MONUMENTUM . POSTERI'AS , DEDIT
fut composée par le docteur Fisher, qui obtint le prix.
D’après le premier projet de lord Dalhousie, le monument devait s'élever dans le jardin d’en bas, qui alors était une sorte de potager. La première pierre y avait été posée. On trouva que c'était peu digne, et un malicieux écrivain adressa une lettre à la Gazette de Québec, dans laquelle il signalait cette incongruité. La médaille n'étant pas encore adjugée, il proposait l'inscription suivante:
Jadis dans les combats balançant le destin, Voilà Wolfe et Montcalm priapes d’un jardin!
Et il ajoutait: À moi la médaille !
Cette espièglerie, qui eut du succès, fut généralement attribuée à M. Isidore Bedard, dont j'ai parlé plus haut. Elle ne fut point étrangère au choix du site bien préférable où lobélisque fut élevé, :
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sur le terrain de la politique, ce n’était pas seulement par les abus et les iniquités administratives que l’oligarchie se rendait odieuse; c'était dans les rapports sociaux, dans la vie de tous les jours, que sa morgue et sa haïine irritaient les Canadiens et leur rendaient plus dure la position d’infériorité qui leur était faite dans le pays de leur naissance. *
Le Canadien-Français qui, dans cet état de choses, s’imposait à l’Angleterre, l’homme qui se campait fièrement au fauteuil de la présidence et semblait dire: ‘Je suis ici par la volonté du peuple, je n’en sortirai que par la force des baïonnettes,” cet homme ne devait pas tarder à devenir une idole populaire.
Sans doute que nos envoyés à Londres avaient leur part de mérite et de popularité; ils revenaient triomphants après avoir éclairé la métropole sur l’état de nos affaires; mais ni la science constitutionnelle de M. Viger, ni la, sagesse et l’esprit pratique de M. Neilson, ni l’habileté financière de M. Cuvillier n'étaient de nature à frapper les masses comme l’éloquence véhémente et la hardiesse de Papineau. Du reste celui-ci avait tout pour lui: jeunesse, vigueur, geste imposant, voix sonore et retentissante, élégance de manières, tenue irréprochable, patriotisme ardent, prestige héréditaire, relations de famille importantes, aisance, loisirs, culture intellectuelle relativement très développée, enthousiasme populaire, sympathies aristocratiques, enfin amitié du clergé catholique, avec lequel il eut cependant le grand tort de se brouiller.
Ce fut à partir de la confirmation de son élection par sir James Kempt que le tribun prit l’ascendant redoutable qui eut une si grande influence sur nos destinées; de là date son règne, car ce fut un véritable règne, et, à certains égards, un règne quelque peu despotique. \
Avec ce règne commence aussi pour notre historien l’époque contemporaine. M. Garneau avait dix-huit ans
* M. Pierre de Sales-Laterrière, dans un livre publié à Londres, peint admirablement cet état de société; il y a là telle anecdoie qui vaut des volumes.
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lors du conflit qui eut lieu entre Dalhousie et la chambre d’assermblée, en 1827. Comme tous les jeunes gens, il dut prendre un vif intérêt aux événements qui suivirent ce coup d'Etat; * à cet âge on entre volontiers dans le mouvement populaire. Sa correspondance de Londres nous à déjà fait voir toute la vivacité de son patriotisme. ‘ Si l’on veut tenir compte des circonstances, on trouvera qu'il a mis une certaine modération dans la manière dont il a apprécié ces événements, qu’il s’est défié, au moins dans une certaine mesure, des passions qu'il avait lui-même partagées, bien que leur influence, comme j’en ai déjà fait la remarque, s’y fasse sentir assez pour donner de la vie au récit.
Sir James Kempt était venu remplir un entr’acte, il le fit avec bonne grâce et habileté. Il y eut même, sous son gouvernement, deux des sessions les plus heureuses au point de vue de la législation et des intérêts sociaux et
* Je me souviens parfaitement — j'avais sept ans — de l'émotion causée par le rejet de l’orateur. Une grande foule se ‘rouvait à la porte du parlement. Mon grand-père maternel, M. Joseph Roy, y était et me tenait par la main. Lorsque le gonverneur sortit et monta dans sa voiture, celui qui commandait l’escorte de cavalerie — je crois que c'était M. Gugy — leva son shako et donna le signal des hourras que poussèrent les partisans du château. Les patriotes n’y répondirent que par un morne silence; mais il dut y avoir bien des serrements de cœur et des grincements de dents; car ce qui venait d'arriver était déjà connu. Mon grand-père dit en rentrant à la maison: Pourvu que ce ne soit pas le commencement d’une révolution ! I1 donnait, comme bien d’autres bons citoyens, une grande partie de son temps et de sa fortune aux affaires publiques. Il était le trésorier de beaucoup de sociétés bienveillantes ou patriotiques; ii fut celui de la souscription des envoyés. On me laissa donner mes vetites épargnes, et mon nom fut inscrit sur la liste. Le trait fut raconté à M. Papineau, qui était un ami de la maison; aux éloges que m’adressa le grand homme, je Crus que je grandissais d’au moir’, toute la tête. Je me souviens aussi d’avoir vu, la même année, des fenêtres de l’école que je fréquentais, près du jardin du fort, la cérémonie de la pose de la première pierre du monument de Montcalm et de Wolfe; la pompe militaire déployée dans cette occasion m’impressionna vivement,
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matériels du pays, qui, pendant toutes ces luttes politiques, avaient été grandement négligés.
Cependant le rapport du éomité de la chambre des communes, dont on attendait beaucoup de bien, n'avait pas été adopté; le conseil exécutif, le conseil législatif et la chambre d’assemblée étaient aussi loin de s’entendre que jamais, et tout ce que le gouverneur pouvait faire, c'était de maintenir l'équilibre entre ces corps et d'éviter un nouveau conflit. Il y épuisait toute sa diplomatie, et le juge en chef Sewell, toujours courtisan, lui venait en aide.
En Angleterre comme ici, on sentait qu’une telle situation ne pouvait se prolonger indéfiniment et l’on songeait à des changements organiques.
‘ Le ministre des colonies, dit M. Garneau, écrivit pour demander s’il ne serait pas à propos de changer la constitution de ces deux conseils, surtout d’v introduire plus de membres indépendants du pouvoir, c’est-à-dire sans emploi de la couronne, et, dans ce cas, si le pays pourrait fournir assez d'hommes honorables pour cette dignité. Kempt répondit que le conseil législatif était composé de vingt-trois membres, dont douze fonctionnaires et seize protestants, et le conseil exécutif dé neuf membres, dont un seu) était indépendant du gouvernèment et un seul catholique; qu’il ne pouvait recommander de changements considérables; mais qu’il fallait introduire graduellement dans le conseil législatif plus de membres indépendants, et n’admettre à l'avenir qu’un seul juge dans les deux conseils, le juge en chef. Il pensait aussi qu’il était opportun d’introduirs dans le conseil exécutif un ou deux des membres les plus distingués de l’assemblée, afin de donner à la branche populaire plus de confiance dans le gouvernement; cela lui paraissait de la plus grande importance pour la paix et la prospérité du pays. Il croyait que l’on pourrait trouver assez de personnes honorables pour remplir les vides qui se faisaient de temps en temps dans les deux conseils.”
La publication de cette dépêche désappointa beaucoup les partisans de la chambre. Sir James Kempt avait évidemment d’excellentes intentions; mais elles étaient à
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longue échéance, et le parti populaire s'impatientait. Les cinq comtés de la rivière Chambly s’assemblèrent à Saint- Charles et adoptèrent des résolutions énergiques. C'était le prélude de l'agitation qui devait conduire à l’insurrection. Kempt sentit que son rôle devenait impossible ; il demanda son rappel.
Lord Aylmer, qui le remplagça, se trouva en face d’une nouvelle assemblée plus nombreuse, car parmi les lois passées pendant la première session de l'administration de Kempt, il s’en trouvait une qui portait de cinquante à quatre-vingt-quatre le nombre des représentants. Les élections venaient d'avoir lieu sous cette loi. Aylmer débuta de la manière la plus gracieuse et semblait, lui aussi, animé des meilleures dispositions. Le fait est que chaque nouvelle administration commençait par une sorte de lune de miei; mais la lune rousse ne tardait pas à montrer ses cornes.
En ce qui concerne lord Aylmer, la fatalité semble avoir été de la partie. Au moment où le gouvernement impérial paraissait disposé aux plus grandes concessions, où le gouverneur tenait le langage le plus bienveillant, des complications de tout genre surgirent comme suscitées par quelque mauvais génie.
C'était des enquêtes et des plaintes contre des fonctionnaires publics: le procureur général Stuart, le juge Kerr, le juge Fletcher; c'était l'expulsion réitérée de M. Christie, député de Gaspé ;* c'était la réprimande adressée à l’avo-
* M. Christie avait été expulsé une première fois sous l’administration de sir James Kempt, pour avoir recommandé, comme président des sessions de quartier, la destitution d’un certain nambre de juges de paix et pour avoir menacé quelques-uns de ses collègues de la chambre de les faire destituer des charges qu’ils tenaient du gouvernement. Il fut réélu et réexpulsé. Le comté de Gaspé ne se lassa point, et ce ne fut qu'après sa cinquième expulsion que M. Christie recommanda à ses électeurs de vouloir bien faire le choix d’un autre représentant, Dans son ouvrage, il se montre aussi modéré qu'un homme ainsi placé peut l'être: il avoue avoir été un des amis intimes de lord Dalhousie et ne se dissimule point les soupçons de partialité auxquels l'expose la part très active qu'il a prise aux affaires de son temps. Son ÆHisioire est surtout composée de
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cat général Hamel, pour avoir donné une consultation au gouverneur dans une affaire d'élection; c'était l’emprisonnement de MM. Tracey et Duvernay, décrété par le conseil législatif, qu’ils avaient violemment attaqué, l’un dans le Vinvicator, l’autre dans la Minerve; c'était enfin l’élection du quartier est de Montréal, la sanglante affaire du 21 mai 1832, qui brouillèrent tout à fait M. Papineau avec le gouverneur. À cela s’ajouta le choléra asiatique qui, cette même année, fit en Canada des ravages plus grands que dans aucun autre pays. On les attribua à l’imprévoyance des autorités impériales, qui avaient laissé s’'embarquer une émigration considérable dans les conditions les plus dangereuses pour la santé publique.
Lord Aylmer avait donné à ses protestations de bon vouloir une forme sentimentale, qui, selon M. Christie, faisait également sourire et ceux qu’il voulait concilier et leurs adversaires, les anciens bureaucrates. Il termina le discours qu’il prononça à l’ouverture de la seconde session du parlement (1831) en assurant les deux chambres que, chaque matin, il se demandait ce qu’il allait faire ce jour-là pour le bonheur de la province. Lorsque la chambre lui porta une requête au roi dans laquelle elle avait formulé une quantité de griefs, il demanda avec anxiété si l’on avait bien tout dit, et il implora les députés de faire connaître toute la vérité, afin que l’Angleterre pût embrasser d’un coup d'œil toute l’étendue des maux dont souffrait la colonie.
documents, c’est ce que les Anglais appellent a documentary history. Il paraît avoir eu à cœur de reproduire des extraits des journaux de l’un et de l’autre parti. On voit facilement, cependant, dans quel plateau de la balance il a mis ceux qui paraissent avoir le plus de poids.
M. Christie, après l’union des Canadas, a siégé comme représentant du comté de Gaspé; il a retrouvé dans la nouvelle législature son ancien adversaire, M. Papineau, et, ce qui fait honneur à l’un et à l’autre, ils se sont franchement réconciliés. M. Christie a même reçu l'hospitalité du célèbre tribun à son château de Montebello, sur l'Ottawa. Peut-être ont-ils causé gaiement de leurs anciennes luttes se rappelant le fameux vers de Virgile: Forsan et hæc olim meminisse juvabit,
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‘À ces sentiments exprimés avec tant de naiveté et àe chaleur, dit M. Garneau, on ne peut s'empêcher de reconnaître la bonne foi de lord Aylmer, car il est impossible d’aitribuer un pareil langage à l’hypocrisie.”
Notre historien blâme la chambre d’avoir repoussé les propositions de lord Goderich au sujet de la liste civile, propositions qui accordaient presque tout ce que l’on avait demandé. Jamais, dit-il, la chambre ne commit une plus grande faute.
Plusieurs circonstances peuvent expliquer cette attitude de la majorité parlementaire. Le peuple était las de toutes les oscillations, de toutes les promesses du pouvoir; certaines concessions qu’il avait obtenues lui faisaient sentir sa force ; une nouvelle génération d'hommes politiques plus remuants et plus ambitieux s'était formée ; déjà elle accusait de lenteur et de timidité ceux qui avaient dirigé jusque-là le mouvement populaire. De plus, la Révolution de 1830 avait eu ici son écho; elle avait exalté ler jeunes têtes, car, à toutes les époques nous avons un peu senti et nous ressentons encore l'influence des événements qui se passent dans notre ancienne mère patrie; soit dans un sens, soit dans un autre, il se forme parmi nous des courants d’opinions qui n’ont aucune autre raison d’être.
Les députés des townships de l’Est avaient aussi changé de tactique et inclinsient vers ia majorité; un d’eux, M. Peck, jeune avocat de grands talents, s'était prononcé dans ce sens; enfin le Haut-Canada s’agitait et les réformistes paraissaient supporter avec impatience le joug de leur oligarchie, qu’ils désignaient sous le nom de Family Compact. Toutes ces circonstances enhardissaient nos intransigeants. *
* Je me souviens encore de l'émotion produite par l’emprisonnement de MM. Tracey et Duvernay. Dans les discours qui furent prononcés dans la chambre, il fut question de la révolution de 1830 et des fameuses ordonnances contre la presse. Plusieurs jeunes gens portèrent des cocardes tricolores. A la suite d’une grande assemblée populaire, à Québec, une procession parcourut les rues, chantant
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En vain ajouta-t-on huit Canadiens-Français au conseil législatif, en vain fit-on M. Philippe Panet d’abord, puis M. Mondelet, conseillers exécutifs, en les chargeant successivement de représenter le gouvernement dans l’assemblée dont ils étaient membres. La chambre, qui avait bien accueilli la nomination de M. Panet, déclara le siège de M. Mondelet vacant. En vain le procureur général Stuart et le juge Kerr furent-ils destitués par l: gouvernement impérial; la discorde semblait s’accroître en proportion des efforts qui se faisaient pour calmer les esprits. Les Anglais de Montréal avaient fait agiter dans le Haut-Canada la question de l’annexion de l’île de Montréal à cette province, tandis que les électeurs de M. Christie demandaient l'annexion de la Gaspésie au Nouveau-Brunswick; ces menaces de démembrement irritèrent la chambre sans trop l’alarmer.
De son côté, elle avait voté une das au parlement impérial demandant de rendre le conseil législatif électif ; et le conseil avait riposté par une contre-adresse dans laquelle il accusait la chambre ‘‘ de jeter de l'inquiétude dans l'esprit des habitants d’origine anglaise, d’arrêter leurs progrès, d'interrompre le cours de l’émigration, de briser les liens qui attachaient la colonie à la métropole, d'amener un conflit avec le Haut-Canada, et de vou'oir inonder le pays de sang, car le Haut-Canada ne laisserait pas s’établir une république française entre lui et l'Océan.”
Lord Goderich administra une réprimande paternelle au conseil pour l’emploi de certaines expressions ‘ qui paraissent attribuer aux sujets qui ne sont point A’origine
la Marseillaise et là Parisienne; on alla les chanter aus8i soûs les fenêtres de la prison et sous celles du juge en chef Sewell, président du conseil législatif, qui fut, dit-on, très effrayé par cette démoustration. Le juge en chef occupait la maison qui a été depuis l'hôtel du gouvernement, près de l’esplanade. Parmi les jeunes gens qui faisaient partie de cette procession #0 trouvaient sir Nar:isse Belleau, qui ne se doutait guère qu'il serait installé, plus tard, dans cet édifice comme lieutenant-gouverneur, MM. Winter et Roy, dont il a été question plus baut, et MM. Gauthier et Bossé, qui tous les quatre ont été juges depuis. fat
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britannique des desseins que ne comporte pas la fidélité qu'ils doivent au souverain. Sa Majesté, ajoutait la dépêche, aime à croire que tous ses sujets obcissent à sa loi de bon gré et avec plaisir. Elle étendra sa protection à toutes les classes indistinctement; et le conseil législatit peut être convaincu que Sa Majesté veillera à ce qu’elles jouissent des droits et des libertés constitutionnelles qu’elles possèdent par leur participation aux institutions britanniques.”
M. Garneau a raison de dire que lord Goderich était très favorable aux Canadiens-Français, ce dont il a pu juger lui-même lorsqu'il était secrétaire de M. Viger à Londres, comme on l’a vu plus haut. Malheureusement, cet homme d'Etat dut quitter le pouvoir; il fut remplacé par M. Stanley, qui sé montra aussi cassant, aussi arbitraire, aussi impérieux que son prédécesseur avait été sage, bienveillant et conciliant. Si des hommes comme M. Viger et lord Goderich étaient faits pour s’entendre, M, Stanley et M. Papineau étaient au contraire fatalement désignés pour une lutte à outrance.
La session qui s’ouvrit le 7 janvier 1834, et qui était la quatrième depuis l’arrivée de lord Aylmer, sera à jamais célèbre dans nos fastes parlementaires.
Ce fut pendant cette session que furent votées les quatrevingt-douse résolutions. Rédigées par M. Morin sous la direction de M. Papineau, elles furent proposées par M. Elzéar Bedard,* fils du célèbre Pierre Bedard et frère de M. Isidore Bedard dont il a été plusieurs fois question dans ces pages.
C'était un long réquisitoire, une interminable kyrielle de tous les griefs imaginables ; cette fois lord Ayliner n’eut pas à demander si c'était bien tout.
Si ce factum manquait de concision, il ne manquait ni
* M. E!zéar Bedard fut le premier maire de Québec depuis la conquête et M. Jacques Viger le premier maire de Montréal. Les deux villes venaient d’être dotées du régimé municipal à l’époqte dont il est question. Dans le conseil de güerre tenu pour la capitulation en 1759 paraît le nom d’un maire M. Daine. Il y avait longtemps, remarque M. Garneau, qu’il n’avait été question de ce fonctionnaire.
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de hardiesse ni de véhémence; il fournissait de copieux aliments aux passions de la foule. Les quatre-vingt-douze, comme on les appelait, devinrent une sorte d’évangile populaire. On était pour, ou l’on était contre, mais on ne sortait pas de là. Et, de fait, il était difficile d’en sortir, car tout ou à peu près tout s’y trouvait.
La réponse de M. Stanley à la requête que la chambre avait transmise au sujet de l'introduction du principe électsf dans la formation du conseil législatif, était hautaine et sarcastique. Dans les débats qui eurent lieu sur les quatre-vingt-douze résolutions, M. Papineau crut devoir répliquer par un langage peu mesuré à l’adresse du ministre des colonies. Ces débats furent l’occasion d’une première scission importante dans le parti national. MM. Neilson, Cuvillier, Duval et Quesnel votèrent avec la minorité. Ce dernier prononça un discours remarquable.
Le parti se sentait plus indépendant de M. Neilson par la fondation à Québec, en 1831, d’un nouveau journal français, auquel M. Etienne Parent, son rédacteur, avait donné le titre de celui qui avait été autrefois supprimé par Craig, le Canadien, avec cette épigraphe devenue depuis notre devise nationale, ‘ Nos INSTITUTIONS, NOTRE LANGUE ET NOs LoIs.” *
La Minerve et le Vindicator, publiés à Montréal, ce dernier surtout, soutenaient avec une très grande violence les opinions de M. Papineau.
Dans le public, la scission fut plus grave encore que dans la chambre. Les classes les plus élevées de la société qui avaient fourni jusque-là un appoint considérable à l’opposition, virent avec terreur un mouvement qui prenait des allures révolutionnaires. L’éloge des Etats-Unis, le projet de former une convention nationale pour amender la constitution, le rejet de toutes les propositions de lord Goderich, les menaces que l’on faisait à l'Angleterre
* Voyez plus haut, de page £xvr à xxx, l'opinion exprimée par M. Garneau dans son Histoire, comparée à celle qu’il partageait luimême dans le temps, d’après les écrits publiés dans la Guztk de Québec par Un ami du statu quo,
SA VIE ET SES ŒUVRES. cxci
dans un temps où elle était à l’avogée de sa puissance et en paix avec le monde entier, tout cela naturellement donnait raison à M. Neilson.
Le clergé, déjà froissé par l'attitude de M. Papineau dans la question du fameux bi! des fabriques, ne vit pas non plus d’un bon œil les tendances radicales de la majorité.
Les deux points que la chambre avait mis le plus en lumière dans son manifeste étaient la nécessité de rendre le conseil législatif électif, et celle de remédier à la distribution injuste et inégale du patronage de la couronne. Tandis que les Canadiens-Français étaient au nombre de 525,000 sur une population totale de 600,000, il n’y avait que quarante-sept fonctionnaires de cette origine sur un total de deux cent quatre; et encore occupaient-ils en général les charges les moins importantes et les moins rémunératives.
Lord Durham, dans son r=pport, admit l’iniquité de cet état de choses, et ii en fit la critique au point de vue des intérêts métropolitains. L’Angleterre, trouvait-il, aurait pu en suivant une politique toute différente se concilier une partie au moine de la classe instruite d’origine française.
Mais le moyen de le faire? Dès qu’un Canad'en-Français acceptait une situation, il perdait de suite toute influence par la raison toute simple qu’il avait une place, mais point de pouvoir, comme le dit plus tard M. La Fontaine. Le remède était donc ailleurs. De même l’abolition du conseil législatif ou sa transformation en une seconde chambre élective auraient toujours laissé les choses au même état. Avec le conseil électif, il y aurait eu deux chambres impuissantes au lieu d’une en face d’un gouvernement hostile et irresponsable.
Faut-il faire un crime à nos hommes politiques de n’avoir point dirigé leurs efforts vers la concession de la responsabilité ministérielle? L’Angleterre ne songeait nullement à établir ce système dans ses colonies, et il n’est guère probable qu’elle eût voulu commencer par une province où . ses nationaux étaient en minorité. Les colonies ellesmêmes rêvaient à peine un tel avenir. 1
excii FRANÇOIS-XAVIER GARNEAU,
Ce fut un trait de génie chez M. Pierre Bedard d’en avoir exprimé la pensée dès les premières années du régime constitutionnel, et lord Goderich fit preuve d’un esprit supérieur en laissant entrevoir dans une de ses dépêches au gouverneur de Terreneuve que l'exécutif devrait être représenté dans la chambre populaire. Il est vrai qu'il parlait en même temps de supprimer le conseil législatif.
Mais en supposant que cette question eût été agitée à cette époque, —et je ne prétends point dire qu’elle n'aurait pas dû l’être de préférence à celle d’une seconde chambre élective— en supposant que cela eût été fait, il est très probable que l'Angleterre se fût trouvée dans un dilemme semblable à celui qui la tint si longtemps indécise lorsqu'il s'agissait de nous accorder le gouvernement représentatif : créer des distinctions de caste, ce que lord Durham déclara plus tard être odieux, ou laisser ses nationaux soumis à l’ascendant d’une majorité que l’on croyait beaucoup plus hostile qu’elle ne l’était en réalité.
Le choix de M. Panet comme conseiller exécutif, représentant le gouvernement dans la chambre, était un acheminement vers la responsabilité ministérielle, et, quelque convenance qu’il y eût à placer sur le banc des juges cet homme intègre et distingué, sa nomination fut regrettable en ce que son successeur, M. Mondelet, ne possédait pas au même degré la confiance publique et que la chambre trop impatiente manqua par là l’occasion d'introduire graduellement le véritable gouvernement constitutionnel.
Quoi qu'il en soit, les auteurs des quatre-vingt- douze s'étaient acharnés à l’idée d’un conseil électif; ils repoussaient même toutes les propositions que i'on avait faites ou que l’on pourrait faire pour améliorer le personnel du conseil en faisant résigner les fonctionnaires publics, en nommant à leur place des hommes indépendants par leur fortune, et en donnant satisfaction à l’opinion publique dans le choix des nouveaux conseillers. On avait de plus le tort d'exiger cette réforme au nom des idées démocratiques et républicaines et de distinguer entre les deux tendances politiques, qui, disait-on, ‘se montrent sous différents noms dans les différents pays: sous les noms
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de serviles, royalistes, torys, conservateurs et autres d’une part; sous ceux de libéraux, constitutionnels, républicains, whigs, réformateurs, radicaux et autres d’autre part, ” et de se déclarer ouvertement pour ces derniers.
Autant les cinq ou six premières résolutions étaient bien inspirées en rappelant ce que les descendants des anciens colons avaient fait pour conserver le pays à la Grande- Bretagne, en faisant voir leur appréciation des bienfaits de la constitution britanniq 1e; autant la trente-septième et quelques autres étaient malheureuses en montrant des tendances révolutionnaires, un penchant vers la république voisine, et en froissant l’un des deux grands partis qui dirigeaient les affaires en Angleterre, parti qui, somme toute, s'était montré aussi bien disposé, quelquefois mieux disposé envers les colonies que ne l’étaient les whigs.
La session dans laquelle avaient été adoptées les quatrevingt-douze fut, à tous autres égards, peu fructueuse. Les plus grands intérêts, celui de l'instruction publique entre autres, languissaient ; la chambre adoptait des projets de loi que le conseil rc'etait, et le gouverneur et la chambre se trouvaient acculés chacun de leur côté dans une impasse ; le gouverneur ne voulait pas payer les dépenses du parlement tant que la chambre n’aurait point pourvu à la liste civile, et la chambre ne voulait voter de subsides qu'aux conditions qu'elle avait toujours exigées, celles d’un contrôle absolu sur les dépenses du gouvernement, y compris les traitements des fonctionnaires. Les dernières résolut'ons allaient à mettre lord Aylmer en accusation (impeachment), Oului-ci, voyant que la situation était sans autre issue, prorogea le parlement.
La plus grande effervescence régna dans le pays. Il y eut. d’un côté, l’agitation faite par les partisans de la majorité, d’un autre côté les assemblées de l'association constitutionnelle, à la tête de laquelle se trouvèrent, à Québec M. Neilson, à Montréal M. Walker. Cependant un peu d’apaisement eut lieu, parce que M: Roebuck, ainsi que M. Viger et M. Morin —qui était allés à Londres porter la requête basée sur les quatre-vingt-douze— écrivirent que M.
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Spring Rice, successeur de M. Stanley, paraissait mieux disposé que son prédécesseur.
Sur ces entrefaites eurent lieu les élections générales: il y eut des scènes de violence À Montréal et à Sorel. Ceux qui avaient voté contre les quatre-vingt-douze restèrent sur le carreau, M. Neilson entre autres. Les cantons de l'Est soutenaient M. Papineau; M. Mackenzie, son allié dans le Haut-Canada, paraissait aussi puissant que lui, et, en Angleterre, O’Connell, Hume, Roebuck et plusieurs autres prenaient la défense de notre chambre d’assemblée. Tout concourait à la pousser dans la voie où elle était entrée.
La première session fut, cependant, l’occasion d’un nouveau schisme. Un bon nombre des députés de la région de Québec trouvaient que l’on donnait prise à la faction oligarchique, et qu’en se refusant à toute espèce de compromis, en suspendant entièrement le cours des affaires, on agissait imprudemment. M. Bedard, le père des quatrevingt-douze résolutions, parut être le chef de ces nouveaux dissidents, que M. Papineau accabla de toutes les foudres de son éloquence.
Un ministère tory, dans l'intervalle, avait remplacé le ministère whig ; lord Aberdeen avait succédé à M. Spring Rice. Une dépêche absurde du nouveau ministre vint donner raison à M. Papineau. Lord Aberdeen offrait, pour lé désaveu de la loi sur l'instruction publique, des motifs tirés du fanatisme le plus étroit. La chambre s’obstinait toujours à refuser les subsides, et lord Aylmer à refuser les deniers nécessaires aux dépenses du parlement. Nouvelle prorogation et continuation de l’imbroglio politique |
Lord Gleneig, qui bientôt remplaça lord Aberdeen, ne vit pour sortir de cette impasse d'autre moyen que de rappeler lord Aylmer.et de nommer une commission dont le nouveau gouverneur général devait être le président. Des débats très animés sur nos affaires avaient eu lieu à plusieurs reprises dans la chambre des communes et dans la chambre des lords, et, dans un de ces débats, M. Spring Rice avait blâmé assez justement M. Hume d’entretenir de fausses espérances et de dangereuses illusions chez nos patriotes. ‘Il ne convient point, dit-il, à un homme qui
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parle sans danger dans l'enceinte des communes, de donner des conseils qui peuvent causer tant de mal à l'Angleterre et au Canada. Si l’on a recours aux armes, j'espère que les lois puniront tous ceux qui auront pris part à la conspiration.”
Lord Gosford, gouverneur général et premier commissaire, sir Charles Grey et sir George Gipps, les deux autres membres de la commission chargée de s’enquérir des griefs et de l’état des choses dans la province du Bas-Canada, arrivèrent à Québec le 23 août 1835.
Lord Aylmer ne partit qu’un mois après. Il devait s’estimer d’autant plus malheureux dans son administration, qu'il ne paraissait avoir contenté ni l’un ni l’autre des partis qui se divisaient la province, et que, tandis qu’on approuvait sa conduite en Angleterre, on lui retirait son gouvernement au moment où la chambre d’assemblée le mettait en accusation. Dans les derniers temps il s'était rallié aux idées de Ryland et s’était occupé assez sérieusement des moyens de noyer la population française dans les flots de l’émigration britannique. Lord Gosford, qui ne fut pas plus heureux que lui, se montra plus magnanime et fit preuve d'une intelligence bien supérieure en défendant plus tard les droits des Canadiens-FrançÇais dans ix chambre des Lords. *
* Lo mauvais génie qui avait renversé tous les projets de conciliation de lord Aylmer ne fit pas les choses à moitié. Un incendie détruisit, le 23 janvier 1834, le château Saint-Louis; Aylmer fut le dernier occupant de cette antique et célèbre résidence vice-royale.
Ce gouverneur, comme lord Dalhousie, s’occupa de la mémoire de Wolfe et de Montcalm. Il fit ériger une colonne tronquée, sur les Plaines d'Abraham, à l'endroit où périt le premier de ces héros, et il y fit mettre cette simple et belle inscription :