Arch. Nat., Z
5. Livre vert vieil du Chàtelet, fol. 43. — Jean du Conseil et Lambin l'Enfant sont dits alors heaumiers du roi.
4. Un mauvais destin veut qu'à deux reprises des documents pouvant nous faire connaître la personnalité de la belle Heaulmière n'aient pas été mis au jour. En 1892 M. A. Longnon écrivait dans la Roiuania (p. 269) : « Siméon Luce annonce la découverte de curieux documents sur la belle Heaulmière qui, vieille au temps de Villon, brillait en 141 5 de l'éclat de sa beauté ; c'était l'une des courtisanes en renom de la capitale ». Luce est mort sans avoir rien publié à ce sujet : à la mort de M. Scliwob j'ai recueilli une note sans référence (François Villon, rédaction et notes, p. 151): « La belle Heaulmière fut célèbre au xve siècle. Maîtresse du boiteux d'Orgemont, elle est dite en 1438 « belle armurière ». Dans la conversation, j'ai le souvenir que Schwob m'avait dit qu'elle demeurait au cloître Notre-Dame. L'intérêt de cette question n'a pas échappé à notre excellent confrère et ami Léon Mirot, qui poursuivait alors une étude des plus documentées sur les d'Orgemont (Moyen Jge, 191 2). Le zèle de notre ami commun vient d'être récompensé, et je crois bien qu'il a mis la main sur les documents connus jadis de Siméon Luce. L. Mirot a retrouvé en effet, à la date du 2 juin 1393, une décision du chapitre signifiant à la belle Heaulmière de quitter à la Toussaint de l'année 1 394 la maison de la Queue Je Renard, où elle habitait actuellement : or cette maison, située à l'angle nord de la ruti Saint-Pierre-aux- Bœufs et de la rue Sainte-Marine, appartenait à Nicolas d'Orgemont, alors doven de Tours. L'on fit revivre en cette circonstance les anciens statuts contre l'introduction
chanoine de Notre-Dame de Paris, le boiteux d'Orgemont, qui possédait terres, hôtels et rentes à Gonesse, à Fontenay, à Méry, tout autour de Paris'. Ce somptueux chanoine, fils du chancelier Pierre d'Orgemont, et frère de levêque de Paris, s'estimait évidemment au-dessus de toute contrainte, puisqu'il avait installé sa jeune et belle amie au cloître Notre-Dame, au mépris des règlements ecclésiastiques. Le boiteux devait plus tard cruellement expier son orgueil, sa fortune plus grande encore, objet de si ardentes convoitises.
Il fut impliqué en 141e dans un vague et mystérieux complot : un certain nombre de Parisiens, mécontents des impôts, devaient s'emparer du roi et livrer la ville de Paris au duc de Bourgogne. Le 30 avril, le chapitre de Notre-Dame le condamnait, en expiation du crime qu'il avait conçu et dirigé, à perdre tous ses bénéfices, à tenir prison perpétuelle « au pain de doleur et à eaue d'angoisse » *. Le même jour Nicolas d'Orgemont fut promené dans Paris, vêtu d'un manteau violet, dans un tombereau servant à emporter les ordures ; le boiteux fut prêché devant le parvis Notre-Dame. Et l'on se partagea les biens de celui qui passait pour le clerc le plus riche du royaume. Sur la requête de ses confrères, les chanoines de Notre-Dame, Nicolas d'Orgemont fut transféré dans les prisons de l'évêquc d'Orléans, à Meung-sur-Loire, celles-là dont Villon éprouvera plus tard la rigueur. L'amant de la belle Heaulmière ne tarda pas
des femmes dans le cloître ; et Nicolas obtint des lettres pour actes de licence et infractions à la règle commune. (L. Mirot, La vie adiiiinistralive et religieuse de Nicolas à' Orgetiioiit, dans le Moyen Age, 1912, p. 117-121).
Nicolas d'Orgemont avait alors dépassé la trentaine, puisqu'il naquit aux environs de 1360. En donnant 20 ans à la belle Heaulmière à k date de son expulsion du cloître, et c'est peut-être la vieillir un peu (au moven âge comme en Orient on appréciait surtout les très jeunes femmes), la belle Heaulmière aurait eu quatre-vingts ans environ en 1456, quand \'illon a pu la voir (tous les souvenirs parisiens de Villon sont antérieurs à 1456). Or le poète en parle comme d'un squelette vivant.
1. Religieux de Saint- Denys, t. VI, p. 9 ; Journal d'un bourgeois de Paris, p. 70,. n. 4.