DESTINÉES DE L'OBUVRE DE VILLON
« dk , £ait époque dans l'histoire de la poésie fran- « çaise, depuis que ses œuvres, ont été recommandées
c ou distinguées par Clément Marot et Despréaux
c Tout ce qui est resté intelligible dans ses deux Testa^ c ments intéresse par T originalité des idées et par la € vivacité de l'expression, par le caractère naïf et ingé-
c nieux du style Marot ne dissimule ni Y antiquité
« de son parler ^ ni ses meslées, et longues paren- « thèses j ni les autres défauts de sa versification, mais te il ne loue pas moins la beauté naturelle de sa poésie. « Son grand mérite, dit encore Daunou, est de n'être « jamais prosaïque. » Et à propos de Topinion qui vou* drait transporter à Gh. d'Orléans Thonneur du rôle accordé par Boileau à Villon : t 11 nous semble, ajoute4-il, « que le progrès de Tart des vers sera toujours plus « sensible dans Villon, parce qu'il exprime plus d*i- « dées, qu'il a plus de saillies, des tours plus piquants, « des formes plus diverses ; qu'il ne demeure point res* i serré dans le genre erotique, dans les limites étroites « de la galanterie chevaleresque. » Un pareil jugement, parti de la plume d'un homme aussi grave et aussi judicieux que Daanou, est peut-être, depuis Boileau, ce qui s'est dit de plus considérable en faveur de Villon.
Le second article, qui fut inséré dans la Revue fran^ çaise d'alors et qui relève avec une rare verve les côtés pittoresques de la poésie de Villon, est de M. Théophile Gautier. Indépendamment de son mérite intrinsèque, cet article est remarquable comme témoignage de ce que pensait du vieux poète une jeune école littéraire, «Villon, dit l'auteur de cet article, fut le plus grand
3«t FRANÇOId VILLON.
poète de aon temps ; et maintenant, après tant d'an^ nées, tant de changements dans les mœurs et dans le style, soQs les vieux mots, sous les vers mal scandés, à travers les tournures barbares, on voit reluire le poète comme un soleil dans un nuage, comme une wcieane peinture,. dont on enlève le vernis. Yillo est à peu près le seul , entre tous les gothiques, qu ait réetlemeiit des idées. Chez lui, tout n'est pas sa crifié aux exigences d'une forme rendue difficile
plaisir C'est une poésie neuve, forte et naïve. •
M. Nisard enfin, qui de notre temps semble avoir eu L plus à cœur de maintenir le vieux poète à la place qui I a été donnée par Boileau parmi les fondateurs de la poés
française. M, Nisard s'en exprime à son tour en c termes dans le chapitre qu'il lui a consacré : « Villon , « dit-il, n'imite pas le Roman de la Rose; il laisse ces « froides allégories et ce savoir indigeste; presque
ff toutes $es pensées sortent de son fonds Yoilà non
« plus un poète bel esprit, nourri des livres à la mode; c mais un enfant du peuple, né poète, qui lit dans son « cœur, et qui tire ses images des fortes impressions
« qu'il reçoit de son temps Novateur dans les.idées,
• Villon ne Test pas moins dans la forme ; l'un emporte « l'autre. On admire dans ce poète des expressions vives, r pittoresques, trouvées ; un style en apparence plus dift ficile à comprendre, à une première lecture, que celui de « Ch. d'Orléans, parce qu'il est plus vrai, plus senti, f plus français..... Villon écrit le français du peuple de f Paris; il tire sa langue du cœur même de la nation, f Ne nous effarouchons pas de l'étrange berceau d'où
DESTINÉES DE L'CK^VRE i^ VILLON. ^U
sort notr^ poéaie; d'autres tiendront qui fonsitr de ceUe fille du peuple la muse cbtrmante et sévère du xvu® siècle. • Et en terminant : t Je oroift âoac ^ malgré quelques vers agréables de Charles d'Orléans^ « qu'il faut laisser à Yillon T honneur d'avoir marqué le progrès la plus sensible de la poésie française depuis le Roman ëe la Row. N'asuendwa pas le jugement de Boileau pour si peu. Le premier^ Vii»- Ion s'est affranchi de l'imitation des vieux romanciers ; le premier, il a tiré sa poésie de son cœur ; le premier, il a créé des expressions vives originales, durables. Charles d'Orléans est le dernier poète de la société féodale ; Yillon est le poète de la vraie nation, laquelle commence sur les ruines de la féodalité qui finit. » C'était en 1844 que M. Nisard exprimait ce jugement, auquel il semble difficile d'ajouter quelque chose. Dix ans après, une 32* édition de Villon paraissait, due aux soins de l'infatigable bibliophile Jacob ; et, dans l'intervalle, des critiques distingués, MM. Gérusez , Démogeot et Génin, et des historiens, M. Henry Martin et M. Pierre Clément, et des trouvaient moyen, à la rencontre, de parler encore de notre poète avec un intérêt qui semblait redoubler sous la plume de chacun d'eux.
En 1850 enfin, le docteur Nagel, professeur à l'école supérieure de Mulheim, publiait un Essai remarquable sur la vie et les œuvres de Villon, où il traitait avec une rare sagacité les points litigieux de la vie du poète, et reconnaissait hautement son originalité entre tous les poètes du XV* siècle, et particulièrement vis-à-vis de Charles d'Orléans.
Après tant de suffrages illustres accordés au vieux poète, était-ii défendu d'espérer quMl pourrait être, sinon de sa personne, au moins de sa poésie , le bien-venu en Sorbonne, dans cette Sorbonne, dont il fut Tun des enfants perdus? je ne Tai pas cru. 11 eût pu certes trouver un introducteur plus accrédité ; qu'il me soit permis de dire quMl n'en pouvait rencontrer iin qui fût plus sympathique à son génie.
Maintenant que nous connaissons Villon, non plus seulement par des échantillons toujours trompeurs, mais tout à la fois par le détail et par Tensemble, nous pouvons nous faire une idée de son talent et eu lui-même et par rapport à celui des autres poètes ses contemporains. Pour prendre le plus brillant de tous, que l'on compare l'œuvre de Villon à celle de Charles d'Orléans qu'on lui a si longtemps opposé, et l'on verra de quel côté se trouvent l'intérêt et la véritable poésie. Que d'événements dans le siècle où paraît Charles d'Orléans! Que de tragédies dont lui-même a été tour à tour victime et témoin, et quelle âme à sa place n'en eût été profondément remuée 1 Sauf deux ou trois soupirs toutefois, et bien faibles encore, qu'en paraît-il dans son recueil? Cet homme qui avait
VU assassiner son père, et sa mère mourir de douleur, qui avait vu tomber à ses côtés la fleur de la noblesse à la bataille d'Azincourt, qui avait été vingt-six ans prisonnier des Anglais, un contemporain de Jeanne Darc (1), de quoi pense-t-on qu'il entretienne son lecteur d'un bout à l'autre de son volume? De Dangier, de Malebouche, de Bel-Espoir et de Soussy. Les réâriités terribles au milieu desquelles il a marché n'ont pu rompre pour lui le charme des fantômes allégoriques dont son imagination dans sa jeunesse avait été bercée ; et c'est à peine si dans tout son recueil il est deux ou trois fois infidèle à ces dieux de la poésie d'alors.
Aucune de ces fadeurs et de ces abstractions ridicules dans l'œuvre de l'enfant du peuple. Depuis Rutebeuf, le trouvère roman, il est le premier poète français chez lequel la matière poétique a complètement cessé d'être une matière rebattue et conventionnelle. Voilà un poète enfin qui rompt avec la routine de la scholastique et de
(\) Le silence de Ch. d'Orléans sur Jeanne est au premier abord inexplicable, surtout lorsqu'on se rappelle que Théroïque jeune fille s'était présentée, non-seulement pour .mener sacrer le roi à Reims et chasser les Anglais , mais encore pour délivrer de captivité le duc d'Orléans.
Quelle belle inspiration pourtant, s'il en eût été capable, la reconnaissance pouvait lui dicter, tant en son nom qu'à celui de la France I L'explication de cette énigme, vraiment étrange, est, je crois, dans l'impression mêlée de terreur et d'admiration produite sur les imaginations superstitieuses du temps par ce qu'il y avait de mystérieux dans le rôle de la Pucelle. Nous avons vu déjà avec quelle circonspection, tout en la plaignant, Martial d'Auvergne juge l'atroce cruauté des Anglais à son égard. Aux yeux de beaucoup de Français aussi, la pauvre bergerette, avec son étendard, était une sorcière; et plus d'un, sans doute, se signait à son nom.
Tallégorie, et qui tire sa poésie de ses entrailles, qui la tisse des événements de sa vie, qui l'a vécue pour ainsi dire. Chose étrange ! il n'a pas, comme le poète royal, été mêlé aux grandes choses de son temps ; et du fond des tavernes et des mauvais lieux où il a passé sa vie, il en a été plus touché que lui. De son observatoire, si peu élevé qu'il soit, de la place Maubert, il ne perd rien ou peu de chose de ce qui se passe de son temps dans le monde, c'est-àdire en France et en Europe. Et l'invasion des Anglais, et le supplice de Jeanne Darc, et la disgrâce de Jacques Cœur, et les troubles de la Bohême, et la mort des princes de son temps et la prise de Constantinople, tout ce qui avait dû remuer fortement l'imagination de ses contemporains obtient de lui tour à tour un souvenir qui est comme le contre-coup de l'impression qu'il en a reçue. C'est que dans tout poète dont le cœur n'a pas été affadi ou pétrifié par les systèmes et les traditions d'école, il y a toujours un homme , c'est-à-dire un être sensible, quoi qu'il en ait, aux douleurs et aux joies de ses contemporains. Est-il besoin de dire la vérité de sentiments et de pensées, et par suite la franchise de style et la sincérité d'accent qui en résultent pour l'œuvre de notre poète? C est là, en effet, la grande innovation de Villon, c'est là le secret de son art et de son originalité, ce qui en fait à juste titre le père de la poésie vraiment française. Jamais poète peut-être n'eut plus de naturel et de vérité. Et n'est-ce pas à cette vérité des sentiments et des pensées du poète, à l'étroit et continuel enlacement de ses poésies et de sa vie, à cette actualité^ si je puis dire, de ses œuvres, où se relrace si vivement un coin du tableau de la vie pari-
sienne de cette époque, n'est-ce pas à toutes ces qualités si neuves alors et si vraiment originales dans tous les .temps qu'il dut de trouver une si large entrée dans le cœur .de ses contemporains ? Ce furent ces qualités qui, plus de trois quarts de siècle après Tapparition de Tauteur, faisaient vivre encore ses poésies dans la mémoire et dans la tradition orale de ses compatriotes, qui firent travailler {
avec lant d'activité à leur reproduction l'art typographique encore bien jeune (1), qui enfin valurent à ses œuvres la faveur et la protection de François P', ce roi si moderne en réalité, dit Nagel, avec ses goûts chevaleresques du moyen âge.
On a dit pour lui contester le rôle et le rang qui lui sont attribués dansl'^rl poétique^ que la versification de son temps ne lui devait aucun progrès, et que, laissant la ballade et le rondeau tels qu'il les avait reçus de ses prédécesseurs, il n'avait pas même trouvé la loi de l'alternance régulière des rimes masculines et des rimes féminines (2). C'est se prendre au côté le plus extérieur de la poésie. D'autres, sans doute de son temps, ont
(\ ) Témoin ce nombre assez considérable d'éditions des poésies de Vil- Ion, qui datent du xv^ siècle même. Lés plus anciennes éditions sont de H89, et c'est en 1469 seulement que l'imprimerie fut établie en France, d'abord à laSorbonne, d'où elle se répandit à Paris, et de là dans tout le royaume. I
(2) Cette règle n'a été bien établie et constamment observée qu'as- |
sez longtemps après lui. Il règne toutefois dans l'entrelacement de rimes |
des octaves ou huitains de Villon, une régularité qui, jusqu'à un certain point, y fait compensation. Cette régularité consiste en ce que ces huitains ont chacun trois rimes : l'une pour le premier vers et le troisième ;l>utre pour le deuxième vers, le quatriètne, le cinquième et le
septième ; la dernière pour le sixième et le huitième.
tourné aussi bien que lui le vers de la ballade et du rondeau ; personne, pas même Charles d'Orléans avec son art si consommé pour son époque, n'a su y mettre ce que Villon y a réuni de naturel, de sens, de passion, de vérité et de vie, toutes choses qui sont l'âme même du style et de la poésie.
Ce qui manquait le plus à la plupart des poètes ses contemporains, c'était un sujet, c'est-à-dire une de ces vérités générales dont on a fait l'expérience personnelle, un 'de ces grands lieux communs à la mesure des forces du poète, et qu'il puisse à tout jamais faire sien, dans la langue où il s'exprime, en y mettant sa marque. Villon, et c'est le propre du génie, Villon en trouve un dans l'imagination en deuil de son siècle, c'est le sentiment profond du néant de l'homme qui paraît un instant au soleil dans la pourpre ou sous la bure, pour disparaître immédiatement après dans la nuit. C'est le sentiment de la grande égalité de tous devant la Mort, qui mène éternellement au son de son rebec le grand bal, tour à tour grotesque et lugubre, auquel prennent part à regret ou de bon cœur tous les humains. Ce grand lieu commun du XV' siècle, sur lequel tant de poètes avant comme après lui se sont exercés, lui seul de son temps parvient à se l'approprier en y mettant à tout jamais son sceau. C'est peu, il y en ajoute un autre qui en est comme le complément, et celui-là il le trouve dans sa vie. C'est qu'aussi elle avait été pour lui plus que pour tout autre une terrible épreuve. Ce sujet c'est lui, ou plutôt c'est l'homme avec sa misère naturelle, ses faiblesses, ses passions, ses vices même et aussi avec ses douleurs de
toute sorte, ses regrets, ses remords et ses tristesses qui se mêlent si souvent à ses joies; c'est Villon et c'est l'écolier perdu du xv" siècle ; c'est encore l'homme général, l'homme de tous les temps, observé ici au travers d'une âme individuelle ; c'est la vie dans ses conditions les plus dures, l'intelligence et la culture d'esprit au sein de la pauvreté ; la vie avec ses expériences les plus humihantes. Son poème en est le chant douloureux et plaintif, traversé d'éclats de rire qui en rendent la plainte encore plus poignante.
De là cet accent unique qu'il a su. donner à Texpression de ses sentiments , accent qui n'est autre chose que le cri de rame, et qui attache, malgré qu'on en ait.
Nous n'avons plus affaire ici, comme avec Charles d'Orléans, à un tourneur de jolis riens, chez qui l'art surpasse la matière, mais à un homme qui nous raconte notre cœur en même temps que le sien; et nous éprouvons, à le lire après le poète ingénieux et raffiné, la surprise agréable dont parle Pascal : « Quand on voit le style na- « turel, on est tout étonné et ravi; car on s'attendait de < voir un auteur, et on trouve un homme. »
Quel style aussi que le sien, et dans quel admirable équilibre, réserve faite des imperfections de la langue de son temps, l'art qu'il révèle se trouve avec la pensée qui le produit! Il n'en est pas de plus français, je veux dire de plus conforme au génie de notre langue. C'est la précision, c'est la franchise, c'est la couleur du style de La Fontaine unies à la vigueur et h la fermeté de celui de Molière ; sobre et pittoresque, <5'est tout dire. Pour moi je
n'en sais pas qui soit plus près de sa source, ni qui sente davantage le crû natal; je n'en sais pas, avec celui des deux grands écrivains que je viens de nommer, qui soit plus rempli de ces braves façons de parler, comme aurait dit Montaigne, qui caractérisent entre, toutes la yraie langue française. La preuve en est daifâ une foule d'expressions comme de locutions qui s'y rencontrent, et que garde encore aujourd'hui la langue de nos campagnes, le dernier refuge de ce vieux langage auquel Fénelon, qui le regrettait, trouvait « je ne sais quoi de court, de f naïf, de hardi, de vif et de passionné (1), » et qui, en effet, soit par son elUptique concision, soit par l'image qu'il présente, est doué d'un relief unique.
Aussi dans la plus grande partie de l'œuvre de Yillon, et surtout dans les beaux passage?^ ce style, au moins pour le tour, a t-il à peine vieilli, et mérite-t-il presque de figurer à côté de ce qu'offre de plus achevé la mâle et vaillante langue de la première moitié du xv!!*" siècle. Ainsi que nous l'avons déjà remarqué à la rencontre, ce style a le caractère des plus rares et des plus grands, celui de peindre d'un mot; c'est proprement une magie. Tout ce qu'il peint saute aux yeux et arrête le regard ; c'est la vi^ même; on n'oublie pas ce qu'on a une fois vu dans Yillon.
On a remarqué la variété des sentiments et des pdui-
(4) Car, au contraire de Ch. d'Orléans, qui parle le français des cours et même celai qui se parlait à la cour du roi anglais Henri V, ainsi qu« Va très-bien remarqué M. Nisard, Villon écrit le français du peuple de Paris. C'est du cœur même de la nation qu'il tire sa langue, comme fera plus tard Malherbe, et Régnier lui-même, Régnier surtout, en dépit du malentendu par lequel il s'en défendait.
tures du Grand-Testament ; runité ne manque pas à cette variété; la personne de Villon en est pour ainsi dire le centre. Aussi ce poème, avec le codicille qui raccompagne, offre- t-il cet intérêt puissant qui tient le lecteur en haleine et fait quMI a peine à abandonner le livre une fois commencé. Rien n'est d'ailleurs plus ingénieux que Tart avec lequel le poète a su rattacher soit aux plaintes et aux confessions du début, soit aux legs de la seconde partie, les différentes ballades qui en sont, je crois l'avoir déjà dit, comme le jet lyrique. Dirai- je encore quelle rapidité sa poésie gagne à l'emploi qu'il fait du huitain dans le courant de son œuvre, avec ses rimes croisées, ses enjambements de l'un à l'autre et ses transitions si naïves empruntées au dernier vers de la strophe précédente ?
Qui ne connaît de Villon que les hontes de sa vie et que les pièces qui en sont le triste monument a peine à croire que la bouffonnerie et l'ordure ne fassent pas le fond du Grand-Testament^ et que le sérieux n'y soit pas l'exception ; c'est précisément le contraire qui est la vérité. Sur près de S,000 vers environ, dont se composent, avec le codicille et les œuvres diverses, lo Petit et le Grand-Teslatnent^ il y en au plus 300 que la décence et le goût voulussent supprimer. Je dis plus, ces 300 vers ôtés , rien n'est plus grave et plus moral que le Grande-Testament et les ballades qui le suivent ; et ce n'est plus qu'une suite de leçons, relevées dç traits satiriques et enchaînées les unes aux autres avec l'art le plus original. Jamais moraliste ou prédicateur n'a parlé de l'amer déboire du vice d'un accent plus péné-
trant que ce débauché. II en parlait, pour son malheur, avec l'autorité de rexpérience. Aussi, sauf deux ou trois endroits , s'en exprime-t-il , d'un bout à l'autre de son œuvre, avec un regret dont on voit qu'il voudrait épargner l'amertume à ceux qui seraient tentés de l'imiter. Là même où, comme pour l'opposer à '.a honte qui l'écrase, il pousse â bout le cynisme et semble faire parade de son ignominie, il s'arrête tout à coup au milieu d'un éclat de rire infâme pour éclater en un cri de désespoir, qui est comme la protestation suprême et expirante de la conscience foulée aux pieds et roulée dans la bouc, 11 ne cherche pas d'ailleurs, comme on fait de nos jours, à donner le change sur son vice et à le poétiser ; il le montre tout nu, avec toute sa laideur et le dégoût qu'il soulève jusque dans son propre cœur. Car il ne cache pas davantage combien il en souffre tout le premier, et de quel prix il le paie. C'est par cette sincérité que, jusqu'à un certain point, il se rachète. La sincérité, c'est la dernière vertu qui lui reste. Il se rachète encore par d'autres côtés. Ce vaurien descendu si bas aimait sa mère ; il la nomme en deux endroits du Grand-Testament ; et chaque fois il n'en parle qu'avec des larmes dans la voix et un accent de pitié tendre qui touche profondément. Au souvenir de la pauvre vieille,
Qui pour lay eut douleur amère, Dieu le scet^ et mainte tristesse,
il éprouve un atlendrîssement religieux qui se communique à son vers et gagne le lecteur. C'est à sa mère,
an Ta vu, quMI laisse le plus touchant de ses legs, la ballade qu'elle lui avait demandée pour prier Nostrc- * Damej et où il exprime si naïvement les sentiments de piété de la pauvre vieille.
Ceci nous amène naturellement à parler de ses sentiments religieux. Ils se montrent en plusieurs endroits de son Grand'Testament ; et on peut trouver même qu'ils ofifrent avec sa vic^ comme avec certains passages de son œuvre, un contraste assez étrange. Aussi a-t-on contesté sa sincérité sur ce chapitre. Iincore une fois, j'avoue que, par le voisinage qu'il donne parfois à. l'expression de ces sentiments, comme par l'irrévérence de certaines saillies, il a pu faire naître des doutes à cet égard. Je demanderai pourtant si deux ou trois passages au plus de ce caractère suffisent pour mettre à néant une foule d'autres qui déposent, je ne dirai pas de sa piété, mais d'un fond de religion dû sans doute à son éducation première, et que l'expérience de la souffrance et du malheur ne lui avaient pas permis, en dépit de ses vices et de ses passions, de perdre jamais entièrement. Que l'on se rappelle, entre autres, l'oraison funèbre ou Tépitaphe en forme de ballade qu'il fit pour lui et pour ses compagnons à la veille d'être pendus^ et où il implore si humblement, avec la pitié des passants, leurs prières; que l'on relise encore le legs qu'il fait de sa pauvre âme à la Trinité, en la recommandant à Nostre-Dame et aux anges, sa ballade à la Vierge, si naïve et si dévote avec les vers qui Tannoncent, et surtout ce vers si formel de la Ballade des Proverbes,
Tant ayme-on Dieu qu'on suyt l'Église,
tant de souhaits enfin si religieux répandus d'un bout à l'autre du Grand-Testament et des ballades qui te suivent ; et on ne pourra s'empêcher de voir là autre chose que des exercices de style et des vers de contenance.
Pour moi, j'y respire la foi sincère, quoique peu éclairée, de ces vieux temps qui ne yalaient pas mieux que • les nôtres sans doute par les mœurs, mais qui dans leur grossièreté et jusque dans leurs plus grands écarts ne rompaient jamais cfomplétement avec la Religion. Que Ton relise enfin le huitain && où, parlant des pensées de désespoir dont il est tenté dans sa misère, il dit si énergiquement et si naïvement à la fois :
Souvent, se n'estoit Dieu qu'il craint^ Il feroit un horrible faict,
et qu'on médise si ce sont là les paroles d'un homme qui feint, et si l'accent religieux comme dans les endroits cités plus haut n'y éclate pas. On ne saurait invoquer en preuve de l'incrédulité de Villon ses nombreux traits contre les moines et contre les gens d'Église qui par leurs vices déshonoraient leur robe. Autant vaudrait taxer d'im* piété l'irréconciliable dégoût qu'inspira de tout temps à la France chrétienne l'odieux personnage de Faux-SeBQblant Ces plaisanteries au moyen âge, où la population des couvents était si nombreuse et partant si mêlée, n'intéressaient nullement la foi ; et sans parler des Olivier Maillard, des Michel M enot et des Raulin qui ne se gênaient pas pour flétrir en pleine chaire les désordres des ecclésiastiques et des religieux de leur temps, ce qui excitait
les railleries et la malice d'un Villon, avait provoqué avant lui rindignation éloquente des personnages les plus saints et les plus graves, d'un saint Bernard, d'un Guillaume de Saint- Amour, d'un Gerson, et, de son temps, celle de Nicolas de Clemengis et du religieux Martial d'Auvergne.
Il ne faut pas oublier d'ailleurs qu'au moyen âge, époque grossière et naïve, où le bien se confondait si souvent avec le mal, rien n'était plus fréquent que ces saillies, que ces irrévérences même mêlées aux idées les plus religieuses. On n'avait nulle idée de la convenance et de la dignité; les sermons des prédicateurs du temps, obligés de s'accommoder au goût de leur auditoire, en fournissent de curieux témoignages; et les sculptures extérieures de quelques-unes de nos vieilles églises gothiques offrent là-dessus les mêmes contrastes que les poésies de Villon. Qu'en faut-il conclure? Pas autre chose, sinon que nos pères étaient des fils de barbares encore mal civilisés, jouant, sans malice et sans trop savoir ce qu'ils faisaient, avec les vases de 1 autel.
Maintenant lorisqu'on accorderait à ceux qui s'autorisent de deux ou trois passages et particulièrement de la conclusion bouffonne du Grand-Testament, pour contester la sincérité de la foi de Villon, que ses sentiments religieux n'ont pas persisté, il n'en resterait pas moins vrai qu'il les a éprouvés lorsqu'il les a exprimés, et qu'ils étaient réellement alors au fond de son âme. Or, ces sentiments religieux, et c'est ce qui m'y fait tant insister, donnent au poème de Villon un caractère particulier de gravité naïve qui compense jusqu'à un certain point, malgré les démentis que son humeur bouffonne y donne,
Tabsence totale d'élévation que Ton y déplore. Lorsqu'on Tentend s'écrier avec Taccent du Pubjicain,
Je suys pécheur, je le scay bien, Pourtant ne veult pas Dieu ma mort, Mais convertisse et vive en bien,
on se dit qu'il y a encore quelque chose au fond de cette âme si dégradée qu'elle soit, et qu'il n'est pas impossible qu'elle remonte quelque jour au bien, puisqu'elle en a le regret et comme le mal, si je puis dire. Otez en effet du Grand-Testament l'expression des sentiments religieux, vous en retranchez du môme coup le repentir et les larmes doQt ils sont la source la plus vive ; vous en supprimiez presque toute la poésie, la plus élevée du moins, et il ne reste plus qu'une seconde édition, seulement plus complète, des bouffonneries et des malices du Petit-Testament. La religion pour Villon comme pour son siècle, et comme pour l'Humanité dans tous les temps, c'était le seul lien qui le rattachât à l'idéal.
11 n'est pas possible certes d'aimer plus bas que n'a fait Villon, et, à sa honte, il ne nous a pas épargné làdessus les confidences ; c'est à vous faire lever \% cœur, rien que d'y penser. A un moment de sa vie, cependant, il a connu l'amour, je veux dire celui qui intéresse le cœur au moins autant que les sens. Dans la boue où il se vautrait, du fond de sa débauche , il a été touché un jour de ce que les Anciens appelaient le mal sacré ; son cœur en a été blessé, et, malgré toutes les diversions de l'exil , de la misère et de la prison, de la débauche bien plus, n'a pu se guérir de sa blessure. C'est cet amour
qui ouvre de fies plaintes touchantes le Petii-Tesiament; c*est cet amour qui ferme le Grande dont il attendrit encore les plus belles pages; et quelque répugnance qu'on ait à le croire, il n'est pas permis d'en douter à qui relit les passages où son cœur s'est là-dessus comme échappé malgré lui. Il y a là de vraies larmes, il y a là des cris qui sortent du fond de Tâme, et comme la passion seule peut en jeter au ciel.
Ce n'est pas tout , quelque étrange que cela paraisse, ce bohème qui n'avait rien ou peu de chose à attendre de son pays, si ce n'est des rigueurs, ce vagabond avait le cœur français. Il a été capable d'indignation contre tes traîtres qui voulaient vendre à l'ennemi le sol où lui, pauvre déshérité, ne moissonnait pas; et la patrie insultée lui a inspiré les imprécations virulentes de la ballade de VHomietir français^ à l'adresse des ennemis de cet honneur et de ceux
Qui mal vouldroient au royaume de France.
N'est-ce pas aussi bien à un sentiment patriotique qu'à un mouvement de respect et de pitié qu'il obéit dans la ballade des Dames du temps jadis^ lorsqu'il verse sur la bergère de Donremy cette larme pieuse qui lui fait tant d'honneur, au milieu de TinditTérence ou de l'hésitation des écrivains contemporains pour la personne de la sublime jeune fille? Et la patrie dans sa pensée ne partage-t-elle pas cette larme avec
Jehanne, la bonne Lorraine, Qtt'Angloys bruslèrent à Rouen?
Voilà danc un bohème qui aimait sa mère et qui^ sans se cacher, pleurait à son souvenir, qui était capable de prendre fait et cause pour l'honneur de la Franco outragée et qui , pour comble, dans le malheur, se souvenait du Dieu de sa jeunesse. C'est, selon .nous, à ce triple culte, à ce qu'il en avait gardé du moins, c'est, avec le sentiment sincère et profond dont il fut un jour blessé pour Katherine de Vauselles, à l'inspiration de ces trois grands lieux communs, éternels comme le ccBur humain, de la famille, de la patrie, de la Religion, à ces sources intarissables des émotions les plus sacrées qui soient au monde , qu'il doit d'avoir sauvé son génie. C'est de là que relève tout ce qu'il y a de durable et d© vraiment beau dans son œuvre.
Une autre vertu de Villon , qu'il ne faut pas oublier, et il n'est pas assez riche en ce genre pour qu'on néglige de la lui compter, c'est la reconnaissance. Rien ne prouve peut-être plus que cette vertu l'excellence du cœur; Villon l'avait à un haut degré. Personne ne lui fit du bien qu'il ne l'ait profondément ressenti; et Marie d'Orléans, et le Parlement, et Louis XI, et Guillaume de Villon surtout, ont reçu tour à tour, dans son Grand-Testament^ l'hommage public et senti de sa gratitude.
Nous ne nous dissimulons pas d'ailleurs les défauts du Grand-TesiameiU , les disparates de ton , les jeux de mots qui s'y trouvent, les termes d'argot qui çà et là s'y glissent et ajoutent encore à l'obscurité d'un texte que n'a pas revu l'auteur, et sorti du tiroir le plus mal en ordre qui fut jamais. Ce que nous regrettons surtout,
c'est le peu de rapport, disons le mot, c'est la contradiction du commencement tour à tour si énergique, si gracieux et si pathétique avec la seconde partie, je veux dire celle des legs. Il semble en effet, dans cette espèce de revue cynique de ses compagnons de débauche, que Villon ait pris à tâche de démeotir les sentiments honnêtes auxquels il s'est laissé aller en commençant. Aux méditations les plus tristes , aux élégies les plus pénétrantes, aux legs les plus touchants et les plus religieux , à ceux de la ballade à Notre-Dame, de son âme à la Trinité et de son corps à noire grand mère la terre^ au legs de ce rondeau si pathétique à maître Ythier sur la mort de sa maîtresse, à celui de ce bénitier rempli de larmes et de ce brin d'églantier qu'il destine au chevet des amants malheureux , il coud, comme pour se moquer de SOI) lecteur et de lui-même, une suite de legs burlesques , quelques-uns même infâmes, dont les vauriens de la Cité pouvaient seuls, même à cette époque, goûter le sel et comprendre le sens. Quelques -uns de ces legs sans doute sont des traits de satire et de comédie, où revit toute une époque, tout un coin de société, du moins ; mais ces traits perdent trop souvent leur intérêt par le caractère des personnages auxquels ils sont adressés. Changez en effet le milieu ôii a vécu Villon ; faites monter de quelques degrés dans l'échelle morale et sociale les compagnons aux dépens desquels il s' égayé ; et dans cette seconde partie comme^dansla première, au lieu d'être intéressant et intelligible seulement pour ce monde flottant entre la société et la Cour des Miracles, il le sera encore aux honnêtes gens, et, par suite, à la
CONCLUSION. 3ÎI
postérité. Ses legs seront encore satiriques, plaisants et comiques ; car il y a des travers et des vices à tous les étages de la société ; mais adressés à des gens avouables, ils gagneront en poésie tout ce qu'ils perdront en trivialité. La sensibilité, qui pourra s'y mêler de temps k autre, sera moins blessée de leur voisinage ; et le tout éveillera chez le lecteur cette sensation exquise et si
profondément humaine du rire mouillé de pleurs. Au lieu
de cela, il nous désoriente trop souvent par ses brusques transitions du pathétique au bouffon, et du grave au burlesque. Il compromet, c'est trop peu dire, il déshonore sa muse et la mène dans des lieux dont la honte ne s'efface plus, une fois imprimée.
Ce qui manque le plus, en effet, à sa poésie, c'est la dignité et l'élévation ; c'est !e respect de soi-même et de son lecteur. Que ne s'est-il souvenu plus souvent qu'il parlait à la Postérité ! Car il semble qu'il y ait songé quelquefois. Que n'a-t-il eu toujours, pour me servir des expressions d'un éminent critique, t la pudeur de la gloire qui l'attendait! » Mais ce serait demander l'impossible à Villon, avec la vie qu'il mena. Les désordres et les hontes de cette existence devaient, comme il arrive presque toujours, se refléter dans ses vers; et personne ne prouva jamais, d'une manière plus triste et plus éclatante, tout ce que le génie perd au contact de la débauche.
Une autre absence encore, qu'on peut relever dans son œuvre et que nous avons signalée déjà, c'est celle de la nature ou de la camparne. Pas la moindre rencontre de ce genre dans tout ce qui nous reste de lui ; dans le
3«î FRANÇOIS VILLON.
cours de plus de 3,000 vers, pas la plus courte échappée de paysage, comme il s'en rencontre chez Juvénal et Renier et jusque chez Boileau. Jamais un vers qui s'égaye et qui rie de la fraîcheur de la source ou de la feuille, ou d'un rayon de soleil. La nature, s'il est possible , est encore plus absente de sa poésie qu'elle ne Test de la Henriade^ où, a-t-on dit, il n'y a pas noéme d'herbe pour les chevaux. En un mot, elle n'existe pas pour lui. Lui-même, il en fait l'aveu, le chant de tous les oiseaux du monde ne le retiendrait pas un seul jour dans les bois, pas même une matinée, s'il fallait pour l'entendre déjeuner d'eau claire et de pain bis (i). La dernière chose qu'il eût été capable de comprendre, c'eût été assurément la sublime et religieuse effusion de Martial d'Auvergne, remerciant le Créateur^
D'avoir veu ses eavres tant belles,
Le soleil , la lune et estoiUes
Terre, élémens fruitz, fleurs nouvelles (2).
A tout ce que Ménandre appelle les spectacles sacrés (3) de la nature, il préféra toujours une place à la cheminée du cabaret de la Pomme de Pin. Était-ce de sa part répugnance pour un séjour et des plaisirs si étrangers à tous ses goûts et à ses habitudes, ou manque to-
(h ) G,-T. Ballade : Les Contredictz de Franc-Gontier.
(î) Les très dévotes îouenges de la gloriev^e Vierge Marie,
(3) Ta O's^và tout', ,
Tov >3Xtov Tov xotvov oèaTip', û^wp, vsçwî,
nop.
Menandri Reliquie.
taldu sens des beautés de l'a nature? Je ne saurais le dire, mais cela i»uffirait à me convaincre, comme je Tai déjà avancé, que, s'il est né à la campagne, il n'y a pas grandi. Nourrisson de la Cité , élevé dans ses rues obscures et boueuses , acoquiné dès sa jeunesse à ses tavernes et à ses mauvais lieux , il n'a pas reçu des champs ces impressions profondes et ineffaçables qu'en reçoit l'enfance, et qui, plus tard, en dépit de tout ce qui a pu les affaiblir, reparaissent toujours, plus ou moins vives, dans la mémoire et sous la plume de l'écrivain.
Mais pourquoi demander à un poète la réunion de tous les talents? Exige-t-on d'un poète bucolique la vigueur et les accents du poète satirique, ou bien encore les traits du poète comique? Ne soyons donc pas plus exigeants avec Villon, et ne lui demaiidoas pas de nous donner ce qu'il n'avait pas reçu. Villon a eu en germe le génie de la comédie, de l'élégie et de la satire; c'est un lot assez beau pour ne pas laisser trop de regrets sur ce qui lui a manqué. Prenons donc son œuvre pour ce qu'elle est, c'est-à-dire pour les confessions d'un écolier de l'Université de Paris , au xv* siècle.
A Denys, qui lui témoignait le désir de connaître le gouvernement d'Athènes, Platon envoyait les comédies d'Aristophane. On pourrait aussi bien indiquer la lecture de Villon à qui voudrait se faire une idée de certains côtés de la vie de Paris, au temps où il a vécu. J'ajouterai que sa poésie est peut-être la plus fidèle image de l'esprit et du caractère parisien qui , sauf la grossièreté du moyen âge, n'a guère changé depuis. Elle en a les qualités comme les défauts. On a mille fois cherché
3ti FRANÇOIS VILLON.
à définir cet esprit vif et railleur, jusqu'à rirrévérence, de Venfant de Paris, ce caractère hardi et léger que rien n'étonne, et, par suite, rebelle à Tenthousiasme et rétif h l'admiration. Sur ces api)arences, vous le soupçonneriez de manquer de cœur et d'âme ; prenez garde, personne peut-être n'en a plus que lui , et son rire sou-veut cache une larme. 11 a des écarts incroyables, mais il a des retours magnifiques. 11 rit des grandes phrases, et tout en se moquant accomplit de grandes choses. L'histoire est là pour en témoigner. Le rire , c'est sa contenance; mais c'est aussi sa force, ou plutôt son arme contre les épreuves de la vie ; c'est en même temps son écot partout où il va; écot toujours bienvenu, qui chasse devant lui l'ennui et le découragement, et plus d'une fois remonta le moral de ceux qui l'accueillirent. Demandez à nos ojQTiciers ce que vaut un enfant de Paris parmi leurs soldats. A l'heure où je parle, c'est le Parisien qui , sur le champ de bataille, cache, avec ses plaisanteries, la mort prochaine aux conscrits qui y marchent à ses côtés; c'est lui qui, entre deux batailles, égaie l'ennui et les privations des bivouacs, lui qui , sur la couche des Hôpitaux et des Ambulances, fait oublier un instant, avec ses récits facétieux , leurs douleurs à ses camarades. N'est-ce pas là la poésie de Villon, vive , légère , railleuse et bouffonne , et cependant en même temps, qui le croirait? mélancolique et touchante à vou3 tirer des larmes, grave et sérieuse à vous recueillir profondément, quelquefois même terrible à vous faire frissonner, et au milieu de tout cela , toujours sincère. « Malgré tous ses défauts, dit Génin, Villon plaît
CONCLUSION. 3îS
et plaira toujours. Pourquoi ? Parce qu'il montre de grandes et rares qualités : un naturel exquis, de l'esprit, de la verve, une indépendance et un amour de la liberté poussés à l'extrême, et, par-dessus tout , une vive sensibilité, une mélancolie philosophique qui attachent à ce caractère et font aimer Thomme en dépit des écarts déplorables où paraissent l'avoir jeté ses passions, sa misère, le manque d'éducation, la bassesse de son origine, et enfin les mauvaises compagnies. » « Villon, dit-il encore, n'a, parmi ses contemporains, « personne a qui on puisse le comparer. «C'est l'opinion du savant auteur de l'Histoire de Jacques Cœur, de M. Pierre Clément. « Le véritable poète du xV siècle et « du moyen âge , dit-il hardiment , fut Villon. » C'est, nous l'avons vu, l'avis de l'éminent critique qui, le premier de nos jours, a pris hautement sous son patronage l'œuvre de notre poète, et a le plus fait pour lui maintenir la place que Boileau lui a donnée.
Tel qu'il est donc, ne craignons pas de dire que Villon est un vrai poète , et surtout un admirable écrivain. Qui serait étonné que Marot et La Fontaine, ces deux merveilleux écrivains eux-mêmes, aient eu tant de goût et d'estime pour son génie? C'est sous sa rouille légère, leur naturel , leur grâce, leur aisance et leur charme, avec un degré de passion et de mélancolie qu'ils ne connurent jamais, et qui donne tant de prix à la galté, lorsqu'elle s'y marie. A tous ces titres, il pourrait donner des leçons aux poètes de nos jours. lA où il respecte son lecteur et se respecte lui-même, il leur apprendrait la vraie langue de la poésie; il leur montrerait sa source
ciciK A v:^: ^ %j^ <^ âi :ùiâ:A; et fl s ri ■■! lu lit p«i:-ècje w'4- «er :â cbff cher â jaa a»!! -Tiarre ans da ^iffjC'ie et de b p^rLsêe* .ccsrse, pcor ^ rcBoouicr. ils c'a^nl-ect c>'i reçirder dut^ ku; ckst. ce qu'à le
à 5i:c rirtc ç-"i sk !A:->eE q />. -Siâ !■& Çtr-rt ôe g^Aie qui .^a e.e dicDée : et âca çccJe est facccie eiccs fût de sa e^ê c^e ôe sa tri^âsse ec 'ie ses reQr?d&
y :^u^ , des r>^ >:>e Là C^:ê. :*i i. sraniiî fiÊffmmt reaa^i^^ J^lmt^ su:M sj plei ée Moc:.iijBci;A doisl le SijTa la na^£ar<ce ôe Jbrie a Orè^^s^, et de .4 dans SCS ccoisessacs repos et san^ du aox extnâÊsês de la FraiiOe ; poor Dcas, qji rn—r ' desoeodas a^gç i^dans la fosEe ds cach:4 de Meong et .jx i>? TaTu^ qutté que pcor }e remeiire tieillij trhte ei fmillg k rMSfAalîlé coicpatissarte de Fabbé de SaÎDi-MaiiCBt . qm . st noiis D*aT»k5 pas ri de toutes se gaite . bc-^ ssbhks du djoîiis associes à toctes ses doaâeais, bous scrioBs Iwbk reux d*a^osr Caii eoDDaitre, dans loate Té bB ÊÊ àmt de son talect , ai^ pcete qui , s^il eAt %éem daas «■ ailre a è cte et eût coDmi on autre mcHNle que ceU « 1 se pcfdity avait peat-«tre goovernê à la fois sa Tie ctsan génie, et eat pa derorir ainsi Fégal des plus grands.