Gracieuse. — 6. Gré, plaisir. — 7. Une sorte de dague
8. Afin de n'être pas gênant. Cf. Martin le Franc, Champion des Dames, éd. 1530, fol. 126 v :
J'ay veu et je voy et verray... — Aulcuns bien aisez quant on vient — En leurs maisons et qu'on devient — Amoureux : j'ay veu maint mary — Qiii va au vin et n'en revient — Jusqu'après le chalivary !
Je leur tens eaue, frommage, pain et fruit. S'ilz paient bien, je leur dis : « Benc stat ; Retournez cy, quant vous serez en ruit, En ce bordeau ou tenons nostre estât ! »
Mais adoncques il y a grant deshait ',
Quant sans argent s'en vient couchier Margot ;
Veoir ne la puis, mon cuer a mort la hait.
Sa robe prens, demy saint ^ ou surcot,
Si luyjure qu'il tiendra pour l'escot.
Par les costés se prent ; cest Antecrist
Crie et jure, par la mort Jhesucrist,
Que non sera. Lors j'empongne ung esclat 3 ;
Dessus son nez luy en fais un escript,
En ce bordeau ou tenons nostre estât.
Puis paix se fait, et me fait ung gros pet Plus enflambé qu'ung vlimeux escharbot 4. Riant, m'assiet son poing sur mon sommet 5, Gogo^ me dit, et me fiert le jambot/.
Tous deux yvres, dormons comme ung sabot. Et, au resveil, quant le ventre luy bruit. Monte sur moy, que ne gaste son fruit. Soubz elle geins, plus qu'un aiz me fait plat; De paillarder tout elle me destruit.
En ce bordeau ou tenons nostre estât.
Vente, gresle, gelle, j'ay mon pain cuit.
le suis paillart, la paillarde me duit s.
Lequel vault mieulx ? Chascun bien s'entresuit.
L'ung vault l'autre ; c'est a mau chat mau rat.
Ordure amons, ordure nous assuit ;
Nous deffuyons onneur, il nous deffuit,
En ce bordeau ou tenons notre estât.
C'est a à l'uis de l'ostel de la Grosse Margot » que nous rencontrons à une heure indue, au mois de mai 1452, Régnier de Montigny, le mauvais conseil de Villon. Les sergents lui font obser^'er qu'il ne devait pas s'y trouver à cette heure-là et veulent lui ôter sa dague. Mais Montigny pousse un cri
I. Déplaisir. — 2. Ceinture de peu de largeur, à garniture orfévrée (Cf. V. Gay). — 3. De bois. — 4. Qu'un bousier venimeux. — 5. La tête. — 6. On disait « feste a gogo » {Ane. théâtre français, I, 24}), gogoier pour faire la noce. — 7. Et me frappe sur la cuisse. — 8. Me convient.
d'appel : deux compagnons, Taillemine, Rosay dont nous retrouverons le nom sur la liste des Coquillards, surgissent aussitôt et rossent les sergents '.
Une lettre de rémission du mois de janvier 1471 (n. st.) nous apprend que l'hôtel de la Grosse Margot s'élevait non loin du cloître Notre-Dame, là où Ton tolérait les filles de joie ; que sa maison était un lieu de rixes ^
Ainsi, au mois de décembre, Toussaint Bouton, « pauvre jeune enfant de vingt ans », soupait en compagnie de Philippot Noblet, Barthélémy Bonhomme, Jean Davant et Jean Hamelin en l'hôtel du Chasteau, rue de la Juiverie. Après le souper, sur les neuf heures, ils quittent la taverne et s'en vont à l'hôtel de la Grosse Margot, près du cloître Notre-Dame ; là ils demeurent un moment, sans bruit ni querelle. Peu après ils descendent de l'hôtel ; sur le pas de la porte, Davant et Hamelin prennent congé des autres, chacun rentrant chez soi de son côté. Mais, en allant dans la rue où demeurait la dite Grosse Margot, Toussaint, Noblet et Bonhomme rencontrent Noël Mercier, dit le Sourt, qu'ils connaissaient : il parlait à une femme de joie, nommée Thomassine, et lui demandait la chandelle qu'elle portait. Thomassine lui refusait, et Noël d'exiger alors le romarin qu'elle avait à la poitrine, déclarant qu'un refus ne le contenterait pas. Les compagnons s'approchent afin que Noël ne fît aucun mal à Thomassine, pour éviter une querelle. « Que vous faut-il, messeigneurs, leur crie Noël : voulez-vous je ne sais quoi ? » Ils répondent : « Mais vous, en voulez vous à nous ? » Sur quoi ils s'éloignent sans dire autre chose. Or on entend bientôt Philippot Noblet crier : « A la mort ! le meurtre ! » Il appelait par son nom Toussaint, en disant ces mots : « Tuez ! tuez ! » Ses amis accourent, à cet appel, vers Noël qu'ils ne trouvent plus : mais ils rencontrent Noblet, qui leur montre sa blessure, et les prie de le mener chez un barbier : comme le cœur lui manque, on
1. Arch. Nat., X2»25, 21 août 1452, ap. Longnon, Etude biographique, p. 131.