C-^) Épitaphe en forme de ballade, v. il
CS) G. -T., Belle leçon de Villon aux enfants perdus. "^ argon, ballades i, 2 et 6.
e bibliophile Jacob incline à croire que c'était un vol à main armée,
mis dans le village de Ruel.
IL.' examen des pièces de son procès pourrait seul éclaircir les difficul- ^^''^ relatives à la nature comme aux circonstances de son méfait. Or,
si que l'a remarqué Daunou, les registres du Châtelet, en ce qui con-
**i:ie les affaires criminelles, ne commencent aux Archives judiciaires
èi Tan 1683. A l'égard du Parlement, ajoute- t-il, et la chose a été de-
^^^is vérifiée par M. Jules Quicherat , on a jusqu'ici vainement cherché
l^lusieurs reprises dans les arrêts qu'il a rendus, depuis 1445 jusqu'à u-
^^«1 de 1462, celui qui aurait commué la peine de Villon,
à Montfaucon il répondit par un hd^vdifen appelle. Il eu appelait au parlement de Paris. Quelle que dût être l'issue de cet appel, il y gagnait au moins un ajournement ; c'était toujours autant. 11 faut l'entendre dans la ballade de son appel s'applaudir de cet acte de présence d'esprit. Toute cette pièce est un chef-d'œuvre de verve et d'entraio :
Que vous semble de mon appel, Garnier ? Feis-je sens ou follie?
Toute beste garde sa pel ; Qui la contrai net, efforce ou lye, S'elle peult, elle se deslie.
Quand donc, par plaisir voluntaire, Chantéfcipe fut ceste homélie, Estoit-il lors temps de me taire?
Que n'était-il des héritiers d'Hugues Capet, qui tirait son origine de la boucherie de Paris, selon une vieille tradition recueillie aussi par Dante :
Se fusse des hoirs Hue Capel Qui fut extraict de Boucherie,
C'est-à-dire que n'était-il fils de France ou boucher (1) ! on ne lui eût pas donné la question en lui faisant avaler des pintes d'eau froide au travers d'un linge, ou, comme il le dit si énergiquement :
On ne m'eust parmy ce drapel (2) Faict boire à celle escorcherie :
(4) Il faut croire que parmi les Dombreux privilèges de la corporation des bouchers se trouvait celui de ne pouvoir être soumis à la questiou. (2) A travers ce linge.
Vous entendez bien joncherie {{) ?
Mais quant ceste peine arbitraire On m'adjugea par tricherie, Estoit-il lors temps de me taire?
Cuydez-vous que, soubz mon eappel, N'y eust tant de philosophie, Comme de dire : j'en appel ?
Si avait, je vous certifie.
Combien que point trop ne m\y fie.
Quand on me dit, présent notaire :
« Pendu serez! » je vous affîe, Estoit-il lors temps de me taire?
ENVOI
Prince, si j'eusse eu la pépie,
Pieça je fusse oii est Clotaire,
Aux champs debout, comme ung espie :
Estoit-il lors temps de me taire ?
Il était loin toutefois d'avoir la certitude d'échapper "^U royal voisinage de Clotaire (2): on voit même par cette ^^llade qu'il ne se fiait que tout juste à son appel. En ^^tendant, Montfaucon se dressait devant ses yeux, et il ^^ voyait déjà en esprit attaché, avec ses compagnons, ^ce gibet autour duquel tournait, depuis si longtemps ^^ s'en rapprochant sans cesse, sa jeunesse étourdie.
Sous Tobsession de cette vision funèbre, il composa
^Our lui et pour ses compagnons l'épitaphe suivante, en
^^:rme de ballade, où il implore pour leur âme, au nom
^^ leur malheur, la pitié des passants ainsi que leur res-
(1) Plaisanterie.
( t) MoDtfaucon était sur la route de Saii)t-I>èuis.
pect pour leur pauvre dépouille. Etrange pièce qui à une peinture de gibet d'une couleur incomparable mè\e la prière la plus religieuse, et où éclate tout le génie de Villon :
Frères humains, qui après nous vivez.
N'ayez les cueurs contre nous endurciz, Car, si pitié de nous pouvres avez.
Dieu en aura plus tost de vous raerciz.
Vous nous voyez cy attachez cinq, six (1) :
On les voit en effet, mais surtout dans le troisième dizain, et le pinceau d'Orcagna ne les montrerait pas mieux :
Quant de la chair que trop avons nourrie, Elle est pieça (2) dévorée et pourrie, Et nous les os devenons cendre et pouldre.
De notre mal personne ne s'en rie ; . Mais priez Dieu que tous nous vueille absoudre.
Mais un pareil genre de mort ne peut provoquer qam le mépris. De si haut qu'il parte, est-il pourtant dédai
(1) Dans une des plus anciennes éditions de Villon, imprimée à Par — par Jehan Treperel [le n^ 4458 de la fiibliolhèque Impériale), au devaa^ de cette pièce, on voit représentée une potence à laquelle sont accrocl^K: trois pendus qui tirent tous trois la langue avec une grimace particzz^ lière à chacun : le pendu de gauche, dont les mains sont liées par c~^' vant, a une figure douce et paterne ; les cheveux de celui du iliilieu Jt retombent sur le nez et recouvrent ses yeux comme d'un bonnet; il ^ l'air sombre et lugubre; le pendu de droite a un air grave et mélancolique ; on dirait qu'il songe amèrement aux méfaits qui lui ont va/u son châtiment, et sd livre à des réflexions philosophiques sur les tr/5tesses du métier de voleur.
(2) Il y a longtemps de cela.
qui tienne devant l'humble excuse présentée dans les vers qui suivent ?
Se vous clamons, frères, pas n'en devez Avoir desdaing, quoyque fiismes occis Par justice. Toutesfois vous scavez Que tous hommes n*oiit pas bon sens assis.
G* ^st toute sa justification auprès de ceux qui ont eu plus de sagesse que lui, mais qui n'en sont pourtant pas moins ses frères aux yeux de Dieu , comme il ose le leur rappeler par cette appellation si chrétienne et si touchaa te ^ Frères humains :
Intercédez doncques, de cueur rassis,
Envers le Fils de la Vierge Marie :
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale fouldre.
Nous sommes mors, ame ne nous harie;
Mais priez Dieu que tous nous Vueille absoudre !
^lors, avec une puissance d'imagination vraiment ef- "^>fa.nie, il suit à l'avance et décrit sur son squelette et sur Celui de ses compagnons charriés çà et là par le vent, ^^^ les effets de la pluie et du soleil, ainsi que des coups ^^ tiecdes corbeaux; et, dans cette peinture lugubre, il trouve des couleurs d'un éclat et d'une vérité incomparables :
Lapluye nous a debuez et lavez.
Et le soleil desséchez et noirciz ; Pies, corbeaulx nous ont les yeux cavcz.
Et arrachez la barbe et les sourcilz.
Jamais nul temps nous ne sommes rassiz;
Puis ça, puis là comme le vent varie,
A son plaisir, sans cesser, nous charrie,
Plus becquetez d'oyseaulx que déz à couldre.
Hommes icy n'usez de mocquerie.
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre !
Tous ces détails, le dernier surtout, sont d'une réalité qui fait frissonner, et ne peuvent avoir été trouvés que par un homme qui avait fait plus d'un pèlerinage et médité plus d'une fois au pied du monument de Mont- faucon.
Le ton religieux de toute la pièce se retrouve dansas renvoi que termine parfaitement le refrain si touchant* qui revient à la fin de chaque dizain :
Prince Jésus qui sur tous as maistrie,
Garde qu'Enfer n'ayt de nous seigneurie :
A luy n'ayons que faire ne que souldre ;
Ne soyez donc de nostre confrairie.
Mais priez Dieu que tou&nous vueille absouldre.
Tel est cet étrange monument d'imagi: ation lugubre, où la couleur le dispute au pathétique, mais à un pathétique contenu, et par là même d'autant plus puissant(l).
(1) Marot a imité ou plutôt gâté cette ballade dans son élégie xxii, où il fait ainsi parler Samblançay, surintendant des Finances, sous François l^^, et qui avait été pendu à Montfaucon :
Je qui a vois ferme enteute et attente D'estre en sepulchre honnorable estendu, Suis tout debout à Montfaucon pendu, Là où le vent, quant est fort et nuisible, Mon corps agite, et quant il est paiaible,
Croirait-on que, dans Tintervalle de pensées si graves, « môme homme ait pu rimer, pour son compte personnel, 'épitaphe cynique que l*on sait? Mais il faut s'attendre tout avec un railleur aussi déterminé.
Il était ainsi suspendu entre vie et mort, quand survint n événement qu'il saisît, ce semble, comme un nouvel espoir de salut. C'était la paiesance d'une princesse,
Du noble lys digne syon, Marie, nom trèsi^gracieux,
^3omme il l'appelle. Mais quelle était cette princesse? Ne ^trouvant dans THistoire de France, deiA56àl&61, «l'autre berceau de princesse de ce nom que celui de la îlle de Charles le Téméraire, Prompsault n'a pas hésité à mettre le nom de Marie de Bourgogne, née le 13 fé- A^rier 1457, en tête du chant dont Villon salua cette naissance. Mais un document peu connu (1), dont nous devons IMndication à l'obligeance de M. Â. Vitu, en constatant, à la date du 19 décembre 1457, la naissance de Marie d'Orléans, fille de Charles d'Orléans et de Marie de Clèves, ne permet plus de rapporter à une princesse de la maison de Bourgogne, qui pour le moment était assez mal avec la cour de France, la dédicace d'un poème trouvé parmi
Barbe et cheveulx tout blanes me fait bnmsler, Ne plus, ne moins que feuilles d*iu:bire eu l^air.
Mes yeux jadis Yig^U%n» de nature
De vieux corbeaux sout devenus pa^ture.
Mon corps, jadis bien logé, bien vestu,
Est à présent de la gresîe battu,
Lavé de pluye et du soleil secbé,
Au plus vil lieu qui peut estre cherché.
(4) LotiD, Recherches histor, sur la ville éTOrléaus. Orléans, 4S36.
les poésies de Gh. d'Orléans^ et dont les termes s'expli* quent aussi bien appliqués à Tenfant si longtemps désiré du premier prince du sang , alors au mieux avec Charles YII, qu'ils s'expliquent mal rapportés à Marie de Bourgogne. C'est donc, croyons-nous, de ce doux sei^ gneur que Yillon salua la fille première et seule^
Du dextre costé Clovis traicte.
Du hault ciel créée et pourtraicte, Pour esjouyr et donner paix, . . , Et aux enclos donner yssue.
Que ce poème ait valu à Villon Fintervention du duc d'Orléans auprès duParlement et, par suite, sa grâce, c*est ce qui semble ressortir de la double ballade qui en fait partie :
Envoyée de Jhesucrist, Rappelles ja jus par de ça Les povres que rigueur proscrit Et que fortune bétourna.
Il devait déjà la vie à la princesse; il lui demande dans ces vers, qui ont dû être écrits bien plus tard (1), de faire lever la sentence d'exil qui le tenait éloigné de Paris. II lui renouvelle en attendant l'expression de sa gratitude pour la vie qu'il reconnaît lui devoir :
(1) Qui sait t peut-être à Blois, sous les yeux de sa jeune bienfaitrice » à la suite du concours de poésie auquel il paraît avoir pris part chez le doc ; ce que j 'induis de ce vers de la première ballade,
Yostre présence me conforte,
et de ceux-ci de la seconde, où il la dépeint :
Port assoré, maintien rassis, Plus que ne peut nature humaine ; Et eussiez des ans trente-six Enfance en rien ne vous demaine.
Cy devant Dieu fais congnoissance
Que créature feusse morte,
Ne feust vostre doulce naissance.
Rien n'est touchant d'ailleurs et tout à la fois plaisant, en sa naïveté gauche et embarrassée, comme l'expression de la reconnaissance du pauvre Francoys. Dans la crainte qu'il a d'être ingrat, il multiplie les protestations de dévoûment à la princesse :
Gy vous rens toute obéissance :
A ce faire raison me porte, De toute ma povre puissance :
Plus n'est deul qui me desconforte, N'autre ennuy de quelque sorte.
Vostre je suis et non plus mien ; A ce droit et devoir m'enhorte :
On doit dire du bien le bien.
Une simple ballade n'y suffit pas; il y consacre une seconde ; et sa gratitude pour s'exprimer va chercher, dans l'Histoire sainte, dans l'Histoire ancienne et dans la Fable, les plus grands et les plus beaux noms de femmes :
Saige Cassandre, belle Echo, Digne Judith, caste Lucresse, Je vous congnois, noble Dido, A ma seule dame et maistresse.
Daunou met en doute l'authenticité de ce poème ; le dernier vers,
Vostre povre escoHer Francoys,
ne lui paraît pas une signature suffisante. « Il nous « semble, dit-il, qu'il faudrait des renseignements his- « toriques et chronologiques beaucoijp plus positifs pour « attribuer à Villon des vers où Ton ne retrouve pas un « seul de ces traits ingénieux, piquants ou satiriques qui « caractérisent ses véritables productions, même celles € où il loue et remercie ses bienfaiteurs. Cette pièce, dont « la découverte est annoncée comme toute nouvelle par « Prompsault, est, selon toute a|)parence, dit-il encore, « celle que Goujet, en 1747, découvrait dans un manus- « crit des poésies du duc d'Orléans, et qu'il allait putf blier si un second examen ne l'avait convaincu qu'ell « était supposée, et trop peu digne du nom de Villon. » Nous osons n'être pas de l'avis de Daunou ; bien plus nous croyons que peu de pièces portent avec elles plus d preuves de leur authenticité. Kt d'abord la signature,
Vostre povre escolier Francoys,
qui rappelle un nom sous lequel Villon aimait à se désL^,^^ i^ gner, nous paraît, rapprochée du contenu et de la da ^..m^Ê^te du poème, une preuve sans réplique. Ce poème est cotmn — zmposé de deux parties, d'une supplique et d'un rpmftr( — -: — -;f, ment. Il y a dans la première une allusion évidente à k
prison du poète, lorsqu'il est dit que la princesse estr^^ ^e pour
...aux enclos donner yssue, Leurs liens et fers deslier.
La deuxième, ou la double ballade, indique encore p 'us n)anifestement que le poète doit la vie à cette naissaiic*e*
Cy devant Dieu fais cognoissance
Que créature f eusse morte,
Ne feust vostre doulce naissance.
En charité puissante et forte.
Qui ressuscite et reconforte
Ce que Mort avait prins pour sien.
La date de cette naissance et de la pièce qui la célèbre est un autre indice de son authenticité. Cette date, 1457, correspond précisément à l'époque de la vie du poète où il a dû encourir sa première condamnation capitale, cette condamnation n'ayant pu être prononcée qu'entre 1456, date du Petit-Testament où il n'est question d'aucune condamnation de ce genre, et 1461, date du Grand-Testament qui suivit sa délivrance du cachot de Meung. Un rfernîer indice, quoiqu'il ne soit pas décisif, c'est la composition de ce poème en huitains dont la disposition, par ^apport aux rimes, rappelle tout à fait la disposition des rîmes des huitains de Villon. On pourrait peut-être encore remarquer le souhait par lequel il termine, souhait tout à fait analogue à celui qu'il fait pour Louis XI, dans \^ Grand 'Testaments en retour d'un bienfait semblable :
En priant Dieu, digne pucelle, Que vous doint longue et bonne vie.
Qui vous ayme, Mademoiselle, Ja ne coure sur luy envie.
Enfin si cette pièce n'est pas de notre poète, n'est-ce pas un hasard étrange qu'il se soit précisément trouvé, à la date de 1457, un écolier qui ait adressé alors à la fille du duc d'Orléans un poème qui rappelle la position de Villon à celte époque et signé d'un nom qui est le sien et
par lequel il se désigne souvent dans ses autres œuvres.
Nous ne nous dissimulons pas d'ailleurs le caractère gauche et alambiqué de cette pièce» quoiqu'on y puiisse encore relever plus d'un vers expressif, mais nous retrouvons à peu près le même caractère dans le remercîment 4e Yillpn m Parlement, et nous n'en concluons autre cbpse, sincm que ce qu'il y a toujours d'un peu solennel dans les pièces de ce genre n'allait pas à la tournure 4*esprit 46 notre poète, outre que l'émotion du nioment suffirait seule à expliquer son embarras (1).
Grâce donc à la naissance de Marie d'Orléans et à la puissante intervention que lui avait value le chant dont il l'avait saluée, Villon échappait à la mort et se voyait ouvrir les portes de sa prison, non sans condition toutefois; il devait quitter immédiatement Paris. C'est ce qui résulte de la ftequête en forme de ballade présentée par lui 4 la Cour de Parlement^ et où il demande un sursis de trois jours, pour pourvoir aux choses les plus ^éççsaairea et dire adieu aux siens :
Prince, trois jours ne veuillez m'escondire, Pour moy pourvoir et aux miens adieu dire.
Sans eulx, argent je n'ay icy, n*aux changes.
(4) La place que nous donnoDs ici à ce procès criminel, dans la vie du poète, lut est assignée par la date et le contenu du Dit de la naissance Marte, Ce poème a suivi immédiatement l'heureux événement qui lui a donné lieu, c'est-à-dire le 49 décembre 4457; cela ressort de la devise eoppçuAl^ k Virgile, et inscrite en tète de la pièce :
Jfun nûvaprog«nM8 cœlo dc&iîttitur alto.
l\ enréâulte que Villon avait dû tenter 4a9s le courant de navernihie ovt
de déce^tibre 4457 le coup qui l'avait fait jeter, avec cinq de ses compagnons, dans les prisons du Ghâtelet, et, par suite, condamner à être pendu-
^'idée de cette pièce est des plus burlesques. Villon* convoque à louer la Cour,
Hère des bons et sœur des benoitz anges,
^^s cinq sens réunis, la langue seule n'y pouvant suffire, ^t en outre tous ses membres, qu'un peu plus il laissait à. Montfaucon :
Tous mes cinq sens, yeulx, oreilles et bouche,
Le nez, et vous le sensitif aussi.
Tous mes membres où il y a reprouche,
En son endroit, ung chascun die ainsi :
Court souverain, par qui sommes icy
Vous nous avez gardé de desconfire;
Or la langue seule ne peut suffire
A vous rendre suffisantes loueïiges
Si parlons tous, fille au souverain Sire,
Mère des bons, et sœurs des benoitz anges!
Il invite son cœur, qu'il trouve trop endurci, à se fendre ^^ à fondre en larmes,
Comme humble cueur qui tendrement souspire,
^^ ^es dents à rendre toutes mercy.
Plus haultement qu'orgue, ne trompe, ne cloche.
Il ^tivite enfin tout son corps à prendre part à son remerct^ent :
Et vous mon corps, ou vil estes et pire.
Qu'ours ne pourcel qui fait son nie es-fanges Louez la Court, avant qu'il vous empire.
Mère des bons, et sœur des benoitz anges.
Jamais là reconnaissance ne se montra tout à la fois plus expansive et plus bouffonne. L'Envoi seul, qui contient sa demande de sursis, a quelque chose de sérieux.
Villon était donc libre, mais banni ; l'exil payait sa li— berlé, et l'exil le plus pénible, celui qu'aggravent la pauvreté et la déconsidération. Alors commence pour lui un
période de pérégrinations qui, par toute la France et au
delà même des frontières, semblent l'avoir conduit deva toutes les justices qui se trouvaient sur son passage.
Une série de lieux dans le Grand-Testament sont d signés de telle sorte qu'on ne peut guère douter que poète n'y ait passé et plus ou moins longtemps séjour Ces endroits étaient alors pour la plupart aux extrémi du royaume de France : ainsi au nord. Douai, Lill^ Saint-Omer, d'où il a très-bien pu pousser juscj^ Bruxelles où Rabelais le fait aller (1) ; à Test, Salins ^ sud le Roussillon.
Quatre ans entiers, Villon mena, non plus dans I^s murs de Paris, où il était chez lui au moins, à la portée de ses amis, mais sur tous les grands chemins de France et de la frontière, une vie de vagabondage, c'est-à-dire, de privations cruelles et de dangers, sans compter la honte, chevauchant çà et là à l'aventure, sans croix ne pile^ réduit souvent à mendier, lui l'homme des repeusiî franches, et sur sa route, laissant, comme il le dit d'une façon si expressive, à la fin du Grand-Testament, un lambeau de son cotillon à toutes les broussailles, c* està-dire sans doute à toutes les justices des lieux où il
le
(1) Pantagruel, 1. 4, ch. 13.
psissait. C'est rarement pour les pauvres qu'est faite
1* hospitalité; mais que devait-ce être alors en France, et
s^i^tout aux frontières, où les malheurs de la guerre et de
^'invasion encore tout vifs, en même temps qu'ils avaient
épuisé les ressources, avaient en outre endurci les âmes
^* ï^esserré les cœurs ! Ajoutez à cela qu'avec son masque
^^ rnisère, de passions, et de chagrin, la physionomie du
paix^re vagabond ne devait pas être de celles qui se font
^Uvr^ir les portes à deux battants. En fait de portes,
"^Icis ! il n'avait guère trouvé d'hospitalières que celles
^^ prisons. On peut juger de sa détresse, à cette époque
^ Sa vie par l'aveu qui lui échappe, que n'eût été Dieu
^^ il craignait^ il eût eu recours à un horrible faict^ et
^i dans la mort le sort qui le persécutait.
Est-ce à cette époque de sa vie pourtant, qu'au plus fort ^^ses maux, Dieu lui aurait montré une bonne ville^ et l^our le consoler, l'aurait pourvu du don d'espérance (1). ïl aurait pu ainsi, dans un moment de trêve, reprendre lialeine. En quel endroit, et combien de temps? 11 ne le ^t pas. Serait-ce à Blois, dans la résidence charmante du gentil Charles d'Orléans? Serait-ce alors que, de passage, il aurait pris part à ce tournoi de poésie auquel l'aimable prince paraît avoir un jour convoqué tous les poètes de sa cour, et dont la ballade VilloUy qui semble avoir emporté le prix, serait avec onze autres de ses émules un curieux vestige î J'aimerais à le croire, et je le conjecturerais volontiers de ce que cette ballade a tout à fait l'air de se rapporter à l'époque de la vie du
[)us sommes arrêtés en ce moment. Le sujets avait été donné par le prince, et on voit, par Ulades qui ont été conservées avec celle de i Tantithèse en faisait le fond. Ne semble-t-il ït que Villon se soit rendu ce sujet personnel lade qui porte son nom, et n'y trouve-t-on pas écho des contradictions de ses pensées et de snts en face des contrastes de son existence 3nt?
meurs de soif auprès de la fontaine ; luld comme feu, et tremble dent à dent ; mon païs suis en terre loingtaine ; : un brasier frissonne tout ardent; d comme un rer^ vestu en président; riz en pleurs, et attens sans espoir ; ifort reprens en triste desespoir ; [n*esjouys, et n'ay plaisir aucun; issant je suis, sans force et sans poToir : m recueilly, débouté de chaseun.
m ne m'est seur que la chose incertaine :
scur, fors ce qui est tout évident ; abte ne fais fors en chose certaine; «noe tiens à soudain accident; gaigne tout, et demeure perdent; point du jour diz : « Dieu vous doint bon soir! » jant envers (1), j'ay grant paour de cheoir; y bien de quoy, et si n'en ay pas un (2) ; choite (3) attens, et d'homme ne suis hoir :
m recueilly, débouté de chaseun !
3rs,
sou.
ion.
ENTRE LE PETIT ET LE GRAND-TESTAMENT. ^a
De rien n'ay.soin, si metz toute ma paine
D'acquérir biens, et n'y suis prétendant.
Qui mieulx me dit, c'est Qil qui plus m'attaine (1),
Et qui plus vray, lors plus me va bourdant;
Mon amy est qui me fait entendant
D'un cigne blanc que c'est un corbeau noir ;
Et qui me nuyst, croy qu'il m'aide à povoîr.
Vérité, bourde, aujourd'hui m'est tout un.
Je retiens tout ; riens ne scay concepvoir :
Bien recueilly, débouté de chascun.
VUoi qu'il en Uit été de ce moment de halte et de repos, il
^^ paraît pas en avoir joui longtemps; sa destinée vaga-
^nde le reprit, et il recommença de nouveau à errer.
^'est ainsi qu'il arriva sur le territoire de Tévèque
Orléans. A quel nouveau méfait s'y laissa-t-il entraî-
^^^ puisque nous le trouvons pendant l'été de 1461 dans
./^ t^rison de Meung-sur-Loire, où Thibaut d'Aussigny,
^v^^qae d'Orléans d'alors, l'avait fait jeter (2). On peut
onjecturer, je crois, des excuses qu'il présente de sa
^uite au début du Grand-Testament^ excuses que
^^ ornent ces deux vers significatifs
Nécessité fait gens mesprendre Et faim saillir le loup du boys (3).
ans un ; pièce qu'il composa alors au fond de sa pri-
Y ^ Me blesse.
^Y^^) Je me demande, sans pouvoir me l'expliquer, sur quel fondement çW^ CHerceau et ceux de rautorité desquels il s'emble s*appuyer ont ^'^é Meung-sur-Loire en Melun, et ont fait de Thibault d'Aussigny un
de cette dernière ville, au lieu d'un évêque d'Orléans. <^^1 G..T.,h.J4.
Lttribue plus vaguement son emprisonnement )laisance ; mais cette cause n'a rien qui con- )lication précédente, surtout dans les idées de levait étendre un peu loin, dans son langage, \oi plaisance ou plaisanterie. Il est donc plus le que ce fut comme précédemrpeht pour i de maraude hardie qu'il se vit jeter en pri- \ officiers de Thibaut d'Aussigny. Prosper uppose, d'après la condition de ses juges, que quelque vol de sacristie. D'autres ont pensé )our avoir fait de la fausse monnaie; sur quoi remarque « qu'il était apparemment plutôt d'en avoir dérobé de bonne que d'en avoir fafausse. » On n'a pas de preuve absolue qu'une }n capitale ait été alors prononcée contre ongueur même de sa prison, tout ung esté^
du Gueur et du Corps.
>Ds un instant espéré trouver aux Archives de i*Évèché ue trace du procès qui lui fut fait alors; mais nos décôté, n'ont pas été plus heureuses que pour son premier 5 d'activés recherches, nous écrit M. Loiseleur, biblio-^ i ville d'Orléans, à l'obligeance duquel nous nous étions ai pu arriver à vous satisfaire. Les Archives de TÉvêc^ b loin de remonter au xv^ siècle, et celles de la ville so ivement k Villon. Il ne reste, m'assure- t-on, aucune tr:^^^:: le à Meung de l'emprisonnement de Villon ; et qua^ %^ n que le château de Meung soit resté jusqu'à la Révo\ cj ndance de l'Évêché d'Orléans, elle a été détruite ovecs- Je nême, lequel a été rebâti au siècle dernier. La Socsîé^é ) de l'Orléanais, que j'ai consultée, dit-il en terminant, n '«a ' aucun renseignement. ^
émet la conjecture que l'emprisonnement de notre ^oète oir eu pour cause quelque querelle avec la police, qtze/- )ropos de la petite Macée d* Orléans, Mais rien dan5 ce
porte à croire que sa culpabilité en cette circonstance ne fut pas aussi facile à établir que la première fois. II résulte des termes mêmes dont il se sert au début du Grand- Testament pour remercier Louis XI qu'il lui dut plus que la liberté, mais encore la vie. Si bien que s'il ne fut pas menacé d'une mort résultant d'une condamnation formelle, il put s'attendre néanmoins h une mort lente, par suite des mauvais traitements et des souffrances qu'il avait à subir dans sa prison.
qu'il en dit n'indique que ses rapports avec cette créature se soient dénoués par une affaire devant les tribunaux. Si une femme intervint à l'o- Tigine dans le procès du pauvre Villon, ce dut être bien plutôt la Denise clont il est fait mention dans le h. 114 du G.-T.i où il prélude à l'oraison funèbre de Maistre Jehan Cotard, son procureur en Cour d'É- ^lise, dont il célèbre les mérites bachiques :
Item à maistre Jehan Cotard, Mon procureur en cour d'Eglise, Auquel doy encore ung patard, — A ceste heure je m'en advise — Quant chicanner me feit Denise, Disant que l'avoye mauldite, Pour son ame (que es cieulx soit mise) — Ceste oraison cy j'ay escripte.
La question est de savoir devant quel tribunal Denise l'avait accusé le l'avoir maudite ou injuriée avec blasphème ; et toute réflexion faite, lous doutons, au peu d'émotion que montre ici Villon, que ce soit devant ;elui de l'évêque d'Orléans. C'est bien plutôt, selon nous, devant le tribunal de l'évêque de Paris, qu'il aurait eu à répondre de cette affaire, |ui nous paraît une aventure de sa jeunesse. Il nous semble, en effet, [ue si Denise eût été cause do l'emprisonnement du poète dans les ca- ^^hots de"Meung, il se fût exprimé d'un bien autre ton sur le compte de ^^ette femme.
Lenglet, enfin, pour rapporter tous les avis, affirme, mais sans preuve, ^u'il fut arrêté par les officiers de Thibault, pour avoir exercé, dans la forêt ^'Orléans et aux. environs de Blois, le métier de voleur à main armée.
Nourri au pain et à Teau, qu'on ne lui donnait encore qu'à de rares intervalles et avec une parcimonie qui l'empêchait juste de mourir, sans lui épargner les souffrances de la faim, il languissait au fond d'un cul de basse-fosse, où on l'avait descendu à l'aide d'un panier. Des mursépais l'entouraient, ne laissant pénétrer jusqu'à lui aucun rayon de soleil pour dissiper les ténèbres qui l'enveloppaient comme d'un bandeau, et élevant entre sa poitrine et l'air pur du dehors une barrière infranchissable. Qu'on se le représente au fond de cet in pace, étendu sur la terre nue, blotti dans un coin, les membres enchaînés, sans autre diversion à cette affreuse solitude que la torture : c'est la peinture qu'il nous fait lui-même de son cachot, dans le Grand^Testament et dans deux pièces de son Codicille (1 ). Dans une aussi horrible situation pourtant, il ne perdait pas tout espoir, et il trouvait encore assez d'énergie pour adresser à ses amis Tépître suivante en forme de ballade, où il leur demande s'ils l'abandonneront à son malheur, sans chercher à l'en tirer. Le début, emprunté d'un verset de Job qui séchante aux messes des morts, a comme un écho de De profundis :
Ayez pitié, ayez pitié de moy, A tout le moins, si vous plaist, mes amis !
En fosse giz, non pas soubz houx ne may, En cest exil ouquel je suis transmis Par fortune, comme Dieu Ta permis.
Filles, amans, jeunes gens et nouveaulx.
(4) G.-T., h. t et 63. Le Débat du Cueur et du Corps/Epistre e/7 forme de ballade.
Danceurs^ saulteurs, faisans les piez de veaux, Vifs comme dars, agus comme aguillon»
Gonsiers tintans clers comme gastaveaux (4), Le lesserez là le povre Villon?
Il sera bien tenips, quand il sera mort, de rimer sur lui des complaintes ! A cette piété tardive il préférerait bien mieux quelque effort effectif en faveur de sa délivrance :
Chantres, chantans à plaisance^ sans loy, Galans rians^ plaisans en faictz et diz, Coureux, allans, francs de faulx or, d'aloy (2), Gens d'esperit, ung petit étourdiz ;
c'est bien là le caractère de son monde et le sien aussi,
Trop demourez, car il meurt entandiz.
Faiseurs de laiz, de motets et rondeaux, Quand mort sera, vous lui ferez chandeaux (3). Il n'entre où gist n'escler ne tourbillon (4), De murs espoix (S) ou lui a fait bandeaux, Le lesserez là le povre Villon ?
Venez le veoir en ce piteux arroy (6) , Nobles hommes, francs de quars et de dix (7), Qui ne tenez (8) d'empereur ne de roy.
Mais seulement de Dieu de Paradis.
0) Grelots, selon Prompsault.
tX) Légers d'or faux ou vrai.
(3) Des vers à sa louange.
(4) Ni éclair, ni vent.
(6) Épais.
(6) Équipage.
(7) Exempts de taxe et de dîme ; c'est le privilège de ceux qui n'ont s de bourse.
(8) Relevez.
FRANÇOIS VILLOÎ*.
fier portrait du bohème dans ces trois vers ! Cela les vers des Bohémiens de Béranger,
Sans pays, sans prince et sans lois,
Tous indépendants nous naissons.
îst plus le tenips où il nourrissait trop sa chair, faut !
Jeûner lui l'auU dimanches et mardis,
ire même les jours où personne ne jeûne ;
D'ond les dens a plus longues que ratteaux; Après pain sec, non pas après gasteaux, v En ses boyaux verse eaux à gros bouillon ; Bas en terre, table n'a ne tresteaux.
Le lesserez là le povre Villon ?
ENVOI
Princes nommés, anciens, jouvenceaulx, Impetrez moy grâces et royaulx sceaulx ; Et me montez en quelque corbillon :
Ainsi le font l'un à l'autre pourceaux ; Car où l'un brait, ils fuyent à monceaux.
Le lesserez là le povre Villon?
)8raison aussi triviale qu'expressive qui termine ilade, d'ailleurs pleine de verve, nous donne une l'étrange monde avec lequel Villon croyait poulunément se la permettre, idant, en ce tête-à-tête incessant avec lui-même I ne pouvait se dérober, il repassait dans l'amer-
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tume de son cœur les fautes de sa vie passée, courbant
et relevant tour à tour la tête sous ses remords. Une
pièce curieuse, composée par lui à celte époque, nous
fait la confidence des combats que lui livrait alors sa
conscience dans la solitude de sa prison. C'est la ballade
intitulée le Débat du Cueur et du Corps de Villon. Le
prisonnier suppose un dialogue entre lui et sa conscience
figurés par son corps et son cœur. Aux reproches qu'elle
lui adresse Villon importuné répond d'abord, comme
pour l'éluder, qu'elle le laisse en paix, qu'il y pensera.
J-^e début plein d'un intérêt saisissant nous fait pénétrer
dans le cachot même du poète et nous le montre dans
l'attitude de prostration physique et morale, habituelle
^ux prisonniers :
Qu'est-ce que j'oy?
^®ï^>^ande-t-il à son cœur qui sollicite humblement une îence; c'est moi,
ré
ce suis-je, —
nd naïvement celui-ci,
Qui ? — Ton cueur^ Qui ne tient mais qu à ung petit filet.
Force n'ay plus, substance, ne liqueur, Quand je te voy retraict, ainsi seullet, Com pouvre chien tappy en recullef.
— Pourquoy est-ce? — Pour ta folle pla'sance.
— Que t'en chault-il? — J'en ai la desplaisance.
— Laisse m'en paix! — Pourquoy? — J'y penseray.
— Quant serace? — Quant seray hors d'enfance.
Un terme bien éloigné pour Villon qui entendait la prolonger jusqu'à ses dernières limites et au-delà. Sur quoi le cœur, c'est-à-dire la conscience, reprend d'un air résigiîé :
Plus ne t'en dy et je m'en passeray.
Elle ne se tient pas cependant pour battue, et continuant à le tenir sur la sellette, cherche à lui faire honte en lui rappelant son âge.
Tu as trente ans.
Il répond par une bouffonnerie,
C'est l'aage d'un raullet.
Mais, lui dit-elle.
Tu es perdu ! — J'y mettrai résistance,
répond-il aussitôt avec l'accent d'un homme qui entend bien disputer sa tête.
Elle essaie alors de le toucher en lui représentant tout ce qu'elle souffre avec lui de ses folies :
J'en ay le dueil, toy le mal et douleur ;
elle lui reproche son obstination dans le mal que rien n'excuse, et lui demande s'il peut hésiter entre une vie d'honneur et les tristes conséquences d'une vie de désordres :
Ou mieulx te plaist qu'honneur ceste meschance?
A ces remontrances une bravade fait toute sa réponse :
J'en seray hors, quand je trespasseray.
Mais d'où te viennent tous ces maux ? reprend en insistant la Conscience.
de mon malheur.
Quand Saturne me feit mon fardelet,
c'est-à-dire son paquet, au moment de l'expédier sur terre :
Ces maulx y mist, je le croy.
Elle a beau lui remontrer que l'homme est maître de son destin,
Son seigneur es, et te tiens son \alet;
il n'en veut rien croire :
Je n'en croy rien ; tel qu'iiz m'ont faict seray.
— Que dis-tu dea? — Certes c'est ma créance.
— Plus ne t'en dy, et je m'en passeray,
répond encore la pauvre Conscience qui, pour faire son métier jusqu'au bout, n'en risque pas moins un suprême conseil :
Veux-tu vivre? — >. Dieu m'en doint la puissance. — 11 te fault. . . — Quoy ? — Remors de conscience ; Lire sans fin — Et quoy ? — Lire en science.
Laisse les folz ! — Bien j'y adviseray ,
La Conscience prend acte de cette promesse, toute vague qu'elle est encore :
Or le retiens. — J'en ay bien souvenance.
— N'attends pas tant que tourne à desplaisance.
Plus ne t'en dy, et je m'en passeray.
Telle était la nature des pensées dont s'entretenait Villon dans sa piison, et que cette ballade reproduit dans toute leur sincérité, lorsque le changement de roi lui apporta la liberté et la vie.
A Charles VU, mort le 22 juillet 1461, Louis XI venait de succéder, A quelque temps de là, pendant l'automne de cette même année, il se trouvait à Meung-sur- Loire d'où il datait des ordonnances. Cette ville était-elle sur son passage, ou les protecteurs du poète y avaient-ils attiré exprès le roi? Je ne saurais le dire, mais toujours est-il qu'en vertu du don de joyeux avènement, qui remettait leur peine à tous les prisonniers d'une ville où le roi entrait après son sacre,- et par le fait seul de la présence de Louis XI à Meung dans ces circonstances, Villon obtenait sa grâce et se trouvait libre. Cela d'ailleurs explique l'absence de toute espèce de lettres de grâce relatives et particulières à Villon, dans le Recueil, pourtant assez complet, surtout à partir de cette époque, des pièces de ce genre (1).
Il était donc échappé une seconde fois à la mort, mais dans quel état ! Qu'on s'imagine sur la tête d'un homme l'effet de cinq années d'exil aggravé par la misère et suivi d'une longue et dure prison. Sa santé, sa santé de bohème si longtemps à l'épreuve des plus grandes privations, y avait succombé, et aussi la gaîté vivace qui fai-
(1) Voyez Daunou, Journal des Savants, Sept. 4832.
sait toute sa philosophie. Vieilli avant l'âge, sans en être devenu plus fort contre les vices de sa jeunesse, le cœur encore mal guéri de l'amour dont il avait tant souffert, sans ressource, sans espoir, dénoncé au mépris public par son passé et par sa prison récente, sous quelque face qu'il envisageât sa vie, il la voyait perdue et acculée à une impasse de misère et de honte.
LE GRAND-TESTAMBNT.
Dans de pareilles circonstances, croyant en avoir fini avec la vie, comme s'il eût déjà été étendu sur son lit de mort (1), il dicta le poème qui porte, pour la première fois dans l'édition de 1489, le titre de Grand-Testament. Le poème, comme la délivrance du poète, vient naturellement après le 15 août, jour où fut sacré Louis XI. Le PetiUTestament contenait les adieux et
(4 ) Qui meurt a ses lois de tout dire.
Je cogBois approcher ma loef,
Id., h. 62.
la soif de l'agonie,
■ Je sens mon cueur qui s'affoiblist ,
Kt plus je ne puis papier.
Fremyn, siez toy près de mon lict;
Prens tost encre, plume et papier,
Ce que nomme escrys vistement.
Id., h. 69.
Mal me va ; temps est désormais
Que crye à toutes gens meroyz.
Id., h. 173.
^ legs de Villon h ses amis en l/i56. Le Grand-Tesla" &it renferme âussi une longue suite de legs satiriques ; ais ces legs, au lieu de constituer le fond même du ème, comme ils constituent celui du Pe^/f-r^sf amen ^, 3n sont en réalité que le prétexte et que la partie acssoire. Le fond du Grand-Testament ^ ce sont les aintes, les regrets, les remords et les confessions qui naplissent le préambule et la plus grande partie du ^dicilley et par où le poète répand comme par autant ' blessures tout le sang de son cœur ; ce sont, avec les ?ons saisissantes que le poète y donne çà et là, au com- 3ncement et à la fin, les véritables legs de Villon à la ►stérité ; c*est là le vrai testament de son âme et de son nie, celui qu'elle a accepté religieusement et qu'elle oubliera pas, tant qu'il y aura une langue française. Le at est entremêlé de ballades et de rondeaux dont il sst pas un qui ne se rattache étroitement aux diverses rties du poème où ils figurent , et qui sont , si je lis dire, comme l'épanouissement et le jet lyrique des bâtiments du poète. Mais abordons enfin cette œuvre iginale entre toutes, le monument de Villon ; ouvrons ris trop de dédain ce testament d'un homme qui vécut "i^ a quatre siècles, et dont le cœur palpite et saigne- ^lîore dans ces pages, à travers les bouffonneries à l'aide ^quelles, en enfant de Paris, il se piqua de narguer ï'ortune.
^omme s'il avait à se débarrasser d'un poids quil'é- ^ife, c'est par une explosion de rancune et de recon- *issance que le poète débute : de cancune contre Thi-
bault d'Aussigny son juge, de reconnaissance pour Louis XI son libérateur :
En Tan trentiesme de mon aage, Que toutes mes hontes j'en benes, Ne du tout fol, ne du tout sage, Nonobstant maintes peines eues, Lesquelles j'ay toutes receues Soubz la main Thibault d'Aussigny.
Est-il un lecteurque ne saisisse tout d'abord la vigueur de ce début qui résume toute une vie et tout un homme en trois vers ? Il en fait l'aveu, les épreuves l'ont instruit plus qu'elles ne Tont corrigé. Quant à Thibault d'Aussigny, rien n'égale la haine qu'il a amassée, contre lui au fond de son cachot ; qu'on en juge à la fureur avec laquelle il le brave. Il a beau, s'écrie-t-il, être évéque et courber par les rues les têteS sous les signes de croix de sa main,
S'évesque il est, seignant les rues (1), Qu'il soit le mien, je le regny.
Mon Seigneur n'est ne mon evesque, Soubz luy ne tiens s'il n'est en friche (2) ; Foy ne lui doy, ne hommage avecque ; Je ne suis son serf ne sa biche.
Peu (3) m'a d'une petite miche Et de froide eau, tout ung esté.
(h) A la seconde page d'une édition de Villon, imprimée à Paris, Pan 4489 (le n® 44-1 4 de la Bibl. Impér.), un évoque est représenté, mitre en tête, crosse en main, revêtu d'un manteau ; on ne peut avoir Tair plus pontifical.
(2) Je ne suis pas son tenancier.
(3) Nourri.
Large ou estroit, moult me fut chiche.
Tel luy soit Dieu qu'il m'a esté (1).
L'écrivain hors ligne se révèle dès ces deux premières strophes.
Mais on lui reprochera peut-être de maudire Thibault ; il n'a garde, reprend-il i
Voycy tout le mal que j'en dys :
S'il m'a esté miséricors, Jésus, le roy de paradis, Tel luy soit à Tàrae et au corps !
Et il continue avec un redoublement d'énergie inspiré du souvenir de ce qu'il a souffert :
S'il m'a esté dur et cruel
Trop plus que cy ne le racompte.
Je vueil que le Dieu éternel
Luy soit doncq' semblable à ce compte!...
Puis s'aheùrtant à la grave objection de la nécessité du pardon des injures, il avoue son tort, mais n'en compte pas moins sur Dieu pour le venger :
(1) Vos beaux avis m'ont fait claquemurer,
Que quelque jour le bon Dieu vous le rende, disait plus tard Voltaire au Lieutenant de police d'Argenson, qui l'avait fait mettre à la Bastille. Ce qui va jusqu'à l'imprécation chez Villon, s'arrête à la plaisanterie chez Voltaire; la différence de ton des deux poètes s'explique par la différence des traitements. La peinture que Voltaire fait de sa prison, dans cette pièce, n'a rien de bien effrayant; et Marmontel, de son côté, nous a laissé de son séjour à la Bastille un récit qui en fait un véritable paradis, comparé au cachot de Meung, tel qu9 le subit Villon.
Mais l'Église nous dit et compte Que prions pour nos ennemys.
Je vous diray : « J'ay tort et honte ; Tous ses faictz soient à Dieu remys. »
Après tout, si Ton y tient, il veut bien prier pour lui, mais à une condition, c'est que ce sera avec le verset septième du psaume Detis laudem (1)* ; or ce verset n'est autre chose qu'une imprécation exprimant à merveille et comme exprès les sentiments du poète pour Thibault : Fiant (lies ejus pauci^ et episcopatum ejtis accipiat aU ter. On pense si la rancune de Villon s'y délecte.
On voudrait toutefois une autre transition aux vers qui suivent, dont l'accent aussi humble que religieux est vraiment touchant :
Si pry'au benoist Fily de Dieu, Qu'à tous mes besoings je réclame, Que ma pauvre prière ayt lieu Vers luy, de qui tiens corps et âme, Qui m'a préservé de maint blasme Et franchy de vile puissance.
Loué soi(-il, et Nostre Dame, Et Loys le bon roy de France.
Sans parler de l'auguste compagnie dans laquelle ces vers le mettent, voilà certes une étrange épithète appliquée au compère du prévôt Tristan ; on avouera cependant qu'un présent de la nature de celui que Villon avait reçu de Louis valait bien cela. Sa reconnaissance d'ailleurs, pour être moins expansive que sa rancune, l'a vraiment bien inspiré :
(4) Ps. 408.
Auquel doint Dieu Theur de Jacob, De Saloinon l'honneur et gloire ; Quant de prouesse il en a trop, De force aussi, par m'ame, voire.
^ ne peut louer d'un tour plus délicat ni plus ingénieux. ^^ souhait qui suit dut aller au cœur du futur pénitent "® François de Paule :
En ce monde cy transitoire.
Tant qu'il a de long et de lé, Affin que de luy soit mémoire.
Vive autant que Mathusalé.
^ ^'en dirais pas autant du souhait par lequel il de- ^^de au Ciel pour lui douze beaulx enfans masies,
de son très cher sang royal, Aussi preux que fut le grand Charles, Gonçeuz en ventre nuptial.
Bons comme fut saint Martial.
^'^^^^i en preigne^ ajoute-t-il.
Ainsi en preigne au bon Dauiphin ; Je ne luy souhaicte autre mal.
Et puis paradis à la fin .
M^rs, d'un ton dont la vérité fait illusion, il explique pourquoi il croit devoir écrire son Testament,
Pour ce que foible je me sens, Trop plus de biens que de santé,
faulte d'argent^ comme disait, quelquetemps après lui.
un de ses héritiers en misère et en poésie, Roger de Collerye, ce fut toute sa vie, mais surtout alors la grand maladie du pauvre Villon :
Tant que je siijs en mon plain sens, Si peu que Dieu m'en a preste.
Car d'autre ne Tay emprunté,
et pour cause, a-t-il Pair de dire au lecteur :
J'ay ce Testament très estable Faict de dernière voulenté, Seul pour tout et irrévocable.
Ce sont bien là les formes sacramentelles d'un te^ ta* ment en règle ; il ajoute, comme il convient, la 4a. te ;
Et escript Tan soixante et ung,
Que le bon roy me délivra
De la dure prison de Mehun,
Et que vie me recouvra.
Dont suy«, tant que mon cueur vivra,
Tenu vers luy me humilier.
Ce que feray jusqu'il mourra :
Bienfaict ne se doit oublier.
Encore une fois tant pis si la postérité est déroutée par cette qualification de bon roy appliquée à Louis XI ; Villon ici n'a souci que d'une chose, c'est de se montrer reconnaissant.
Quitte avec Louis XI et Thibault d' Aussigny, icy commence Villonf dit l'édition de Marot, à entrer en ma- j itère pleine d'érudition et de bon scavoir^ c'est-à-dire/
pleine d'art et d'habileté. Il s'agit en effet ici, comme le dit Daunou, de sa bonne doctrine poétique , de son expertise dans l'art des vers ; et Pasquier, lorsqu'il dit que le scavoir de Fillon ne gisoit qu'en apparence^ ne se récrie si vivement contre les paroles de Marot que parce qu'il ne les a pas comprises. Pour nous, ce qui nous frappe ici, c'est moins l'art du poète que l'accent de l'homme ; on croit l'entendre :
Or est vray qu'après plaings et pleurs.
Et angoisscux gémissemens, Après tristesses et douleurs, Labeurs et griefz cheminemens (i), Travail mes lubres sentemens, Aguisez ronds comme pelote (2) M'ouvrist plus que tous les commens Et Averroys sur Aristote.
La souffrance, cette grande initiatrice des esprits même
les plus obtus, lui a plus ouvert l'intelligence et lui en a
plus appris à son école que tous les commentaires d'Aver-
:roès sur Aristote. Quelle vérité que celle dont il n'est pas
<l'homme qui n'ait l'expérience et le profond sentiment !
Et de qui le poète ne fait-il pas ici l'histoire? Mais le cha-
\ l)itre de ses malheurs entamé, au lieu de s'y laisser aller
\ ^'abord tout entier, avec quelle droiture d'esprit et de
^œur il reconnaît l'allégement que le Ciel y a apporté
^n lui faisant trouver un refuge dans une bonne ville I
\ Combien, au plus fort de mes maulx,
En chevauchant sans croix ne pile,
\ (!) Pénibles voyages et aventures.
\ (!) Obtus.
Dieu qui les pelleiins d'Esmaus (1) Conforta, ce dit l'Évangile, Me monstra une bonne \ille , • Et pourveut du don d'espérance.
Car, ajoute- 1 -il.
Combien que le pécheur soit vile, Riens ne chet que persévérance ;
la persévérance au mal fait seule une mauvaise fin ; et d'un ton qui ne laisse pas de doute sur la sincérité de ses sentiments, il reprend tout confus :
Je suys pécheur; je le sçay bien, Pourtant ne veultpas Dieu ma mort.
Mais convertisse et vive en bien.
Ne semble-t-il pas entendre le pauvre publicain se frappant la poitrine? C'est un des bons côtés de Villon , soi meilleur, d'avoir conscience de ses fautes ; mais s'il a sentiment de son indignité, il a aussi celui de la clémeix< divine ; et avec un peu d'encouragement, il ne désesp^^ pas de l'obtenir par ses remords et par de la bonne x/'o lonté :
Soye vraie voulenté, ou enhort (2), Dieu voit, et sa miséricorde.
Se (3) conscience me remord.
Par sa grâce, pardon m'accorde.
Ce n'était pas sans peine qu'il avait obtenu sa grâce; ces
(4) Les disciples d'Emmaiis; souvenir on ne peut plus touchant.
(5) Bon mouvement intérieur.
(3) Si.
vers et les suivants sont évidemment une réponse à ceux qui s'y étaient le plus opposés. On pardonne, dit-il, au jeune homme qui se range dans sa vieillesse. Ils ne veulent donc pas qu'il mûrisse et se range à son tour ceux qui lui montrent tant d'acharnement :
Et comme le noble Romant
De la Rose dit et confesse^
En son premier commencement,
Qu'on doit jeune cueur en jeunesse,
Quant on le voit meur en vieillesse
Excuser : hélas ! il dit veoir.
Ceulx donc qui me font telle oppresse,
En meurté (1) ne me vouldroient veoir.
^ ^1 ajoute avec uâ accent qui va à l'âme :
Se pour ma mort le bien publique D'aucune chose vaulsist mieux, A mourir comme ung homme inique Je me jugeasse^ ainsi maid* Dieux !
^^s quel mal fait sa vie, la vie d'un pauvre diable comme
Grief ne faiz à jeune ne vieulx, Soye sur pied, ou soye en bière :
Les montz ne bougent de leurs lieux^ Pour ung paouvre, n'avant, n'arriére.
*-«à.-dessus, il raconte une histoire dont la morale est que *^ pardon peut faire un honnête homme du plus grand lardon, et qu'il n'est guère possible à la pauvreté de frayer
(1) Maturité.
avec la loyauté. Cette historiette courte, vive et rapide est un vrai modèle du genre :
Au temps que Alexandre régna, Ung hom nommé Diomedès Devant luy on luy amena, Engrillonné poulces et detz (i), Comme ung larron ; car il fut des Escumeurs que voyons courir. Si futmys devant le cadés (2), Pour estre jugé à mourir.
L'empereur si l'arraisonna :
Pourquoy es-tu larron de mer? »
L'autre responce luy donna :
a Pourquoy larron me faiz nommer?
« Pour ce qu'on me voit escumer <r En une petiote fuste (3) ?
« Se comme toy me peusse armer, « Comme toy empereur je fusse. »
L'histoire de Villon ne serait-elle pas au fond un apologue à l'adresse des barons pillards de Tépoque? Toute la différence entre eux et lui, semble-t-il dire, c'est qu'ils avaient des donjons crénelés où retirer leur butin, tandis que lui et ses compagnons n'avaient que les masures du château de Bicêtre et de la tour de Billy, le refuge des vagabonds d'alors, et qu'il abandonne si libéralement plus loin au seigneur de Grigny (4),
(4) Les doigts et les pouces liés.
(2) Le juge.
(3) Un tout petit vaisseau, defust, bois, qui vient defuêtis, [i] Item, au seigneur de Grigny,
Auquel jadis laissai Yicestre, Je donne la tour de Billy, Pourveu (se huys y a, ne fenestre
flf Mais que veux-tu ? De ma fortune, « Contre qui ne puis bonnement, « Qui si durement m'infortune, « Me vient tout ce gouvernement.
« Excuse moy aucunement, a Et sçaches qu'en grant pauvreté « — Ce mot dit-on communément — « Ne gist pas trop grant loyauKé. »
Quand Tempereur eut remiré (1)
De Diomedès tout le dict ;
« Ta fortune je te mueray
« Mauvaise en bonne ! » ce luy dit.
Sifist-il. One puis ne mesprit
Vers personne, mais fut vray homme
yl\ •
ite son autorité, Valère Maxime, à faux par exemlais de la meilleure foi du monde :
Valère pour vray nous l'escript, Qui fut nommé le grand à Romme!
XI avait bien délivré Villon de la prison ; mais au î la liberté avait-il joint celui de quelques libéralités ubvenîr à la misère du poète? Le huitain suivant tirait d'en douter :
Qui ne soit debout ne en estre), Qu'il mette très bien tout appoinct :
L vers qui terminent nous disent suffisamment ce qu'était cet le seigneur :
Face, argent à dextre, à senestre :
Il m'en fault, et il n'en a point, dmiré la réponse, onnête homme.
Se Dieu m*eust donné rencontrer Ung autre piteux Alexandre, Qui m'eust faict en bonheur entrer.
Et lors qui m*eust veu condescendre A mal, estre ars et mys en cendre Jugé me fusse de ma voix.
Nécessité faict gens mesprendre, Et faim saillir le loup des boys.
Si c*est une excuse, elle est tout entière à la décharge de Villon, lui dont la pauvrôté était, de son temps, proverbiale. Tout à coup pris de rêverie, et comme enivré d'une brusque bouffée de souvenirs, il se met à soupirer Télégie des heures envolées sans retour ; il pleure sa jeunesse, la rapidité dont elle a fui, remploi qu*il en a fait, et intéresse à ses regrets tout ce qui a été jeune et s'éveille un beau matin, sans provisions, du divin rêve des^ jeunes années, avec des cheveux gris :
Je plaings le temps de ma jeunesse.
Auquel j'ay plus qu'autre galle Jusque à l'entrée de vieillesse ; Car son partement m'a celé.
Il ne s'en est à pied allé, N'a cheval ; las ! et comment donc ?
Soudainement s'en est voilé (1), Et ne m'a laissé quelque don.
(4 ) Ronsard dira plus tard :
Le temps s'en va, le temps s'eu va, ma Dame ; Las! le temps; non; mais nous nous en allons... Virgile est plus poétique, mais n'a pas plus d'accent dans ces admirables vers des Géorgiques :
Optima quœque dies miseris mortalibus levi Prima fugit ; subeunt morbi tristisque seneotus Et labor, et darœ rapit inclementia mortis.