ÂPRES LE 0BAN1>*TJS6Î4MENT
7#9MiMM ok Yilioa décUore» k pfo|>o» cbi m néçue Xa^ Umofitf cbteîf né pi^ lui tous le nom d'ot^fmam^i qu'il «teiNl m la iMmifuierf
Siaoa w royauUae dô France*
Il âoinUe en effet résulter de ceâ deux vers que Villon était hors de France au moment où il les écrivait. Mais les marches pu les frontières de Bretagne, où Villon pa* rait s'être d'abord retiré, à Saint-Genou près Saint-Ju-^ lien des Voventes, n'étaient-elles pas pour l'écolier de Paris, comme pour les habitants de rile-de-Francei un véritable pays étranger ? £t n'est-il pas naturel qu'il ait souhaité que son œuvre n'y restât pas enfouie, mais prit |{on essor par toute la France? Quant à la ballade de l'Honneur français^ c'est à tort, selon nous, que l'auteur du Manuscrit de l'Arsenal avance qu'elle n'a pu être inspirée à notre poète que par son séjour en Anjgleterre» Êlîe a pu certainement avoir autant et plus même d*oc* casions de naître en France, à la date de Ih&O à l/i55, où nous la rapporlons, c'est-à-dire, à la date des derniers efforts du parti anglais en Guyenne, qil*elle en aurait eu A Londres même sur le sol de TAngleterre.
De tout cela, nous concluons que Villon n'a pas passé U mer pour se rendre en Angleterre, et que ce voyage oit tme pure fiction. Noos i^oyons doz^, coiiforaiiiiieat au premier récit de Babelais si d^accord d^ailleurs avec te ooiifidotiûo des huitains 93 d* 9A du Gnmd^TeêkmenU que Yinon vieilli par la misère, les passions et le cachot, i^Mèi m cramer ot court oéjour à Parisy w sortir d«
Mt FIANÇOS YiLLOK.
MetiDg, et on plus long aox environs de SaintJidkn des Yoventes sur les marches de Bretagne, se retira à Saint- Maixent, en Poitou, sous la protection d*ttn booinie res* pecté, abbé du lieu (1). Là, toujours au témoignage d Rabelais, pour s'occuper et donner pa88e4emps au peuple il aurait entrepris de faire jouer la Passion dans le dia lecte du pays. Son activité bien connue autorise ce récit au moins pour le commencement ; car on voudrait pou voir douter de Thistoire qu'y joint Rabelais et qui imput à Villon une espièglerie dont l'issue lamentable aurai" fait une horrible méchanceté.
Voici d'ailleurs ce récit tel qu'il est raconté tout au lon^ dans le chapitre xnr du IV* livre du Pantagruel :
c Maistre Françoys Villon, sus ses vieulx jours, se reti « à Saint-Maixent en Poictou, soubz la faveur d'u « homme de bien, abbé dudict lieu. Là pour donner pas;
(1} Nous avons demandé à M. le Curé de SainUMaixeni des remsel gnemeoU snr le séjour de Villon dans cette ville; voici ce qu'il a on A bonté de nous répondre :
« L'église de Saint-Maixent, qui est une ancienne abbaye bâtie par « les Bénédictins, ne renferme aucun souvenir du poète Villon; maû/e « vous envoie une note tirée du Journal de Guillaume et Michel le « Riche, avocats du Roi à Saint-Maixent, édité par M. de la Fontenelle « de Vaudoré, imprimeur à Saint-Maixent, en 4846, et qui concerne 06 « poète. »
Nous ne donnons pas cette note, parce qu'elle est , à quelques phrases près, la reproduction abrégée du récit de Rabelais. La fin seulemeni coaiieni nne différence essenMelie et qui vaut la peine d'être relevée: « La n^ule eiïrayée, y est-il dit, jeta le cavalier par terre et gagoa le « couvent au plus vite. Le pauvre sacristain demeura pour les gages sor « le champ de bataille, demi-mort de peur et tout brisé de sa chute. >
D'après cette variante, la farce de Villon et de ses compagnons aurait eu une issue moins lamentable , que dans le récit de Rabelais , d'après lequel le pauvre sacristain serait arrivé au coavent dans Tétat d'HipiM^fte.
« tr© « coi « qui
bed
APRÈS LE GRAND-TESTAMENT. %m
«temps au peuple, entreprint faire jouer la Passion en
a gestes et langaige poictevin. Les rolles distribuez, les
« joueurs recollez, le théâtre préparé, dist au maire et
€ eschevins que le mystère pourroit eslre prest à l'yssue
€ des foires de Niort; restoyt seulleraent trouver habille-
« ments aptes aux personnaiges. Les maires et eschevins
« y donnarent ordre. Il, pour ung vieil paysant habiller
« qui jouoyt Dieu le père, requist frère Estienne Tappe-
« coue, secretain des cordeliers du lieu, luy prester une
c chappe et estoUe. Tappecoue le refusa, alléguant que
« par les statuts provinciaulx estoyt rigoureusement def-
« fendu rien bailler ou prester pour les jouans. Villon
« replicquoit que le statut seullement concernoit farces,
€ mommeries et jeus dissoluz, et que ainsi Tavoyt veu
« praticquer à Bruxelles eL ailleurs. Tappecoue, ce no-
« nobstant, luy dist péremptoirement que ailleurs se
€ pourveut, si bon luy sembloyt, rien n'espérât de sa^
€ sacristie. Car rien n*en auroyt sans faulte. Villon feit
« aux joueurs le rapport en grande abomination, adjous-
« tant que de Tappecoue Dieu feroit vengeance et puni-
« tion exemplaire bientoust. Au samedy subséquent,
« Villon eut advertissement que Tappecoue sus la poul-
« tre du couvent (ainsi nomment-ils une jument non en-
« .core saillye) estoyt allé en queste à Saint-Ligaire, et
« quMl seroyt de retour sus les deux heures après midy.
« Adoncques feit la monstre de la diablerie parmy la ville
« et le marché. Ses diables estoyent fous capparas-
« sonnez de peaulx de loups, de veaulx et de béliers,
« passementées de testes de moutons, de cornes de
« beufz et de grans havets de cuisine, ceinctz de grosses
« courroies, esquelles pendoyent grosses cymbales de * vaches et sonnettes de muletz à bruit horrificque. Tet noyent en main aulcuns basions noirs, pleins de fusées, « aultres portoyent longs tiEons allumez, sur lesquelz à t chascun carrefourjecloyentplenespoingnées de parat sine (i) en pouidre, dont sortoyt feu et fumée terrible. « Aprèz les avoir ainsi conduictz avecques contentement « du peuple et grande frayeur des petîtz enfans, fina- « blement les mena banqueter en une cassine hors la « porte en laquelle est le chemin de Saint-Ligaire. Arri- I vant à la cassine, de loing il apperceut Tappecoue qui « retoumoy t de queste, et leur dit en vers macaronicques :
Hic est de patria, natus de gente belistra.
Qui solet antiquo bribas portare bisacco.
« Par la mort diene, dirent adoncques les diables, il n'ha voulu prester à Dieu le père une paoure chappe ; faisons luy paour. G^est bien dict, respiond Villon; mais cachons-nous jusques à ce qu'il passe, et chargez vos fusées et tizons. Tappecoue arrivé au lieu, tous sortirent on chemin, au devant de luy, en grant effroy, jectans feu de tous cousiez sus luy et sa poultre, et sonnant de leurs cymbales, et hurlansen diable : Hho, hho,.. brrrourrrs... hou, hou... Frère Estienne, faisonsnous-pas bien les diables? La poultre tout effrayée se mistau trot, à petz, àbondz, et au gualot, à ruades, fressurades, doubles pédales etpetarrades : tant quelle rua bas Tappecoue, quoiqu'il se tint à l'aulbe du bast de
(i) Poix -résine.
» toutes ses forces. Ses estrivières estoyenl de chorde ; « du cousté hors le montouer son soulier fenestré estoyt « si fort entortillé qu'il ne le peut oncques tirer. Ainsi estoit « traisné à escorchecul par la poultre, tousjours multitt pliante en ruades, contre luy, et for voyante de paour « par les hayes, buissons et fossez. De mode qu'elle luy tt cobbit toute la teste, et que la cervelle en tumba près « là croix Osannière, puys lesbraz en pièces, Tung ça, tt l'aultre là, les jambes de mesmes, puys des boyaulx feit « ung long carnaige, en sorte que la poultre au couvent « arrivante de luy ne portoyt que le pied droict et soulier € entortillé, Villon, voyant advenu ce qu'il a voyt pourpen- « se, dist à ses diablos : Vous jouerez bien, messieurs les « diables, vous jouerez bien, je vous affie. que vous joue- « rez bi^n I Je despite la diablerie de Saulmur, de Doué, € de Montmorillon, de Langes, de Sainct-Espain, d'An- « giers ; voyre, par Dieu , de Poictiers , avecques leur A parlouère, en cas qu'ilz puissent estre à vous para- « gonez. 9 r
C'était pour dégoûter à tout jamais des espiègleries. Ce fut, j'inaagine, j'aimerais à le croire au moins, la dernière de ses folies, si toutefois elle n'est pas de l'invention de Rabelais.
C'est à ses vieux jours, c'est-à-dire & son séjour & âsiat-Maiicent, au moins après l'aveoture de frère Tappecoue, que je rapporterais la composition des ballades connues sous le titre de ballade des Proverbes^ ballade des Menus propos, ballade de la Fortune. Elles ne peuvent être évidemment que de son âge mûr ; c'est le plus pur fruit de son expérience. Nombre de traits dans la pre-
S60 FRANÇOIS ViLLON.
mière, sans être pour cela moins généraux, nous semblent autant de confidences personnelles :
Tant vault Thomme comme an le prise, Tant s'eslongne-il qu'il n'en souvient ;
il Pavait éprouvé amèrement lors de son retour à Paris après sa sortie du cachot de Meung.
Tant mauvais est qu'on le desprise.
Qui le savait mieux que lui ?
Tant raille-on que plus on ne rit ; Tant despend-on (i) qu'on n'a chemise; Tant est-on franc (2) que tout se frit.
A quelle autre école qu'à la sienne avait -il encore appris ce triste lendemain de la moquerie et du désordre ?
Tant donne-on qu^emprunter convient ;
veut -il s'excuser ici sur sa libéralité des emprunts quelque peu forcés auxquels il s'était si souvent livré ?
Tant tourne vent qu'il chet (3) en bise.
Le vent avait de bonne heure tourné contre lui ; et depuis, avec quelle persistance la bise avait soufflé sur sa tête I
Tant ayme-on chien qu'on le nourrist;
(4) Dépense-t-on.
(t) Bon garçon, bon vivant.
(3) Tombe.
APRÈS LE GRAND-TESTAMENT. î6f
y aurait-il là un reproche à des protecteurs spécieux qui, tout en Tencourageant de paroles, Tauraient laissé mourir de faim ?
Tant court chanson qu'elle est apprise ;
peut-être parle-t-il ici de ses ballades.
Tant tarde-on qu'on fauU à l'emprise (1 ); Tant se haste-on que mal advient;
proverbes contradictoires au premier abord, et dont la vie se charge de nous apprendre la vérité.
Il faut croire, à son honneur, qu'il ne parle pas moins pour son compte dans ces vers de l'Envoi :
Prince, tant vit fol qu'il s'adyise ; Tant va-il qu'après il revient ; Tant le matte-on qu'il se radvise ; Tant crie -l'on Noël qu'il vient.
Abuserais-je de l'interprétation? mais il me semble voir encore dans le second vers,
Tant va-il qu'après il revient,
une dernière confidence sur son retour définitif à Paris dans les derniers jours de sa vie. Il avait bien erré, le pauvre vagabond, sur tous les chemins de France et de Navarre, depuis sa première sentence de bannissement ; il avait demandé asile à bien des villes ; mais, comme nous l'apprend d'ailleurs Éloy Damerval, et ainsi que luî-
(4) Qu'on manque à l'entreprise.
26i FRANÇOIS VILLON.
même y fait peut-être ici allusion, il était reveuu finir dans son vieiu Paris comme un vieil oiseau au nid natal. Que d'expérience dans la ballade des Mentis propos, et que de franchise dans Taveu qui en fait le refrain !
Je congnois bien mouches en laict.
Je congnois à la robe rhomme, Je congnois le beau temps du laid , Je congnois au pommier la pomme, Je congnois Tarbre à voir la gomme, Je congnois quand tout est de mesme, Je congnois qui besongne ou chomme ; Je congnois tout, fors que moy-mesme.
Je congnjois pourpoinct au collet,
Je congnois le moyne a la gonne (1),
Je congnois le maistre au valet ;
Je congnois au voyle la nonne.
Je congnois quand pipeur jargonne;
Je congnois folz nourriz de cresmes ;
Je congnois le vin à la tonne ;
Je congnois tout^ fors que moy-mesme.
Mais à mon sens la pièce capitale de l'œuvre de Villon, celle où il a mis le plus de philosophie et oh par sa sincérité il monte jusqu'à l'élévation , celle où son style atteint un degré de vigueur et de précision vraiment unique, c'est la ballade de la Fortune découverte par l'auteur du Manuscrit de TÂrsenaU et publia pour la première fois par Prompsault. Admirable leçon qu'il adresse en sa personne à tous les hommes et p^ticulièrement à ceux qui sont eux-mêmes les artisans de leur disgrâce. Il suppose que la Fortune ^ en réponse à ses
(1) Robe.
récriminations, preiKi la parole^ et, pour lui fermer la bouche, lui rappelle avec ses désordres l'exemple d'une foule de personnages illustres, qui valaient bien autrement que lui, qu'elle a tour à tour détruits. La Nature, dans le poème de Lucrèce, ne confond pas avec plus de hauteur le vieillard qui réclame en face de la mort quelques jours de répit. C'est le même ton souverain, altier, impitoyable ; c'est le même plan de défense :
Fortune fiiz par clercz (1) jadis nommée, Que toy Françoys, crie et nomme meurtrière, S'il y a hom d'aucune renommée (2).
Meilleur que loy, faiz user (3) en plastrière Par povreté , et fouyr en carrière . S'a honte viz (4), te dois-tu doncques plaindre?
Que de droiture et que de courage dans l'aveu que ce reproche enveloppe ! Avec quelle fermeté de bon sens il continue !
Tu n'es pas seul; si, ne te dois complaindre. Regarde et voy, de mes faictz (5) de jadis, Maints vaillans homs, par moy mors et roidiz. Et n'eusses-tu envers eulx ung soullon (6), Appaise toy, et metz fin en tes diz :
Par mon conseil, prens tout en gré Villon !
(4) Savants.-
(2) C'est-à-dire aussi vivement que le fît jamais homme célèbre.
(3) Je force de meilleurs que toi k t^arnef et a gagner misérablement leur vie dans des carrières à piètre. .
(4) Si tu vis à honte.
(5) Par mon fait.
(6) Et ne te reslât-il, comparée eux, pas même un misérable morr ceau de toile.
Contre grans rois me suis bien arrimée (1),
Le temps qui est passé ; car en arrière,
Priame occis et toute son armée ;
Ne lui valut (2) tour, donjon, ne barrière.
Et Hannibal, demoura-t-il derrière?
En Cartaige, par moy, le feiz actaindre.
Et Scipion rAffricquain feiz estaindre;
Julius César au sénat je vendiz;
En Egypte Pompée je perdiz ;
En mer noyay Jazon en nng bouUon (3) ;
Et une fois, Romme et Rommains ardiz... (4)
Par mon conseil prens tout en gré Villon !
Alexandre, qui tant iist de hémée (S),
Qui voulut voir l'estoille poucynière (6),
Sa personne par moy fut eslimée.
Alphasar roy, en champ sous la bannière,
Ruay (7) jus mort; cela est ma manière.
Ainsi Tay fait, ainsi le maintendrajr ;
Autre cause ne raison n'en rendray.
Holofernes Tydolastre mauldiz (8j
Qu*occist Judic — et dormoit entandiz ! —
L>é son poignart, dedens son pavillon ;
Absallon, quoy? En fuyant lependiz...
Par mon conseil prens tout en gré Villon! 1 ^
L'Envoi résume admirablement la morale de cette ma- ^
gistrale ballade :
(4 ) Dressée, élevée.
(2) Tour ni donjon, etc., ne valurent rien pour sa défense.
(3) Tourbillon des flots.
(4) Brûlai. ' "
(5) Carnage, du grec at;za. I PJ"
(6) Qui voulut aller jusqu'aux lieux où se lève l'éloile poussinière. ■ ^ ^
(7) Précipitai.
(8) Je maudis. 1 di
Povre Fjancoys, escoute que tu dis :
8e rien peusse, sans Dieu de Paradiz (l), A toy n'aultre ne demourroit haillon :
Car pour ung mal, lors j'en feroye dix :
Par mon conseil prens tout en gré Villon (S) !
Certes la poésie française est riche, mais elle n'offre pas beaucoup de pièces écrites avec cette vigueur ; et quant à ce style, je ne crains pas de dire qu'il va de pair avec les plus grands:
C'est sur cette pièce qu'il faudrait clore l'œuvre de Villon,, c'est sous l'impression qui en résulte qu'ij faudrait rester en le quittant. Ce doit être évidemment l'une des inspirations de son âge mûr ; et elle est toute à l'honneur de son esprit et de son cœur par la haute raison comme par la droiture qui "l'ont dictée.
Les six ballades connues sous le nom de Jargon ou Jobelin de maislre François Villon^ et que toutes les éditions, excepté celle de Marot, donnent à la suite du Codicille et des ballades diverses, ne se rapportent pas évidemment à l'époque où nous sommes de la vie du poète. Il n'est pas facile d'ailleurs d'en donner une analyse exacte sous le triple voile qui les recouvre. Marot dédaigneusement « les laisse à corriger et exposer aux « sîiccesseurs de Villon en Fart de la pinse et du croq» » CoUetety dans la vie qu'il a écrite de notre poète , avoue
(1) Si je pouvais rien sans Dieu.
(S) Comparez à celle ballade !a 415<^ de Ch. d'Orléans (édit. de Champollion), sur le même sujet; vous verrez comme Villon a fait sien ce qui n'est qu'un lieu commun dans la ballade du prince.
Dit'Hcilc est proprie commiuiia dicere, dit Horace.
tS6 FRANÇOIS VILLON.
que c il ne Tentend pas; et tout honnête homme, à son « avis , ne dmt pas aussy tascher de Pentendre. Ce n'est « rien enfin, dit-il, qu'un mystère de gueux de THostière, f et de gens de sac et de corde. » Lenglet-Dufresnoy, qui n'en parle pas avec moins de mépris, dit que le sens, qui n'en fut jamais entendu des honnêtes gens du temps de Villon, est perdu même pour ses successeurs en M ponneries. Tout ce qu'on peut y entendre, selon lui, fe nous partageons son opinion, c'est que < ce sont de « exhortations à ses complices de ne pas se laisser arrfe. f ter. t Pour y donner plus de force, iHeur représent ce semble, comme un épouvaiîtail la fin lamentable quelques-uns dé leurs compagnons, comme Coïîn Cayeux et René de Montigny. Prompsault, dans Tesp d'y trouver des éclaircissements sur la personne et la du poète, avait tenté Texplication de la première, niais sans grand succès. Le bibliophile Jacob avait aussi un iu-^ stant espéré pouvoir traduire le Jargon^ mais en l'absence de toute espèce de secours philologiques, il a dû y renoncer. Quant à nous, nous n'essaierons pas, dans un travail purement littéraire, de lever les voiles soos lesquels Villon a cru devoir cacher h honte et les disgrâces patibulaires de ses compagnons. Si l'interprétation du Jargon offre quelque intérêt au point de vue de l'Histoire de la langue, nous croyons que la littérature tfa rien à y voir, et encore moins la poésie.
Les Repenes frandies ne nous donnent pas plus de détaite que le Jargon sur la dernière partie de la vie du poète. Cette œuvre, ainsi que nous l'avons déjà remarqué, et pour dire ici tout ce que nous avons à en dire,
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APRÈS LE GRAND-TESTAMENT. Ul
n'est évidemmeot pas de Villon, mais d'an de ses compagnons ou disciples. C'est ce que prouvent le titre et les détails de la première repue qui donne ViHon, non comme auteur de ces récits, mais seulement comme acteur. Le style d'ailleurs nous semble plutôt d'un de ses disciples que de lui-même ; la marque du maître s'y trouve encore çà et là, mais fort effacée. Il n'est pas même exact de dire qu'il en est le héros; il ne l'est que d'une en réalité, de la première. Il ne figure en aucune façon dans les cinq qui là suivent. L'introduction , qui ne manque pas d'un certain entrain, est une invitation aux héritiers de deffunct Pathelin et à tous les suhjetz Francoys Villon, c'est-à-dire à toute la bohème, de se trouver au sermon
Qui est escript dedans ce livre.
Il leur faut apprendre tous les tours que jouaient anciennement les maîtres pour attraper de franches lippées. L'envoi de la ballade des Escoutans^ qui vient immédiatement après, désigne évidemment comme auteur du poème un contemporain et un compagnon de Villon :
Prince, pour ce que ne me puis tenir Que de telz faitz ne face mention, Puisqu'à mon temps les ay veu avenir.
On peut remarquer, dans le récit de Yacleur qui précède la Repeue de Villon et de ses eomfmgnùm, ce qu'il dit de Taffluence des étrangers à Paris, et la des-, cription qu'il f^t du naouvement de foule qui avait lieu
aux abords de la grande salle du Palais ou du Palais de Justice, le plus vaste et le plus magnifique vaisseau qui fût alors en Europe :
Pour ce que chascun maintenoit Que c*cstoit la ville du inonde Qui plus de peuple soustenoit, Et où maintz estranges abonde.
Pour la grant science profonde Renommée en icelle ville, Je partis, et veulx qu*on me tonde, Si à l'entrée avois croix ne pille.
Lendemain m'aloye enquérant, Pour encontrer Martin G allant, Droit en la salle du Palays.
Rencontray pour mon premier mes, Tout droit, soubz la première porte , Plusieurs mignons d'estrangé sorte.
Qui sembloient bien à leur habit Qu*iiz fussent gens de grant acquit.
Lors vins pour entrer en la salle :
L*ung y monte, Faultre devalle.
Là me pourmenoye, de par Dieu, Regardant Testât de ce lieu.
Et quand je»reu2 bien regardée, Tant plus la veoye et plus m'agrée.
Villon donc, au témoignage de Rabelais, aurait, sur ses vieux jours, pour donner passe-temps au peuple de Saint-Maixent, fait représenter la Passion en langage Poitevin. Il est à croire que, dans l'intervalle de ces représentations, son génie satirique et comique se donna,
APRÈS LE GRAND-TESTAMENT. i69
de temps à autre, carrière dans des sujets profanes* Le Grand-Testament nous a déjà révélé que les farces^ les faincteSf les jeux et les moralités (1) avaient fait une des grandes occupations de sa vie. C'est à elles, j'imagine, que, dans le cours de ses nombreux voyages aux extrémités de la France, il dut les seuls moyens d'existence hoimêtes qui lui fussent restés. Bien de plus naturel d'ailleurs que Tancien aiSlié de la joyeuse bande des Enfants sans souci ait demandé aux amusements de sa jeunesse et au gagne-pain de son exil les distractions de son âge mûr. Deux scènes comiques que Ton ne voit figurer parmi ses œuvres qu'à partir de 1532, vraisemblablement parce qu'elles sont de ses derniers jours, et qu'elles coururent longtemps çà et là sur la charrette des comédiens ambulants avant d'être imprimées, viennent confirmer cette conjecture. C'est le Monologue du FranC'Archier de Baignolet et le Dialogue de Messieurs de Mal le paye et de Bail lèvent. La prcuiièié est une farce pleine de verve et d'esprit, destinée à faire rire aux dépens de la milice des Francs-Archers, instituée par Charles VH, et que la poltronnerie, devenue proverbiale, de ses membres avait fait tomber dans un tel décri qu'on fut obligé de la supprimer en 1&80. Il s'agit dans ce monologue d'une espèce de capitaine Paroles qui jadis
A fait raige avecques La Hire,
et qui ne craint
que les dangiers.
(I) G.-r., Ballade de bonne doctrine à ceuUo de mauvaise pù.
f^VaXors
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