Arch. Xat., JJ. 195, p
3. Un personnage de ce nom est condamné à 60 1. p. d'amende pour un « fol appel », le 14 avril 1462 [n. st.] (Arch. Nat.,X" 31). Le 29 juillet 1463, il est dit clerc non marié et se constituait prisonnier. En compagnie de Pierre Hémart, la veille au soir, lui et d'autres compagnons passant par la rue Tireboudin avaient rencontré Oudin et Jean Petit qui se querellaient avec une certaine Isabelle d'Orléans, et la menaçaient de coups. Il y eut rixe. Colin attrapa Oudin, tandis qu'il se réfugiait dans une maison, le frappa sur la tête avec un gros levier et lui porta trois coups de la dague qu'il avait au côté. (Arch. Nat., Z'oj).
L'Islc, sergents à verge du Châtelet, rencontrèrent à la Porte- Baudover Pierre CarreiT et Gros Pierre. Comme il convient, on va boire à la taverne des Bourses. Puis Piéfort et de L'Isle gagnent la rue Saint-Martin ; ils désiraient ce soir-là de trouver compagnie pour souper en l'hôtel de la Coquille. Là ils rencontrent deux filles amoureuses qui y dînaient, Perrette la Porchete et la Belle. Elles mangeaient un lapin : les sergents s'assoient près d'elle et l'on partage ce lapin : chacun dépense 8 deniers à la taverne. Après souper, ils s'en vont par la rue Beaubourg, passent devant le Molinet, puis par la rue Michelle-Comte jusqu'à l'huis de la Grosse Margot : là ils aperçoivent trois ou quatre hommes, armés de vouges et de pertuisanes. Ils les saluent en passant près d'eux; mais les gens armés ne leur répondent pas. Les sergents vont alors jusqu'à l'huis de la Grosse Catault, chez laquelle ils entendaient filles et femmes faire grande chère. Ils frappent à la porte, entrent, vont s'asseoir sur le banc, sans penser à mal. Les sergents ne portaient aucun bâton et Colin Piéfort avait seulement une petite dague au côté. Sur quoi Guillaume Louvet, Perrenet Gentilz, Clément Godart et Jeannin de Foing survinrent à la porte de la Grosse Catault. Une jeune fille passe la tête par la fenêtre pour voir qui ils sont. Et Louvet et ses amis de demander : « Qui est léans ? » La jeune fille répond : « Colin Piéfort et Simon ». — « Dites à Piéfort que c'est son cousin Jacquet, répond Louvet ». Jeanne vient annoncer à Piéfort que c'était le cousin Jacquet. Piéfort répond qu'il n'a aucun cousin du nom de Jacquet : Louvet insiste, déclarant qu'on pouvait bien lui ouvrir la porte, qu'on verrait bien qu'il était cousin, et qu'il payerait le « vin de cousinage ». Entrent les compagnons armés de bâtons. Louvet porte un coup de pertuisane au bras de Simon et se précipite comme un furieux à la cuisine où Piéfort était assis sur un banc, sans mot dire : ce Ha, estes vous ici ? » ; et Louvet lui met la pertuisane sur la poitrine. La Grosse Catault, qui avait grand'peur qu'un meurtre se commît en son hôtel, embrasse Louvet, lui disant : « Hé,
Guillot, mon amy, me voulez-vous destruire ? Voulez-vous faire un meurtre léans ? » Et Simon de faire obser^Tr que c'était mal fait de chercher querelle aux gens qui ne vous disent rien. Mais Piéfort, se sentant en danger, monte dans la chambre prendre un épieu de guerre qu'on avait laissé en garde à une autre jeune fille, nommée Marguerite. Il redescend, se trouve face à face avec Louvet qui lui lance une estocade de sa pertuisane. L'autre baisse l'épaule et lui porte un formidable coup d'épieu sur la tête.
Une autre fois nous rencontrons chez la Grosse Catault un pauvre compagnon, chapelier de Paris, qui y demeurait souvent, et venait y chercher, avec d'autres amis, un nommé Lucien qui l'avait outragé'.
François Villon a encore nommé deux autres filles célèbres en son temps, la « Grant Jehanne » de Bretagne et cette Marion l'Idole, dont le nom est doux et mystérieux. C'est à ces filles de bien qu'il légua de tenir ces étranges écoles « ou l'escollier le maistre enseigne ». Plaisanterie facile à comprendre, car on disait alors l'école àes dames, l'école d'amour, et on nommait les amoureuses de « grandes écolières » * ; elle avait plus de sens encore si l'on se rappelle que jadis les mauvais lieux voisinaient avec les écoles '.
1. Arch. Nat., JJ. 195, p. 601, ad a. 1471, juin. — Cf. une autre lettre de rémission pour Denis Gaultier, menuisier, sous la même date.
2. « Pro parte vero dicti procnratoris nostri proposihim fuit ex adverso qvod d ictus Ponceletjis de Montchativeti... ab ejiis infancia viciis dédit us, vitam nephandam et dissolutairi, ut buffo seu gouliardus, deduxerat ; et bactenus palme seu pile deciorumque et alios ludos prohibitos, necnon scolam ribaldorum et meretricum seu focarioruiu et tabeinas publicos prosequcndo continuaverat... ac deiude iii phalis pjrisiensihus et aliis locis publias joculatorem vianifestuni et publicuvi vcxilluni et intersi^tiutn jocuhitoris deferendo et de pioprio corpore spectacuïa faciendo se constituerat... et iti piofuudum maloruvi descendendo dua mtirtra horrenda... perpetraverat . . . » (Arch. Nat., X" 16, fol. 364 vo 24 novembre 1416). On lit dans l'Embûche Vaillant (Bibl. Nat., ms. fr. 2230, fol. 211 vo):
Près m'cmbusché tant que j'ouy — Lors la niaistresse des escolles — D'amours dont fuz fort esjouy, — Car d'amer lors j'estoie a escolles...
Cf. Roger de CoUerye, p. 94 : <( Tu as fréquenté leur escole » [des dames]. On lesdisait aussi « grant escollieres » du bec (Jean Marot, éd. Lenglet du Fresnoy, IV, p. 274) 3. C'est ce qu'a noté avec redondance Sauvai {Chrouique scandaleuse de Paris ^
Mais comme le souvenir de cette Marion lui revenait au moment où, si malheureux, dans la dure prison de Meung, il était bien obligé de professer une telle opinion, Villon méprisait son amour : ainsi que les buveurs parlant des mauvaises tavernes il disait alors : « Fy de l'enseigne ! »
Item, a Marion l'Ydolle '
Et la grant Jehanne de Bretaigne
Donne tenir publique escoUe
Ou l'escollier le maistre enseigne.
Lieu n'est ou ce marchié se tiengne.
Si non en la grisle de Mehun ;
De quoy je dis : « Fy de l'enseigne ^
Puis que l'ouvraige est si commun ! »
Cette Marion, il la chargera de consoler les enfants perdus, car les Enfants Trouvés ne l'intéressaient guère ; c'est elle qui leur fera connaître sa « belle leçon » :
Beaulx enfans, vous pjerdez la plus Belle rose de vo chappeau... 5
Cette fille s'appelait en réalité Marion la Dentue, dite l'Idole. Le 30 avril 1461 Colin de Thou, demeurant dans la rue des Quatre-filz-Hémon, comparaissait à son sujet devant l'official de Paris ^. '
On lui demanda s'il avait épousé cette Marion (beaucoup de filles étaient alors mariées, même celles de Glatigny) ' : il répondit que non et n'avait jamais eu avec elle paroles de mariage. Interrogé s'il la soutenait dans son péché, il assura
p. 25): « En un même logis demouroient des régents et des femmes débordées ; dans les chambres hautes on enseignoit les belles lettres, et dans les chambres basses on tenoit école de débauche : de la vertu au vice il n'y avoit qu'un pas à faire. »
2. C'était là d'ailleurs une façon de parler proverbiale. Cf. Eloi d'Amerval, Grant Deablerie, ch. 114. Lucifer:
Et fy, de par le diable, fy, — Sathan, je dy fy de l'enseigne!
4. Arch. Nat., Z'o i. — Marcel Schwob, F. Villon, rédaction et notes, p. 150.