‹ François VillonChapitre 73 sur 262 · Journal d'un bourgeois de Paris, p · texte numérisé non relu

Journal d'un bourgeois de Paris, p

4. Je n'entends pas dire qu'on ne le faisait auparavant. Ainsi, le 13 avril 1427, Jeannette la petite, fille amoureuse, est emprisonnée au Châtelet : au parquet, devant le peuple, un couturier coupe son collet rebrassé ; on confisque les manches de ses robes fourrées de gris ; on arrondit la queue de sa houppelande. Sa ceinture d'argent, comme elle est « excessive en tissu et en ferrure », on la donnera à l'Hôtel-Dieu pour être convertie in pios usus. (Bibl. Nat., Dupuy 250).

qui arriva pour la petite ceinture de Guyenne la Frogière, ornée de mordants et de quatre petits clous d'argent'. On arrêtait mademoiselle Laurence de Villiers, femme amoureuse, pour avoir porté une ceinture ferrée de clous d'argent, une « surceinture » également ferrée de clous dorés, un pater noster de corail à boutons, des Heures de dame à fermoir d'argent doré et un collet de satin fourré de menu vair ^ Quant à Jeanneton du Buisson, elle était condamnée à 13 sous 4 d. p. d'amende pour avoir exhibé deux patenôtres ' !

On voit assez que la police n'était plus tendre à ces fillettes qui osaient se tenir comme des bourgeoises de Paris.

Elles étaient déjà remplacées par de faciles et charmantes marchandes, divinités de l'échoppe portant un nom de guerre qui rappelait leur métier fictif, et parfois le nom de leur pays : telles la belle Féronnière, qu'a nommée Marot, la Jeanneton de Meaux, la Touchaille au dur téton, la belle Héronnière, la grande Gilette, la Vieille aux cheveux blonds, la Chaperonnière, la Chandelière aux talons courts, la grande Hallebardière, Guedone la Pauthonière qui aimait les chaînes et les bracelets, la belle Cadranière et la Lins^ère du Palais^.

C'est à elles que l'ancienne belle Heaulmière parlera dans la charmante ballade qui nous fait connaître ces jolies marchandes de denrées, et d'amour, que Villon a pu voir' :

(( Or y pensez, belle Gantière Qui m'escoliere soûliez estre.

Et vous. Blanche la Savetiere, Or est il temps de vous congnoistre.

Prenez a destre et a senestre ; N'espargnez homme, je vous prie :

Car vielles n'ont ne cours ne estre, Ne que monnoye qu'on descrie ^.

1. Sauvai, Antiquités de Paris, III, p. 344, 556, ad. a. 1444, 1445.

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