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YHlon ses vien^
APRÈS LE GRAND TESTA MENT. il\
lit-il ; puis tout tremblant :
Ha monseigneur pour Dieu, mercy !
Hault le trait (1)? Qu'aye la vie franche?
Cependant, à sa croix blanche, il le prend d'abord pour un gendarme français, et tâche de se rassurer ; ce qui ne l'empêche pas de se demander encore avec inquiétude, à raspectde Tair farouche du mannequin ;
Dond, tous les diables ! est-il sortv Tout seulet, ainsi effroyé ?
Mais tout à coup il avise la croix noire des gendarmes bi'etons :
Par le sang bieul c*est ung Breton !
Et je dy que je suis Françoys !
Tout son sang se glace, et dans sa frayeur il renie son pays :
Dea ! je suys Breton, si vous Testes.
Vivo sainct Denys cm ssinet Sre !
Ne m'en ciiault qui, mais que je vive.
11 fui rend ses armes, sa saJade et son épée, et son Jacques ou sa jacquette,
Et sa ceincture et son cornet ,
il lui donnerait sa chemise s'il la lui demandait. II fait alors son épitaphe et implore des prières pour son âme. Puis, demi-bègue de peur, il se confesse à Dieu, à la Vierge et aux Saints sur les dix Commandements, et re-
(4) Tirez en Tair.
Ht FRANÇOIS VILLON.
commande à son entiemi le cinquième qui défend d^ tuer. Cependant le mannequin tombe le nez contre terre, et notre archer finit par s'apercevoir que son gendarme n'est qu'un épouvanlail ;
Par le corps bleu ! j'en ay pour une !
Iln^a pié, ne main; il ne hobe.
Par le corps bleu ! c'est une robe Plaine, de quoy? Charl^ieu! de paille.
L'audace alors revient à ce brave, et son courage ne connaît plus de bornes :
Quesse-cylfmorbieu! on se raille, Ce cuiday-je, des gens de guerre. .
11 menace de son épée le gendarme de paille; et, toute réflexion faite, remporte pour gage. Ce sera sa part de butin :
Au fort, ce sera mon butin.
Que je rapporte de la guerre.
La secondé scène non moins spirituelle, quoi qu'en dise CoUetet , est*une rencontre entre deux compagnons de franche lippée, deux preux par l'huys, cassez de gages pour le quart d'heure,
Povres d'argent, prou de santé,
selon l'usage des bohèmes.
Ils se racontent mutuellement leur misère, et tout en cherchant ensemble *les moyens d'y mettre fin, ils se font tour à tour part de leurs rêves de fortune, dorés à l'envi . Le rèrc de Baillevent, c'est ung beau cent d'f^cus. — Quel accessoire! dit Maljepaye alléché. Baillevent reprend :
APRÈS LE GRANDrTBSTAMENT. ît3
Je me raffraichiz la mémoire Quand il m'en souvient ;
et l'appétit lui venant en rêvant, il ajoute :
S*on nous bailloit, par inventoire, Deux mil escuz en une armoire, Ils n'auroient garde d'y moy sir!
Ils se renvoient alors mutuellement comme avec une raquette toutes les qualités qui leur mériteraient un meil-leur sort. Ce sont deux si beaux gallans! et fringans donc I de plus, rare assemblage !
Aagez de sens et jeunes d'ans !
Ce qui leur manque le moins, c'est la bonne volonté. Au forty dit Màllepaye, comme pour se consoler,
Nous sommes, selon l'Evangile, Des bienheureux du temps ancien.
Mais ce genre de consolation ne prend pas sur Baillevent.
faymasse mieulx qu'il n'en fust rien,
dit-il mélancoliquement. Il revient encore plus loin à leurs mérites :
Nous sommes si francs !
— si parfaits !
reprend Màllepaye qui lui fait écho; et ils continuent ainsi sans se lasser à réciter les litanies de leurs vertus. Il n'y a qu'un malheur, c'est que
Faulte d'argent et les grans prestz Les ont ung peu àppaillardiz.
t7i FKANÇOIS VILLON.
J'enrage, dit Mallepaye,
Qu*en Mallepaye ii*a vins, blez, grains !
Quant à Baillevent, que pensez-vous quMl faille pour le retirer des mécontents et en faire un sujet dévoué ? Pas déjà tant ; écoutez plutôt :
Cent fransdc rente et un fromaige, Vous m'orriez dire, de couraige :
Vive le Roy î
Que faire pourtant, dit Mallapaye,
Pour ama3ser biens et honneurs,
et il propose de $e mettre au servioede^ mArchan»
pour la pitance.
Le mieux, suivant Baillevent, est de se faire gens d'armes ; mais Mallepaye avoue qu'il n'est courageux qu^en fuite. Sur quoi Baillèrent propose de prendre à ferme les bissacs ou les besaces des Cordeliers ou des Carmes. A cela Mallepaye trouve encore des objections; et finalement ils décident d'aller chercher fortune devant eux, à Taventure. Toute cette gaîié dans la misère me semble bien Villonique.
Ces deux scènes, vraiment remarquables de verve, ne sont pas du tout indignes de Villon ; et pour moi je les crois bien de lui. Il est certain d'après son témoignage qu'il avait composé plusieurs pièces de ce genre ; elles devaient certainement se distinguer entre toutes celles de son temps. Il sei^ait étrange qu'il n'en fût resté au-
APRÈS LE 6fiAN0-TECTÀMENT. 115
cune(i). On comprend d'ailleurs qa^^noom^esoiln^oins attaché à ce genre d'ouvragée, tout impersonnel, qu'au re3te de 9efi œuvres qui sont autant de confessions (2). De plus, répoque de sa vie, où les deux scènes dont il est iQi question ont été composées, explique leur absence des premières éditions. On publia d'abord ce qui était le plus connUf ce qui courait de bouche en bouche parmi le monde des écoliers et dQ la bohème, comme je P^tit et le Grand-Testament^ le CodicUh^ les ballades et le /ar^on. Ce ne fut qu'à la longue, comme il était naturel par ce temps de communications difficiles, que ses essais comiques passèrent de la province à Paris, c'est-à-dire de leur demi^obscurité au grand jour de la capitale*
A quelle époque arriva sa mort? Il semblerait d'après ses paroles (3) qu'il n'a pas dû atteindre une vieillesse
(1) Le savaot M. MagniD est persuadé pour son compte que Villon a di prendre part à une révision de ta Farce de Pathelin; et à p'en rapporter à l'époque où le nom de Palhelin apparaît pour la première fois, époque tout à fait contemporaine de la maturité du génie de notre poète ; à s'en rapporter de plus à l'espèce de confusion que les auteurs contemporains, le$ éditeurs et les graveurs semblent établir entre le personnage de pathelin et celui de Villon, et par suite de laquelle tous deux sont plus d'une fois nommés ensemble, imprimés à la suite l'un de l'autre et représentés sous les mêmes traits, peut-être pourrait-on scufenir que les titres de Villon à la propriété de la rédaction définitive de cctle immortelle farce sont, en somme, plus valables que ceux d'Antoine de la Sale •t de Pierre Blanchet, dont le talent poétique n'est consacré par aucun monument. Mai^ c'est là toute une thèse que nous nous cont&utjns d'in* diqucr en passant, et dont nous sommes loin d'avoir réuni tous les éléments.
(2) Le nombre des auteurs, qui avant Villon probablement avaient travafllè à lo Farce de Pathelin et l'avaient en quelque sorte ébauchée, explique aussi comment son nom a pu ne pas s'attacher à b révision ou rédaction définitive qu'il en aurait faite.
bien avancée ; et elle était venue de bonne heure pour lui. Il n'est pas impossible d'ailleurs d'arriver là-dessus à une date approximative. Ce n'est, comme nous l'avons vu tout à l'heure, que dans l'édition de ses œuvres don née en 1532, que parurent pour la première fois les deux scènes comiques qui depuis généralement, sauf dans l'édition de Marot, y ont toujours été jointes. Qr il est vraisemblable qu'on n'eût pas réuni ces deux pièces à ses œuvres, si la tradition ne les avait pas fait composer de son vivant, La deuxième de ces scènes, par ces mots,
Adveniureux comme Suisses à Nancy,
fait allusion à la défaite des Bourguignons sous les murs de cette ville, et indique par là que Villon, d'après la tradition , vivait en 1477, date de cette défaite. D'un autre côté , les railleries , dont il accable la milice royale des Francs-Archers, donnent lieu de croire que cette institution de Charles Vil était déjà tombée, et reporte la composition de celte pièce à l'année 1480, qui vit prononcer la suppression des Francs-Archers. Si maintenant nous considérons que la première édition connue des œuvres de Villon a paru en i 489, et qu'il est certain qu'il n'y a pas présidé lui-même, nous serons autorisés à placer sa mort entre les deux dates de 1480 et de 1489. La Monnoye avec Colletet la fixe à la fin du règne de Louis XI, c'est-à-dire vers 1482, et le bibliophile Jacob à l'année 1484. C'est aux environs de cette dernière date que nous assignerions nous-même la fin de la vie et des misères du pauvre écolier, pour le désigner par un nom qu'il aimait à se donner lui-même.
Si quelque chose peut donner une idée de la popularité dont jouirent, dès leur apparition et longtemps encore après, le Petit elle Grand-Testament de Villon, c'est le nombre des imitations et des parodies auxquelles ils donnèrent lieu. Nous n'en avons pas compté moins de dixhuit; et il est probable que plus d'une nous a échappé. Si d'ailleurs nous en jugeons par les douze sur lesquelles nous avons mis la main, aucune ne mérite de place à côté de l'œuvre du maître ; et c'est à peine s'il en est trois ou quatre dont il vaille la peine de citer autre chose que le titre.
Ainsi, par exemple, je ne sais rien de plus plat que le Codicille et Testament de Monseigneur des Barres (1) et le Testament d'ung Jmoureux qui mourut par amour. Le premier n'est autre chose que l'amende honorable que fait sur l'échafaud, avant de mourir, Loys des Barres
(4) Le début de cette pièce en donne la date
An mil quatre cens quatre vingtz, Nombre qui court aveoques huit, Loys des Barres si fut prins, En Juillet, ainsi que l'on dit.
pour les crimes de sa vie passée, et en particulier pour sa rébellion envers le roi son maître : le tout suivi d'une exhortation à François, duc de Bretagne, à Monseigneur d'Alebret et à tous les chevaliers, ainsi qu'aux villes rebelles, de faire leur paix avec le roi et de retourner à leur devoir.
Le second est une parodie fade et insipide du de ProfundiSj quel* Amoureux paraphrase mot par mot jusqu'au dernier du Gloria Patri^ pour exhaler ses plaintes, et où il trouve moyen d'amener le nom de Cupidon.
Le titre seul du Testament de Tastevin roy des Pions ou des buveurs indique suffisamment le caractère de cette pièce. Ce n'est qu'une grossière parodie du Testament de Villon, où l'on relève à peine un ou deux traits piquants ; ainsi le désir qu'il exprime, une fois enseveli,
Aupris de taverne la belle, Qu*on plante sur sa servelle Un sep de la meilleure vigne.
Ainsi encore le legs qu'il fait,
D'ung bon gros baston de pommier,
Rude, fort, noilleux et entier,
A ceulx qui ont femmes noiseuses (1).
Des adieux aux tavernes, à tout bon galiûntei au bon via terminent celte plaisanterie sans ^raoïd sel. Le Testament du Chevalier oultré à qui sa Dame est
(1) La fiD indique la date de la composition de cette {)arodie : Fait en vendengdft poar desduyt, Huit jours devant U Nostre-Dame, Mil quatre cens ottante huit.
IMITAT1CȂS m VILLON. 279
trépMêée termine une espèce de complainte âans fin du Jardin de Plaisance. C'est d'ailleurs moins un testament proprement dit qu'une suite d'instructions relatives à ses funérailleB et à sa sépulture. Entre'autres dispositions, nous avons remarqué celle-ci, pour le détail gracieux qui s'y trouve :
Oultre, au pied de la tumbe aura Dng romarin qu'on plantera, Et tout autour belle parvanche^ Affin que qui pour nous priera, Ou ung de Profundis dira.
En ait pour loyer une branche.
Le Testament de ta mule Barbeau d'Henri Baude est loin d'avoir le piquant que son titre semble promettre. Cette pièce de l/i€5, dit M. Jules Quicherat, qui la juge exactement comme nous, <r est un testament, testament « non d'un homme, mais d'une bête, d'une vieille mule « parlementaire qui avait trotté pendant vingt ans sur le « pavé de Paris, portant sur son dos les plus gros sei- « gneurs de la finance et de la justice. » Elle commence par énumérer les maîtres qu'elle a servis, avant d'être à Barbeau son dernier mattré. Elle se plaint ensuite d^avoir été tellement foulée et éperonnée par lui qu'elle en a le ventre et le dos tout éeorchés. A cette heure, elle est vieille et étique ; on lui a limé les dents, et pour comble eile a attrapé une pleurésie. Dans ces circonstances, elle songe à faire son testament. Les corbeaux auront son corps, Barbeau sa voix, et le curé de celui-ci son chant. Barbeau aura encore sa queue, pour s'émoucher; le Bailly héritera denses oreilles ; sâ selle ira à Baude qui
jure qu'il ne peut s'en passer. Trois grands chiens de la boucherie Saint-Germain seront» c'est sa volonté, ses exécuteurs testamentaires. Le style de cette pièce, aisé et facile, ne manque pas d'ailleurs d'une certaine élégance, mais, eu égard au sujet, n'a pas grand relief.
Pierre Blanchet, à qui on a attribué la Farce de Pathelin^ avait aussi composé un testament en vers, dont certaine disposition ne manquait pas de malice, si nous nous en rapportons à son épitaphe, la seule trace d'ailleurs subsistante de ce testament qui ne nous est pas parvenu r
. . . . Son ordonnance ultime Et testament feit en plaisante rithme, Où plusieurs legs à tous ses amis feit, Plus à plaisir qu*à singulier proffit :
Fusmes trois que ses exécuteurs nomme.
Lesquels chargea de faire dire en somme.
Après sa mort, des messes bien trois cens, Et lespaïer de nostre bourse, sans Rien de ses biens^ lesquels laisseroit prendre, Comme assuré qu'à ce voudrions tendre.
Le Testament de Carmentrantj farce k huit personnaigesj de Jehan d'Abundance, mériterait plutôt le nom d'adieux que celui de testament. Cette pièce en effet, composée de cinq scènes assez plates, se termine par les adieux que Carmentrant, le roi des gourmands, mis en déroute avec Archiepot, Tyrelardon et Lechefroye ses suppôts, par dame Garesme et sa suite, Harensouret, Teste-d'aulx et Ognions, adresse à sa vie passée ainsi qu'aux lieux et aux personnes qu'il fréquentait.
La farce intitulée le Testament de Paihelin à quatre
personnaiges est un peu plus spirituelle, au moins dans le début; mais Timpiété et Tobscénité en font presque tous les frais* Je passe rapidement sur les premières scènes qui nous montrent Pathelin revenant un beau jour, frappé à mort, du Palais où il n'a trouvé personne, ni juges, ni plaideurs I Messire Jehan le curé et maître Aliborum Tapothicaire sont auprès de son lit où ils ont été amenés par Guillemette sa femme. Pathelin s'est confessé tant bien que mal à messire Jehan, avec un repentir fort équivoque, son plus grand remords étant de s'être laissé duper par Agnelet. Sur l'invitation de messire Jehan, il va dicter son testament ; mais avant de commencer il veut à boire, et demande que toute l'assistance en fasse autant ; puis il se met en devoir de procéder à ses legs :
Messire Jehan, vostre escriptoire.
Et du papier; si escripvez.
Guillemette le prie alors de ne pas l'oublier :
Regardez à qui vous lairrez, Je demourray povre et seulette.
Il commence en effet par elle :
Tout premier à vous Guillemette, Qui scavez où sont mes escus, Dedans la petite layette.
Vous les aurez, s'ils y sont plus.
Les legs qui suivent aux Gallans sanssoucy, aux quatre couvents des Cordeliers, des Carmes, des Augustins et des Jacobins, aux Béguines, aux Sergents, aux ivrognes.
à THôtel^Dieu de Rouen et enfin à noessire Jehan et k. memre Aliboram, sont autant de malices et de bouffon— neriefi indécentes qui semblent inspirées du Petit^-Tetta ment et des plus mauvais passages du Grand -Tes tnmen de Viflon. La liste de ses legs épuisée, il demande encor un^ dermère Tois à boire ; puis il fixe le lieu de sa sépulture
En. une cave, à Tadventure, Dessoubz un muid de vin de Beaulne,
et rédige son épitaphe, que suit cette recommandation
Aussi n'oubliez, pour riens, A faire mes armes pourtraire.
Oyez que vous y ferez faire.
Pour ce qu'ayrae la fleur du vin.
Trois belles grappes de raisin En un champ d'or semé d'azur.
Là-dessus il meurt, et messire Jehan^ Guillemette et l'apothicaire se séparent après avoir prié pour le repos de son âme.
Le Testament de Lucifer, qui figure parmi les menus Propos de Mère Sotte, composés par Pierre Gringorre, est une pure satire sous forme allégorique. L'auteur suppose qu'il l'a entendu de la bouche de Lucifer, dans an songe qu'il eut à Nancy, au mois d'octobre 1521, Le Diable, voulant pour engendrer malice marier ses filles qui représentent chacune un vice, les lègue tour à tour à ceux avec qui elles seront le mieux assorties. C'est ainsi qu'il donne Fierté superbe aux Genevois et aux Suisses, Curiosité aux femmes.
Pour décevoir le« femininei ame»;
IMITATIONS DE VILLON. »a-
Flateriesiux gens de cour, PrésompHonsjat jeunes gens^
Pour tes conduire et mener en ions Keux ;
Opiniatrise aux ignorants, Jactance aux Espagnols, Sraguèrie ou Èraverie aux Français, Discorde aux musîôîens, Rapine aux procureurs et aux avocats, Simonie aux gens d'Eglise, Luxure à tous les états; Inconstance aux femmes. Cécité aux amoureux, Ire aux Picards et aux Gascons, Gloutonie aux Septentrionaux, Vacation (Tespril aux jeunes filles, Despérance aux joueurs. Bref,
il ne pourvoit pas moins de 44 filles tour à tour. Il ne faut pas d'ailleurs chercher ombre de poésie dans cette énumération aussi monotone qu'interminable.
Le Testament de la Guerre de Jean Molinet et le Testament de lu Ligne d'un auteur inconnu rentreiit, comme le Testament de Lucifer^ dans le genre allégi^ rique; ils en ont la monotonie, quoique avec plus de mouvement et d'intérêt toutefois. Dans le premier, la Guerre à 6oa Ut de mort, après des bénédictions, qui ne tiennent qu'un huitain, aux rois, aux princes et aux duc6 qui l'ont appelée avec justice, distribue, en guise de legs, des malédictions aux tyrans, aux abbayes, aux villes, au plat pays et aux arn[>uriers. Elle réserve pour son dernier legs la pauvreté qu'elle laisse en héritage au monde. Deux ou trois de ces legs ne manquent pas d'énergie, entre autres celui-ci que termine une image d'une couleur tout Escbylienne :
Je laisse au pauvre plat pays Chasteaux rompus, hosteis bruslcz, Femmes plorans^ gens esbahis, Bergers bastiis et affolez^
llarchantz meurtris et desrobez,
Et corbeaux crians, à tous becz,
Famine dessus les gibetz (1).
Dans le second, la Ligue en train de rendre l'àme commence par raconter comment, née un beau jour entre les Apennins et les Alpes, elle a été nourrie et élevée en France, puis comme par des progrès insensibles elle a été reconnue soudain pour dame et maîtresse souveraine.
Mais hélas ce grand heur n'a pas longtemps durç.
Dieu l'a renversée
par le puissant effort D'un Henry de Bourbon, courageux^ brave et fort.
C'a été dès lors une déroute et une défection générale parmi ses partisans :
La voilà ridicule à présent, toute nue.
De rage et de mélancolie elle en est tombée malade, si bien qu'aujourd'hui,
moribonde, gisante, Quoy que saine d'esprit, d'une bouche mourante,
elle veut disposer de tout ce qui lui peut rester.
Avant que de son corps sa triste ame desloge.
Et d'abord elle abandonne son âme à tous les noirs
(4) Dans YÀgamemnon d'Eschyle, le Chœur parle ainsi de Clytem- Destre, qui vient de mettre son époux h mort : « Debout sur le cadavre, « comme ud corbeau acharné, elle se dresse l'impie et chante à plein « gosier Thymne du meurtre. »
démons et son corps aux siens; puis elle fait son héritier tout le peuple François; injure toute gratuite, en ce qu'elle inopute à la France entière la fureur de quelquesuns :
Je luy laisse les pleurs, le sang, les pilleries.
Les meurtres assassins, insignes volleries,
Les vefves, orphelins, et les violefflens, -
Les larmes, les regrets et les rançonnemens,
Les ruines des bourgs, des villes, des villages,
Des chasteaux, des maisons et tant de brigandages,
La cherté, la famine et la mendicité, La besace, soûlas seul de nécessité.
Au Saint-Père elle donne
Les terribles e£Prois de sa triple couronne.
Item, à l'Espagnol elle lègue ses desseins,
Sa créance et sa foy ; à Mayenne
Ses frayeurs et ses peurs, ses travaux et ses peines. Le dése^ir final, la malédiction Du peuple sur l'auteur de tant d'affliction, L'ire du Ciel vengeur ;
à la duchesse de Montpensier, le couteau de Clément ; au Guysard Phaéton
Le soucy d'aquiter tous les debts de son père;
au Savoyard la ruine totale des siens; au duc Lorrain et au marquis du Pont,
Uè FRANÇOIS YILLON.
Four {r«iâ 4e leur» l«beujr», la bonto sur le front ;
au Légat
les cendres de sa buUe^ Et pour s'en retourner quelque chétive muUe ;
aux prélats enfin, pour abréger,
Un espéré chappeau de. fumée et de vent.
Telle est cette pièce dont l'indignation virulente fait pendant aux railleries de la satire Ménippée contre les fureurs de la Ligue.
En dépit de la ressemblance du cadre, il n'y a d'ailleurs, comme on le voit, rien de commun entre toutes ces pièces et Tœuvre de Villon, Parodies grossières ou froides allégories, elles n'ont riep de ce mélange d'esprit et de sensibilité qui fait l'originalité du Petit et surtout du Grand-Testament; et dans ce geaire nulle œuvre n'a depuis, je ne dirai pas fait oublier celle de Villon, mais mérité d'être lue à côté de la sienne (1).
Ne cherchons donc pas son école parmi ces imitateurs de la partie la plus extérieure et en même temps des plus mauvais côtés de sa poésie. Ils ont pu lui emprunter son
|4) Brunet cite encore, mais' dous n*aYOQs pu les rencQUlrar nulle part : Le Testament du père lequel il laissa à sonjilz, à la fin de ses jours f 'pour V instruire a vertu et fouir aux tices. — Le Testa^ ment de hault et notable homme nommé Ragot, lequel en son vivant a affronté mainte fine personne. — Le Testament fin rubin de Turcquie, maigre marchand contrefairant (sic) sotie, — Le TeS' tament de Martin Leuter, — Le Testament de Bacchus, tromé au cabinet d'un des plus fameux poètes de ce temps, dédié ceux esprits cwrieux^pow chasser la méltmeolie...,* ChaM*^^ 4649. -
liMITATIONS DE VILLON.
cadre qu'il n*a pas d'ailleurs inventé, et lui dérober ses bouffonneries ; ils n'ont pu lui prendre ce qui fait son caractère distinctif, je veux dire cette mélancolie dans le rir^ dont la rencontre, lorsqu'elle n'a rien de trop heurté, est peut-être ce qu'il y a au monde de plus vrai et de plus sympathique à tous, parce qu'elle exprime rame humaine tout entière. Avant lui, ces deux grandes sources d'inspiration étaient, ce semble, partagées. entre les poètes qui puisaient à l'une et à Tautre, mais jamais aux deux à la fois. Il en résultait que les uns et les autre», élégiagùes ou comiques, n'exprimaient jamaisqu'un côtéde l'homme, et que leur poésie n'était que Técho incomplet de T&me. Le premier en France, Villon a mêlé dans ses vers la triste93eà lagaîté, et c'est ce double caractère de 8on oeuvre qui, dès le premier jour et depuis, a fait sa popularité et lui a rallié tant de suffrages. Trop souvent, sans doute, il heurte brusquement Tun contre l'autre plutôt qu'il ne marie ces deux sentiments de nature si diverse quoique frères d'origine. Toujours est-ril cependant qu'il a le premier ohea nous donné l'idée de cette poésie si profondément humaine.
En face de l'école allégorique d'Alain Chartier, de Martin Franc et de Cb. d'Orléans comme des poètes amphigouriques de l'école flamande ou bourguignonne, il a fondé en poésie ce qu'on peut appeler l'école de Paris, et ce qu'il serait aussi bien permis d'appeler l'école française. Aucune autre en effet ne représente mieux l'esprit et la tradition de ce pays, c'estrà-dire ce rare ipfiélange de raison et de gaSté qui forme le fond même de notre caractère et rassemble, dans une mesure parfaite, tous leà sentiments
de rame, depuis celui de la mélancolie la plus pénétrante et de la plus vive sensibilité, jusqu'à celui du ridicule le plus incisif : esprit dont le premier et le plus impérieux besoin est de voir clair et net dans sa pensée, comme dans ses sentiments, et qui ne regimbe jamais si vivement que lorsqu'on veut le payer de mots et de phrases.
A cette école se rattachent déjà du temps de Villon, au moins par un côté, c'est-à-dire par l'esprit de franchise , Guillaume Coquillart , l'auteur des Droits nouveaux ^ Henry Baude, le poète satirique de la régence d'Anne de Beaujeu, Roger de Collerye, avec ses joviaux refrains, Guillaume Alexis, l'auteur du Blason des faulces amours^ Martial d'Auvergne, enfin, avec ses Vigiles de Charles Vll^ et un certain nombre de pièces du Jardin de Plaisance. Mais le plus brillant élève de Villon, celui qui lui a fait le plus d'honneur, par la façon originale dont il l'a imité, c*est Marotqui ajreconnu hautement ce qu'il lui devait.
Ce n'est pourtant pas là encore la vraie postérité de Villon, je veux dire celle qui s'inspire de son double esprit de mélancolie et de gaîté. Pour la rencontrer, cette postérité de l'auteur du G.'-Testament ei dix Codici/le, il faut descendre jusqu'au siècle de Louis XIV, où nous la trouvons représentée par trois grands poètes, Matburin Régnier, La Fontaine et Molière, On devine sans que je les nomme ceux qui, à des titres divers, l'ont continuée de nos jours. Nous pouvons, sans doute, avoir de plus grands poètes que cette famille de l'écolier du XV* siècle, nous n'avons certainement pas de plus grands écrivains» *
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