‹ François VillonChapitre 78 sur 262 · Religieux de Saint-Denys, VI, p · texte numérisé non relu

Religieux de Saint-Denys, VI, p

à y succomber, après un séjour de quelques mois, sur la fin de l'année 141 6 '.

Ce dut être un grand changement pour l'ancienne belle marchande, son amie. Elle ne demeurait plus au cloître Notre- Dame depuis plusieurs années déjà. A la façon dont en parle Villon, il semble que cette ancienne et célèbre beauté vivait en commun avec plusieurs vieilles de son espèce, là où de jeunes femmes exerçaient leur métier d'amoureuses, comme cela se voit encore en Orient. Est-ce bien elle que l'on a cru retrouver en 1438 \ et qu'un document désigne « la belle armuriere » ? Mais puisque dans les plaintes que Villon met dans sa bouche, la belle Heaulmièi;e déclare que son amant, le garçon rusé qui succéda sans doute au riche chanoine dans la misère où elle tomba alors, était mort ce passé trente ans », on peut croire du moins que le jeune poète la vit toute décrépite après 1446, tandis que lui-même était dans toute sa fleur ' :

« Qu'est devenu ce front poly, Ces cheveulx blons, sourcils voultiz4, Grant entroeil, le regart joly, Dont prenoie les plus soubtilz ; Ce beau nez droit, grant ne petiz, Ces petites joinctes oreilles.

Menton fourchu, cler vis traictiz >', Et ces belles lèvres vermeilles ?

« Ces gentes espauUes menues.

Ces bras longs et ces mains traictisses 6,

Petiz tetins, hanches charnues,

Eslevees, propres, faictisses v

A tenir amoureuses lisses ;

Ces larges rains, ce sadinet.

Assis sur grosses fermes cuisses,

Dedens son petit jardinet ?

i. Journal d'un bourgeois de Paris, p. 70-71. — Sur tout ceci voir les recherches si complètes de L. Mirot.

2. Note de Schwob, sans référence. — On lit dans un compte des recettes de la dime du vin payée en argent ou en nature à l'abbesse de Montmartre : « De la belle arnieuriere receu VI s. p. » (Arch. Nat., H. 4002, foi. 72 vo). Un peu plus bas il est question de la veuve d'Arnoui « Machico » (La poulaillère de Villon).

3. r., V. 495-524. — 4. Sourcils arqués. — 5. Le clair visage bien fait. L'expression est de style. — 6. Jolies. — 7. Bien faites.

« Le front ride, les cheveux gris, Les sourcilz cheus ', les yeuls estains. Qui faisoient regars et ris Dont mains marchans furent attains ; Nez courbes, de beaulté loingtains.

Oreilles pendans et moussues ^, Le vis pally 3, mort et destains, Menton froncé, lèvres peaussues4:

« C'est d'umaine beaulté l'issues !

Les bras cours et les mains contraites. Les espauUes toutes bossues ; Mamelles, quoy ? toutes retraites ; Telles les hanches que les têtes > ; Du sadinet, fy ! Quant des cuisses, Cuisses ne sont plus, mais cuissetes " Grivelees comme saulcisses ^.

Quant aux chambrières, que l'on trouvait alors à louer dans la rue des Commanderesses ', elles étaient les amies des étudiants ^ à qui elles donnaient des rendez-vous dans les caves pour faire la fête, tandis que maîtres et maîtresses dormaient^ : sur la mi-nuit on prenait de bons repas ; l'on dévorait de succulentes tartes au fromage et l'on buvait des pintes de vin : après quoi, en silence, Villon ne se faisait pas f;iute de leur remettre en mémoire le « jeu de l'asne ». Inutile de le chercher parmi ces amusements déterminés par des régies, où l'un perd et l'autre gagne '° :

I. Tombés. — 2. Velues. L'expression est de style. — 3. Le visage pâle. — 4. Qui n'étaient plus faites que de peau ridée. — 5. Seins. — 6. Marquées de noir et blanc.

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