‹ François Villon, sa vie et ses œuvresChapitre 12 sur 23 · APRÈS LB GRAND-TB8TAMENT · texte numérisé non relu

APRÈS LB GRAND-TB8TAMENT

OÙ le poète afla-MI après sa délivrance, et, particu* ièrement, en quel endroit écrivit-il son Grand^TestQ-' nent? A cette question on ne trouve pas de réponse Dien précise dans ses ouvrages. Tout d'ailleurs, dans ce ibèrae, indique jusqu'à Tévidence que les parties qui le iomposent n'en ont pas été écrites de suite et dans la nêthe disposition d'esprit. Qui lit en e0et d'un bout & 'autre le Grand-Testament y est frappé par trois inspi- *ation9 bien distinctes qui semblent correspondre à auanl de dates et peut-être même à autant de lieux divers )ù elles se seraient successivement produites, Ainsi nous ïé pouvons nous persuader que les 79 premiers huitains, ;our à tour si émus et si graves, à part quelques saillies is^z rares, soient de la même époque que la partie iii[^îus!vement satirique qui va du huitain 80 au huitain

S4t FRANÇOIS VILLON.

145, et dont le ton comme les détails offrent an contraste si choquant et si étrange avec toute la première partie. Celle qui s'étend du huitain i&5 à la fin n'est pas moins caractéristique par le mélange même qu'elle présente de la gravité de la première avec les saillies bouffonnes et parfois si ignobles de la seconde.

Quant à désigner les lieux qui correspondraient à chacune de ces inspirations si diverses» c'est une tâche qui n'est rien moins que facile. Voici pourtant quelques conjectures que nous nous permettons de hasarder. L'auteur, au huitain 117, parle d'un voyage récent qu'il vient de faire et dans lequel il a eu des nouvelles de ceux qu'iUT appelle ses pauvres orphelins :

Item, jay sceu, à ce voyage, Que mes trois povres orphelins Sont créas et deviennent on aage.

Mais où, si ce n'est à Paris, a-t-il pu avoir des nouvelh de ses écoliers. Je croirais donc volontiers qu'il parVe d'un voyage à Paris, et du premier qu'il aurait fait à sur sortie de Meung. Encore sous le* coup des souffrances et des remords de sa prison récente, il y aurait écrit tout le préambule du Grand-TestamenL Tout en effet, daotf cette première partie, accuse l'homme brisé dans son corps et dans son âme, et jetant encore tout éperdu vers le ciel et le Dieu de sa mère le cri de repentir de l'enfant prodigue. Tout y montre de plus l'amertume et le découragement profondément ressenti par lui du peu d'accueil qu'il avait, à son retour, rencontré dans ses anciennes compagnies, d'ailleurs bien renouvelées depuis cijnq ans»

APRÈS LE ORAND-TESTÂMENT. tl9

C*est alors aussi, selon toute probabilité, qoMl aurait adressé au diic de Bourbon la spirituelle et ingénieuse requête en forme de ballade où il a recours à sa générosité. La jolie épître de Marot à François V' sur le même sujet est évidemment inspirée de cette ballade d*un tour si délicat et si gracieux ; elle ne Ta pas fait oublier. La misère d*ailleurs et la misère la plus navrante ne plai* santa jamais avec plus de grâce et ne fit devant les grands contenance plus vaillante :

Le mien Seigneur et prince redoabfé, Fleuron de lys, royalle geniture , Francoys Villon, que travail a dompté Â coups orbes (1), par force de batture (2), Vous supplie, par ceste humble escripture, Que luy faciez quelque gracieux prest ; De s'obliger en toutes cours est prest; Si ne doubtez (3) que bien ne vous contente, Sans y avoir dommage, n'interest, Vous n'y perdrez seulement que l'attente,

A prince n'a ung denier emprunté. Fors à vous seul, vostre humble créature.

Des six escus que lui avez preste.

Cela pieça (4), il mist en nourriture.

Tout se payera ensemble, c'est droicture^ Mais ce sera légèrement et prest :

Car se du gland rencontre en la foresi D*entottr Patay, et chastaignes ont vente.

(1) Aveugles, cachés.

(9) A force de le battre.

(3) Certes ne craignez.

(4) Il y a longtemps de celu,

Piyé vont ti«nt, mùê ddaj ny arrest i Voui n'y perdrez eealement que r»ttento.

Si je pensse vendre de ma santé

A nng Lombard, iisnrler pur nature,

Faulte d'argent m'a si fort enchantéj

Que j'en prendrois (1), ce eroy-je,radventurc.

Argent ne pend à gippon (2) ne ceincture ;

Beau sire Dieux! Je m'esbabyz que o^est :

Car, devant moy, eroix se se comparoiit.

Sinon de bois ou pierre, que ne mente; Mais s'une fois la vraye (3) m*apparoist^ Vous n'y perdrez seulement que l'attente.

ENVOL

Prince du Lys, qui à tout bien complaîst. Que cuydez vous (4), comment il me desplaist. Quand je ne puis venir à mon entente (8)?

Bien entendez, aydez moi, s'il vous plaist :

Vous n'y perdrez seulement que l'attente.

Susmptiùn de la dide TtquMiH,

Allez lettres, faictes un sault, Combien que n'ayez pied ne langue :

Remonstrez en vostre barengue, Que faulte d'argent si m*assauU,

Dans un autre passagfe du Grand^Testament, il est question de deux créatures assez équivoques de Saint- Genou près Sainte Julien des Yoventesi qui lui auraient,

(1) Risquerais Ta vent ure.

(2) Japon,

(3) La croix marquée sur les monnaies.

(ij Pensez-vous.

(5) Désir.

APRÈS U a»AND«TI8TAMENT. Mi

à Ten croire, appris le Poitevin, et dont il « Tair d*avoir fait tout récemment la connaissance t

Se je parle uog peu Poiçtevia, Ice deux dames m'QUt appris»

Filles sont très gentes et Mies, Demourantes & Sainct-Genou, Près Sainet-Julian des Voventes, Marches de Bretaigne ou Poictou.

Mais je ne dis proprement où.

C'est là peut-être que, dans un moment de répit de sa Inauvalse fortune, revenu à son humeur et à ses habitudes d'autrefois, il aurait composé la partie satirique du Grand- Testament^ où il a fait aux plus mauvais souvenirs de sa vie de bohème une si grande plaee.

Quant à la dernière partie qui semble commencer à ia Bêll$ leçon de Villon au3ti enfants perdue et qui eomprend, avec radmfrable méditation sur le spectacle do charnier dM Innocents, toutes ses disposltioM relatives à ses funérailles, cette méditation même» encore tout émue, ce semble^ de Pimpresmcm d'une visite rècrnitOf et les divers détails de ces dispositions qui n'auraient pas eu d' objet s'il eût été loin de Paris, tne paraissent autant d'indioes que cette dernière partie a été écrite à Parie* St quoi de plus naturel et de plus dans son caractère, que le vieil écoUer de la cité a oit revenu mourir sur le théâtre de sa jeonessef Mais nous avons quelqw ohose de plus eoo* cluant 91e tQiil oela, c'est le témoignage d'un poète presque oonteesporaln de VilloB, d'Eloy DaaservaU tfâ dit fomelletnMt dani sa Deatlerte t

libiiftlre Fhincoys Villon jadis Clerc expert en fakz et en dictz

Fit à Parié $an Testament, Ou quel de ses biens largement.

Là et là, à plusieurs donna; Et de son bon gré ordonna.

Pour mieulx bailler de ses sornettes»

Qu'on donnast toutes ses lunettes^ Après sa mort, aux Quinze-Vingtz^ Pour tant qu*ilz furent ses voisins.

Ne suffit-il pas d'ailleurs que la première et la dernières partie du Grand-Testameut aient été écrites à Paris pouK::^ qu*Eloy Damerval, un poète, ait eu le droit de dire qu#L«

Villon

Fit à Paris son Testament?

Hais comment concilier cette mort de Villon à Paris a\r ^ lé témoignage de Rabelais qui le fait se retira sur s^/ vieulx jours à Saint*Maixent en PcÂtou, soubx la faveur ^nng homme de bien ? Ce n*est pas \h une difficutté iaserm(Mitable ; car enfin rien n'empécbe que le poète, après un séjour {rfus ou moins long aux environs de Saînt^ulièn des Voventes, se soit rendu de ce dernier lieu à Saini-Haixent et y ait passé la plus grande partie de ses dernières années. Gela d'ailleurs n'implique pas nécessairement qu'il y soit mort. Rabelais, il est vrai, écrit, dans un autre chapifare du quatrièilte livre du Paniofruel , que Viiloa chassé de France trouva un asile honorable en Angleterre aiuprèa du roi Edouard V ; et il cite un trait qm montre à quel degré il était parvenu da» Uê £nnitianté

APRÈS LE GRAND-TESTâMENT. S5%

de ce prince (1). Mais d^abord 6e récit repose sur des inexactitudes qui en rendent ranthenticité tout à fait mis« pecte. Si Yillon ne fut gracié à sa sortie du cachot de Meung qu*à condition de quitter la France, ce dont il ne reste aucune preuve, il dut partir pour F Angleterre en ift61. Or, à cette époque, le roi d'Angleterre n'était pas Edouard y, mais Edouard lY. Edouard Y ne le suivit sur le trône^ qu'en 1&83, époque où la vie de Yillon touchait à sa fin. La seconde inexactitude est relative à la personne du médecin Thomas Linacer : il résulterait du discours que Rabelais fait tenir à Yillon en réponse à Edouard Y, que ce médecin était en grande considération auprès de ce prince ; ce qui n'est guère conciliable avec la date de sa naissance, puisque ce médecin, né seulement sous le règne d'Edouard 1 Y, c'est-à-dire après 4461, n'acquit sa célébrité que sous Henri YII et Henri \1IL Rabelais, dans tout ce récit, n'a donc pas tenu grand compte de l'histoire. D'autre part, il est assez étrange

|4} « Uaistre Francoys Villon, banni de France, s^estoit vers Edouard

c le Quint retiré : il i*a\oit en si grant privauUé reçeu que rien ne luy

« celoyt des menues négoces de sa maison. Ung jour, le roy susdict, es-

• tant à ses afiEaires moostra è Villon les armes de France en painctuce»

fl et luy dist, vois-tu quelle révérence je porte à tes roys Francoys ?

« Ailleurs n*ay-je leurs armoiries qu*en ce retraict icy, près ma sella

« percée.— Tant vous estes saige, respondil Villon, prudent, entendu et

c curieux de votre santé. Et tant bien estes servy de votre docte medî

« cin Thomas Linacer. Il , voyant que naturellement sur vos vieulx

t jours estiez constipé du venti'e vous ha faict icy aptement, non

c ailleurs, paindre les armes de France par singulière et vertueuse pro-

« vidence. »

Pantagruel, 1. tv, ch. 67.

Le teste est d'une caoleor teUmenl RabalaiaieiiBe, qu'on nwa 4ia* pansara de le citer.

qQé¥UonqHtdé|>loresiviTaineiit d'être exilé da Fftm(i) ^^ n'ait (M exhalé aei pUdûtae en ae voyant chaaai mQfaea* -^m^^ teaaeot de Paria, maîsencDieda Fraiioe* (k le Mil regreL.Ji^<2^ qui éclate dans aea cauvrea k eet égardt c'eat celui d'êtreGr-^jTtiv étrai^or parmi laa ejenl» Ajoutez à cela que lea écrivaiiUA<x£j^i^ ^(à parient de Villon avec quelque détail ne disent P^^^e^j^^^^ an mot de eet exil. Tels août Estienne Pasquier et Claud(S^f> j^^^ Faochet Estienne Pasquier particulièfettent, quiestimaiiTla^^^^. Rabelab et qui a tenu compte des traditions sur Yillofîi^ ^^^^X^ garde le silence but celle-là* '

Lmglet, Fauteur du Manuscrit de rAraenal, allègue, i'

eat vrai, à Tappui de ce voyage, deux vem dii Grande

Je tt'tn voys e& pa^ loiâtâing,

CesUà^dire k Angers.

G»*r« Itea le roodeau qui suit TépiUphe ia h. 16$ :

Itigaetir le trui«mlt en exil ;

exil qui De désigne là que ses coaraes aax extrémités de la France. B|iï«U<e m foroe de ballade :

Sn cest exil on ^[iiel ]• snit transmis^

phinte qu'il faisait etatendre de la prison de Memg. Double ballade de la naissance Marie de Boufgoane i

Lai p«<vnf que «li^MW prwgHiH,

moi qui «e. rapporte là à son éloignement de Paris» éloij^omeat ^ ibit la condition de sa opaunutation de peine* Ëofin, dans la ballade finale du 0.-i\« le vei's

Ta9t gue d'i(^ à ilousaillon

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