‹ François VillonChapitre 87 sur 262 · Registre criminel du Chdtelet, I, p · texte numérisé non relu

Registre criminel du Chdtelet, I, p

que non, mais qu'elle demeurait dans une maison contenant plusieurs chambres. Interrogé qui l'entretient, et s'il le permet, puisqu'il sait qu'elle demeure avec plusieurs femmes diffamées et qu'il tient la maison : Colin de Thou nia la tenir, être le souteneur de Marion ; toutefois il reconnut que plusieurs femmes fréquentaient, buvaient et mangeaient chez elle. Interrogé s'il lui en revint jamais lucre ou émolument. Colin dit non. On lui demanda alors s'il connaissait ceux qui fréquentaient chez Marion l'Idole, s'il buvait et mangeait avec eux : Colin déclara qu'il payait son écot, comme les autres font. Sur quoi l'official condamna Colin de Thou à l'amende et lui interdit, sous peine de 20 livres et d'excommunication, de fréquenter Marion.

Cette fausse situation que le clerc Colin de Thou eut chez Marion l'Idole, Villon dut la supporter un temps chez la Grosse Margot. Mais nous éviterons d'exagérer l'horreur d'une telle situation. La plupart des filles étaient mariées; les grandes courtisanes du temps de Charles VI avaient eu, elles aussi, un mari commode : Marion l'Idole avait un ami avec qui elle vivait maritalement, et qui devait ressembler comme un frère à l'amant de la Grosse Margot.

S'il faut une morale à de telles pratiques, un sizain écrit

sur le feuillet de garde d'un manuscrit de ce temps nous la

fournira ' :

EnfFans oyseux Suivant les jeux Et filles et femmes Sont bien heureux Quant vivent vieux Sans estre infâmes.

r. Bibl. de l'Arsenal, 3059.

§ III. — Les nuits de Paris et le Guet.

Le travail s'arrêtait à Paris aux heures incertaines qui séparent le jour de la nuit, alors qu'on ne pouvait plus reconnaître un tournois d'un parisis. Ce qui arrivait en hiver entre cinq et six heures, dans les longs jours de l'été entre sept et huit, de façon générale quand vêpres sonnaient aux églises et aux couvents, au premier ou au second passage du crieur du soir. Car on n'estimait pas alors que la clarté de la chandelle fût suffisante pour produire un bon et loyal travail : on redoutait justement les incendies ; les longues heures d'un labeur, qui commençait au jour, exigeaient enfin que l'artisan prît un repos bien gagné '.

Alors on voyait descendre dans la rue les petits enfants qui allaient au vin et à la moutarde, en chantant des scies à la mode qui ne passeraient pas aujourd'hui pour fort honnêtes''; les ménagères servaient l'humble repas de pain, de fèves, de pois, de lard et de choux, le tout assaisonné de vinaigre. Enfin les églises sonnaient le couvre-feu : Notre-Dame à sept heures, les autres églises de Paris à huit. La cloche de Sorbonne, que Villon entendait du cloître Saint-Benoît, annonçait à neuf heures le couvre-feu de l'Université.

Les lumières s'éteignaient alors dans les couvents. Les taverniers devaient fermer boutique. Quelques rares chandelles brillaient seulement dans les maisons des artisans autorisés à poursuivre un travail urgent, ou qu'on ne pouvait interrompre ; on en voyait souvent par l'auvent des échoppes des notaires, où les scribes étaient penchés sur des parchemins qu'ils rem-

1. Livre des métiers d'Etienne Boileau, passitn et Alfred Franklin, Diclionnaire historique des arts, métiers et professions , 1906, ad. v. Heures, Travail.

Page 1