tissues de soie, ces collets rebrassés, pour la grande confusion des notables et sages bourgeoises de Paris '^.
Au temps où les connut Villon, les fillettes amoureuses ne tenaient plus ce grand état de princesse. Le roi venait d'accorder
I .« Combien que de longtemps et à plusieurs et reitératifes fois l'on ait crié et publié, etc. » 6 mars 1420 (n. st.). Cf. Bibl. Nat., Dupuy 250, ad a. 1420, 26 juin ; 1427, 13 a\Til.