‹ François Villon, sa vie et ses œuvresChapitre 9 sur 23 · ACHIN · texte numérisé non relu

ACHIN

Pan viendra faire ses gambades, Revenant des Champs-Elysées, Orpheus fera ses sonnades , Lors Mercure dira ballades Et chansons bien autorisées.

HELCHT.

Bergères seront oppressées Soudainement, sous les pastis

21 4 FRÀNÇCHS VILLON.

verdoyant spectacle que présentait, dans toute sa lon« gueur, sur son revers méridional , la montagne Sainte- Geneviève ? Après une nuit passée, en dépit de la cloche du couvre- feu, dans quelque taverne du voisinage, la tête encore lourde de Torgie de la veille, ne lui était-il jamais arrivé sur le seuil de se sentir renaître au souffle matinal qui lui arrivait, tout frais à la figure, dt ces champs de blé, de ces vergers et de ces pampres échelonnés le long de la pente qui regardait Gentilly, Fontenay et Meudon (1)?Plus tard enfin, banni de Paris, lorsque ,

Chevauchant sans crois ne pile,

par tous les chemins de France et de Navarre, il promenait son exil et sa misère d'une frontière à l'autre, méditant déjà dans sa tête et dans son cœur les con^

(i) C'est surtout, j'imagine, ce côté de Paris que d'Hantville a voul^^^^jy peindre dans ces vers consacrés à la description de ses beautés char pêtres :

Exoritur tandem locus, altéra regia Phœbi ,

Parrhisius. •....•...

Dives agris, fœcuuda mero, mansueta colouib,

Messe ferax, inoperta rubis, nemorosa racemis;

. . . , aura

Dulcis, amœna situ.

— ArcLithr., L. 2 ; —

et Martial d'Auvergne dans ceux-ci de son poème* des Trèt dévotei louenges de la glorieuse Vierge Marie :

En ceste ville prediale Tous biens y sont en aflBuence, Gens begnins, amouf cordiale, Ung doulz air, rivière à plaisance, Blez, vins, bois, et fruit à puissance,

c'est-à-dire champs d'épis, vignobles, forêts «t vergers. 1 C'es

sai

fessions et les plaintes douloureuses du Grand-Testament ^ Tarbre et le buisson de la route ne lui avaient-ils donc jamais parlé et fait oublier un instant ses douleurs, comme ils devaient un jour, plus d'une fois^ calmer celles de Jean- Jacques vagabond? Ou bien, le spectacle de la nature, par son innocence même, n'avait-il plus de quoi le toucher ; et avait' il fini par ne respirer à l'aise que dans l'atmosphère des mauvais lieux? Je voudrais croire le contraire. Quoi qu'il en soit, cela suffirait pour me confirmer dans l'idée qu'il n'a pas été élevé à la campagne. Il a pu naître sur les bords de l'Oise ; il n'y a certainement pas grandi. Autrement, à défaut de son cœur, ses yeux en eussent gardé le souvenir, et ses rêves au moins lui eussent plus d'une fois rapporté le parfum des herbes et des fleurs de la rive natale.

Si quelqu'un était fait pour célébrer Thabileté de langue ou, comme il dit, le bec affilé des femmes de Paris, c'était , sans contredit , Villon. Ou je me trompe , ou plus d'une fois il avait dû en faire à ses dépens l'expérience : ainsi , par exemple , lorsqu'il cherchait une repue franche à l'étal de la bouchèrcj de la harengère ou de la tripière, et qu'il lui arrivait malheur au milieu de ses opérations, ou bien encore lorsqu'il risquait auprès d'elles quelque déclaration intempestive.

C'est à la suite de l'effronté huitain où il lègue à je ne sais quelle entremetteuse le droit d'endoctriner

ces vioUetieres,

c'est-à-dire ces bouquetières ou marchandes de violettes,

Qui ont le hec si affilé,

pourvu que ce soit,

Hais que ce soit hors cymetiëres,

— le théâtre clandestin des rendez-vous du vice alors, malgré toutes les défenses, et de longue date son marché habituel , mais surtout dans ce siècle lugubre de la Danse Macabre ; — c'est à la suite de ce huitain que vient la ballade où il relève, avec une ironie pleine de verve et une rare variété de tours, ce talent devenu proverbial :

Uuoy qu*on tient belles langagières Genevoises, Véniciennes, Assez pour estre messaigières, Et mesmeroent (1) les anciennes ;

du temps de Villon «déjà , comme il parait ici , les duègnes Génoises et Vénitiennes étaient renommées :

Mais soyent Lombardes, Rommaines, Florentines, à mes perilz (%) Piemontoises, Savoysiennes, Il n'est bon bec que de Paris.

De beau parler tiennent chayères (3),

Ce dit-on, les Napolitaines,

Et que sont bonnes cacquetoères

Allemanses et Bruciennes (4) ;

Soient Grecques, Egyptiennes, ;

De Hongrie ou d'autre pays,

(1) Surtout.

(2) C'est à mes risques que je le dis.

(3) Chaires, écoles.

(4) Prussiennes.

LE GRAND-TISTAMENT. <M7

Espaignolles ou Castellannes (1), Il n*est bon bec que de Paris.

Brettes, Suysses n'y scavent guères, Ne Gasconnes et Thoulouzaines ; Du Petit-Pont deux harangères Les concluront (2) ; et les Lorraines, Anglesches ou Callaisiennes ; — Ay-je beaucoup de lieux compris? — Picardes^ de Yalenciennes, Il n*est bon bec que de Paris.

Evidemment, je le répète, il devait en savoir personnellement quelque chose. Aussi, dans TEnvoi, demandct-il pour les Parisiennes le prix de bien parler :'

Prince, aux dames parisiennes De bieir parler donnez le prix, Quoy qu'on die d'Italiennes , Il n'est bon bec que de Paris.

Reste à savoir si les dames parisiennes lui surent gré de ses éloges. Il met alors sous nos yeux deux ou trois de ces bonnes commères ; et l'illusion de sa peinture est si forte qu'on croit les entendre en même temps qu'on les voit; un Van Ostade n'est pas plus vivant :

Regarde-m'en deux, trois, assises Sur le bas du ply de leurs robes, En ces monstiers, en ces églises ; Tire t'en près, et ne t'en hobes (3) ;

(1) GaslHlaoes, on pronoDçaîl Castellaioes.

(2) Leur cloueront le bec.

(3) Ne t'en écartes.

fis FRANÇOIS VILLON.

Tu trouveras qu'oncques Macrobes Ne feit d'aussi beaulx jugemens; Entens; quelque chose en desrobes :

Ce sont tous bons enseignemens.

Villon, il paraît, s*en était tiré près, et les avait plus d'une fois écoulées. D'ailleurs, la comparaison des propos des commères parisiennes avec les jugements de Macrobe est quelque chose d'on ne peut plus amui^ant.

Un legs aussi plaisant quMrrévérent, c'est le legs, qu'il fait à l'abbaye de Montmartre, d'un quartier de pardons ou d'indulgences qu'il aurait, à l'en croire, rapporté de Rome , où, selon toute probabilité , il n'était jamais allé qu'en imagination, puisque cette plaisanterie est dan son œuvre la seule trace qui subsiste de ce voyage.

Il appartenait encore à Yillon , qui^ n'avait étudié qu de trop près ce triste monde, d'éveiller la pitié et d'à peler le pardon du Ciel sur la tête des folles fenim dont la chute a été entraînée par la misère. Dans 1 couvents, et même dans ceux où le régime est le pt, y^ austère, que de morceaux , dit-il , se perdent qui feral^^^ grand bien

Aux povres tilles adven^intofiî,

comme il les appelle :

Grand bien leur feissent maintz lopins.

Qui se perdent aux Jacopins.

Aux Celestins et aux Chartreux ; Quoy que vie meinent estroicte.

Si ont-ils largement entre eulx, Dont povres filles ont disette.

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