‹ François VillonChapitre 9 sur 262 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

l'église SAINT-BEXOÎT-LE-BÉTOURNÉ et M^ GUILLAUME DE VILLON

Dans les premières années du xv" siècle, quand on montait la grand' rue Saint-Jacques, on voyait sur sa droite, à la hauteur de la ruelle Saint-Jean-de-Jérusalem, le chevet d'une vieille petite église enchâssée dans les maisons d'un cloître : c'était Saint-Benoît-le-Bétourné.

On la tenait alors pour l'une des trois églises que Monseigneur saint Denis avait fondées à Paris sous le vocable de la Trinité '. Mais ce qui est certain, c'est que ce sanctuaire remontait à une antiquité fort vénérable puisqu'on y adora les martyrs syriens saint Bacq et saint Serge, quand ces dévotions se répandirent dans les Gaules ; et l'église formait déjà une paroisse de Paris au xii^ siècle. Alors on appelait la Sainte Trinité BenedictusDeus, Saint Benedict, Sire Dieu, Saint Dieu : le nom de saint Benoît semble donc avoir été une autre façon de

I. Raoul de Presles, dans Le Roux de Lincy et Tisserand, Paris et ses historiens aux xive et xv^ siècles, 1867, p. 114 ; au vitrail d'une des chapelles on lisait : in hoc sacello sanclus Dyotiisus cœpit invocare nomen Sanctx Trinitatis (Du Breul, Le Théâtre des Antiquite::;^ de Paris, 1612, p. 258). — Sur tout ceci cf. Marcel Schwob, François Villon, rédaction et notes, Paris, 191 2, p. 1-32.

2 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TExMPS

désigner la Trinité'. Mais il y avait fort longtemps qu'on avait perdu le sens de ce vieux vocable ; dès le xiv^ siècle, le chapitre de l'église célébrait le ii juillet la translation de saint Benoît, le célèbre réformateur du Mont-Cassin, sans qu'aucune tradition justifiât cette fête.

Quant au surnom de Bestorné (mal tourné), il venait à l'église Saint-Benoît de ce que le chœur du vieux sanctuaire regardait l'occident ^ : anomalie qui s'explique facilement par la position même de l'édifice bâti en bordure de la rue Saint- Jacques. Mais, là encore, ce surnom n'était plus qu'un souvenir. Depuis 1349, on trouve des exemples de Saint-Benoît le bien tôiinié : dès ce temps une application plus sévère des règles de la liturgie avait donc fait reporter le maître-autel du côté de l'ancien portail. Ce qui est certain, c'est qu'au xv^ siècle l'accès de l'église avait lieu par une porte latérale ouverte au nord, dans le cloître \

Ce dernier était vaste et formait autour de l'église une petite cité calme, avec ses maisons entourées de jardins. Il s'ouvrait sur la rue des Mathurins"*, en face de l'église, par un long boyau qui s'élargissait pour venir former une cour assez grande le long du bas-côté septentrional de l'église : on y voyait un puits en face de la maison de V Image Saint Etienne. Cette cour se rétrécissait vers la rue Saint-Jacques, où se trouvait la seconde porte du cloître, non loin des prisons. La troisième s'ouvrait sur la rue de la Sorbonne au moyen d'un boyau plus

1. Abbé Lfbeuf, Histoire de la ville .et de tout le diocèse de Paris, éd. Cocheris, II, p. 45, 81 ; Berty et Tisserand, Topographie historique du vieux Paris. Région centrale de VUniversité, p. 87-90.

2. Ecclesix illius forma dissiinilis et dissidens ah aliis ecclesiis : a parte sanctuarii respicit occidentem, ah introitii orienlem, nec permittit in alio loco convenienter officia parrochialia celehrari quant in co, in quo prisas diebus usque ad tempora nostra priores célébra nmt (Epître d'Etienne de Tournai au Pape en faveur de Simon, curé de Saint- Benoit, que certains chanoines de Sainte-Geneviève voulaient contraindre à ériger uq autel nouveau dans quelque autre coin de son église, dans Du Breul, op. cit., p. 258).

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