EXCELLENCE
Nous voici réunis près de la tombe d’un ami, d’un compatriote, d’un écrivain dont tout pays aurait droit de s’enorgueillir, d’un homme enfin tout dévoué à notre beau Canada. En disant un dernier adieu à ses restes mortels, il semble que nous remplissons un pieux devoir non seulement pour nous-mêmes, mais pour le pays tout entier,
Ce fut une belle et patriotique pensée, à l’exécution de laquelle il vous fut donné de présider avant même d’être appelé à la première diguité de notre nouvelle province, que de s'occuper de la renommée de celui qui avait songé avant tout à la gloire de sa patrie.
Le nom de François-Xavier Garneau est célèbre partout où le Canada est connu; il est inséparable de la renommée de notre pays: il eût donc été bien pénible que celui qui a élevé à notre patrie le plus beau des monuments, n’eût pas
* Ce disconrs fut prononcé par M. Chauveau, alors premier ministre de la provence de Québec, le 15 septembre 1867, au cimetière de Belmont, après la cérémonie religieuse qui fut faite par M. Auclair, curé de Québec, entouré d’un nombreux clergé. Sir Narcisse Belleau, lieutenant-gouverneur, qui avait été président du comité de la souscription, et une grande foule de citoyens y essistaient. Il pouvait être six heures et c'était une belle soirée d'automne. On remarquaié le drapeau de Carillon qu’entourait une garde d'honneur formée par la compagnie des sapeurs-pompiers du faubourg Saint-Jean,
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lui-même une pierre tumulaire sur le sol dont, poète, il avait chanté les beautés, historien, célébré les héros.
Poète, voyageur, historien, François-Xavier Garneau « été en même temps un homme d'initiative, de courage, d’héroïque persévérance, d’indompt£ble volonté, de désintéressement et de sacrifice. Une idée fixe, ou mieux nue cela, une grande mission à remplir s'était emparée de tout son être; il lui a tout donné: cœur, intelligence, repos, fortune, santé. Sa grande tâche, son œuvre, un monument national à élever, à compléter, à retoucher, à embellir une fois qu’il fut terminé, voilà à ses yeux toute sa vie.
Et cela, messieurs, cela fut accompli aux dépens de ses veilles, sans nuire à de plus humbles travaux. Il y avait, pour bien dire, en lui deux hommes, celui qui s'était voué aux fonctions modestes, sérieuses et difficiles, nécessaires à l'existence de sa famille, et l’homme voué à la patrie, au culte des lettres, à la poésie, à l’histoire. Et, chose rare parmi les plus rares, ces deux hommes s'étaient formés en quelque sorte à l’envi l’un de l’autre et presque sans secours étranger. Muni seulement des plus simples rudiments de l'instruction primaire, il avait su acquérir, conserver et perfectionner à la fois l'éducation pratique nécessaire au commis de banque, au notaire, au fonctionnaire municipal, et l'éducation littéraire et philogophique qui fait le penseur et l'écrivain.
Quel plus grand exemple de la puissance de la volonté humaine! Quelle plus belle leçon! Quel plus grand enseignement pour la jeunesse de notre pays! M. Garneau n’a pu, bien qu'il le désirât vivement, suivre un cours d’études dans un collège ; et cependant combien y en a-t-il qui, avec ce puissant secours, ont entrepris et accompli une tâche égale à la sienne? Sans doute, il avait un rare talent, un rare génie; mais n’y a-t-il pas lieu de craindre que beaucoup d'intelligences égales à la sienne et soutenues par les forces vives que donne une instruction régulière et acquise à l’heure voulue, n'aient été perdues pour la société par l’abrence de volonté, par cette lâche condescendance à de vulgaires passions si commune et si dévastatrice tout atour de nous?
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Sous ce rapport, l’œuvre à laquelle Votre Excellence a pien voulu présider, est non seulement une bonne action, elle est un bel exemple. Nous oserons dire à la jeunesse: Le Canada, comme les autres pays, commence à apprécier les travaux de l’esprit, et bientôt, espérons-le, comme l’a dit notre historien lui-même dans une de ses pages éloquentes, un temps viendra où pleine justice sera rendue à ceux qui auront fait des sacrifices pour la plus belle des causes qui puissent occuper l'attention des sociétés.
En attendant, ne demandons point à chacun d’entreprendre une aussi grande œuvre; disons seulement à tous: Rendez-lui du moins justice en lisant et en méditant son livre admirable. Vous y verrez et la naissance et le développement de cette nation nouvelle, qui pas à pas va s’asseoir au banquet de l’humanité. Vous y verrez Cartier plantant la croix semée de fleurs de lis sur le bord de cette rivière qui coule là-bas à nos pieds; vous y verrez passer, semblables à une grande troupe de sanglants et terribles fantômes, ces nations errantes qui devaient nous céder la place. Vous y verrez Champlain planter sa tente sous les arbres dont quelques-uns naguère ombrageaient encore plusieurs parties de notre ville; Laval jeter dans cette enceinte la précieuse semence qui s’est développée en tant de bienfaits ; Marie de l’Incarnation et ses compagnes chanter leurs pieux cantiques, au milieu de leurs jeunes néophytes, sous cette double et auguste voûte d’une forêt primitive et d’un beau ciel canadien; Maisonneuve et ses intrépides compagnons fonder au sein du pays iroquois cette prodigieuse colonie de Montréal; Mile Mance et la sœur Bourgeoys pénétrer avec une égale intrépidité dans ces régions inhospitalières; Frontenac imprimer enfin la terreur aux hordes barbares et repousser avec un si grand courage la flotte de l’amiral Phipps. Puis, vous verrez défiler devant vous cette longue suite de gentilshommes et de paysans français qui furent nos pères ; ces hardis pionniers toujours prêts à quitter la bêche et la charrue pour le sabre et le fusil; ces gais et braves aventuriers se faisant sauvages avec les sauvages, glissant comme eux dans leurs rapides esquifs et luttant avec eux de courage et d’adresse: ces
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missionnaires intrépides, ces héroïques martyrs, ces femmes pieuses et aussi ces héroïnes de notre histoire, ces Jeannes d'Arc canadiennes, les Verchères et les Drucourt.
Vous écouterez le récit. de toutes ces grandes expéditions de nos pères: La Salle et Jolliet découvrant le Mississipi; Bienville, à l’autre extrémité de ce continent, fondant la Nouvelle-Orléans; Rouville et ses bandes saccageant la Nouvelle-Angleterre ; Nicolet et La Verendrye découvrant les vastes régions de l'Ouest ; de Beaujeu succombant avec Braddock sur le champ de bataille de la Monongahéla, comme devaient périr plus tard Wolfe et Montcalm sous nos remparts; d'Iberville promenant notre drapeau victorieux du Mexique à la baie d'Hudson, —et vous pourrez vous écrier: Ce continent tout entier ne fut que le vaste théâtre des exploits de nos pères!
Et puis, après toutes ces longues luttes, ces guerres sans cesse renaissantes, cette longue succession d'épreuves de, tout genre, famines, épidémies, incendies, massacres, mauvaise administration, immigration insuffisante, secours promis et refusés, échecs endurés avec patience, mais trop souvent renouvelés pour l’honneur de la France et pour le succès de la colonie, arrivera le grand jour, Le jour de la dernière catastrophe, lorsque la Nouvelle-France,épuisée d'hommes, de vivres et de munitions, envahie de tous côtés, par terre et par mer, par des armées et des flottes toujours vaincues et toujours renaissantes, tendra en vain les bras vers la vieille France ; c’est alors que l’historien, grandissant avec sa tâche, saura vous dire, avec les derniers malheurs, les dernières gloires du vieux drapeau blanc aux fleurs de lis d’or sur les bords du Saint-Laurent. Il vous racontera les courageux efforts des Acadiens luttant jusqe’à la dernière heure et dispersés sur tout le continent; Louisbourg, ce Québec du goife, résistant noblement aux forces supérieures de Wolfe et succombant victime d’une faute assez semblable à celle qui fit tomber notre forteresse ; enfin Montcalm si glorieusement vainqueur à Carillon avec des forces inférieures, et, quelques semaines seulement avant la prise de Québec, sur ces hautes falaises de Beauport, où Lévis où Juchereau et Bourlamaque secondèrent son courage.
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Puis, enfin, après la grande bataille où les deux héros, le Français et l'Anglais, tombèrent également, lorsque Québec bombardé ne sera plus qu’une vaste ruine, il vous dira avec un légitime orgueil le dernier triomphe des Français et de nos aïeux, cette dernière victoire remportée par le chevalier de Lévis sur le général Murray, sur le sol même que now foulons, tableau final de la conquête qu’il a su le premier mettre en relief et consacrer pour la postérité.
S'inclinant respectueusement, comme le firent nos ancêtres eux-mêmes, devant les décrets de la Providence, il reprendra ensuite avec courage, presque avec sérénité, le récit d’une nouvelle lutte moins sanglante mais non moins intéressante. Il vous montrera Murray et Carleton prati- ‘quant le noble conseil de Virgile, parcere subjectis et debellare superbos, reconnaissant le mérite des vaincus et les protégeant contre d’ignobles persécuteurs ; l'Angleterre hésitant souvent entre les conseils de la partialité et ceux de la justice; Dambourgès et les Canadiens sauvant Québec en 1775; Salaberry repoussant Hampton en 1813, à la suite de la longue tyrannie de Craig; la fidélité de nos compatriotes mise à l’abri même du soupçon; le grand évêque Plessis enseignant aux vainqueurs à respecter les droits de la religion, et disant au pouvoir civil: Tu n’iras pas plus loin ; enfin les libertés constitutionnelles accordées er 1791, se développant lentement à travers les entraves que leur mettait l’oligarchie. Avec quel amour mêlé de vénération n’a-t-il point sculpté les grandes figures de cette lutte parlementaire: Lotbinière, Panet, Bedard, Tasche- “eau, les deux Papineau, les deux Stuart, Neilson, Val-
ières, Viger, Bourdages, La Fontaine, Morin et les autres défenseurs de nos libertés!
Puis, arrivant à de nouvelles catastrophes, à la fin d’un autre régime, avec quelle verve patriotique n’a-t-il pas raconté le sanglant dénouement de cette résistance à la suite de laquelle la véritable constitution britannique devait nous être octroyée, dans des conditions pourtant si dangereuses et si difficiles pour nous! Aussi, à l’époque contemporaine, quels regards anxieux et jaloux pour notre
nationalité n’a-t-il point jetés sur notre avenir!
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Ce magnifique ouvrage, où, pour emprunter à son élégant biographe une expression qui m'a frappé, ‘‘ le frisson patriotique court dans toutes les pages,” est, dans 8es premiers volumes surtout, voisin de la plus haute inspiration. Cela s’explique facilement. Notre histoire est digne d’une épopée et notre premier historien était poète avant tout,
Oui, il fut poète, ce fut le poète qui poussa le voyageur, et le poète et le voyageur qui créèrent l’historien, Ce fut le poète qui, rêvant d’autres cieux, d’autres rivages que ceux qu'il avait tant admirés, 8e sentit pris du désir de parcourir l'Amérique, et de voir un peu cette vieille Europe qui alors était si loin de nous. Il suffit de jeter un coup d’œil sur l’intéressant récit qu’il en a fait lui-même, pour s'assurer qu’il vit avec une noble jalousie ln gloire des deux grandes nations auxquelles les habitants du Canada doivent leur existence, qu’il admira leurs monuments, tout en songeant à notre passé et à notre avenir, et qu’il se dit à lui-même: si je ne puis, comme on l’a fait ici, buriner sur l’airain les combats de nos aïeux, du moins je les inscrirai au livre de l’histoire. Les aspirations littéraires et patriotiques qu’il éprouvait déjà devinrent des réalités au contact des grands hommes et des grandes choses du vieux monde; l’amour rempli de craints qu’il éprouvait pour sa patrie, amour empreint de tristesse, enveloppé de sombres prévisions, s’accrut encore lorsqu'il entendit Niemcewicz chanter les malheurs de la Pologne, O’Connell tonner contre les injustices dont l'Irlande était victime,
Son livre ne fut pas écrit, comme tant G'autres livres, pour contenter une fantaisie, pour se faire une réputation, pour acquérir la fortune, ce fut une grande entreprise: la réhabilitation d’une race à ses propres yeux et aux yeux des autres races. Il voulut avant tout effacer ces injurieuses expressions de race conquise, de peuple vaincu, I1 voulut faire voir que, dans 1es conditions de la lutte, notre défaite fut moralement l’équivalent d’une victoire. Les hommes des autres races destinés à habiter avec nous, à partager en frères avec nous cette vaste et magnifique contrée, le remercieront un jour d’avoir mis la vérité en pleine lumière, d’avoir fait disparaître d’injustes préjugés,
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de nous avoir faits leurs égaux à nos yeux et aux leurs, d’avoir donné par là un gags de plus à la concorde si nécessaire à l’accomplissement de nos communes destinées.
Lié d'amitié avec d’habiles et patriotiques écrivains qui l’avaient devancé, avec d'infatigables chercheurs, amis de notre histuire et de nos antiquités, il posa avec eux les bases de notre littérature naissante; il se vit bientôt entouré d’émules et même de rivaux; à lui cependant le mérite de l'initiative, la palme du premier triomphe!
Au prix de ses veilles et de son repos, de sa santé, de la fortune qu'il aurait pu si facilement acquérir, il nous a donné de bien grandes choses, dont les moins grandes ne sont point le respect de nous-mêmes, l'amour exalté de notre pays, la foi dans notre avenir. Certes, nous lui aurions donné fort peu de chose en retour, si notre reconnaissauce 8e bornait à ce monument simple et touchant, il est ‘vrai, mais encore si insuffisant, et s’il ne s’en élevait pas un autre plus grand, plus beau, plus impérissabls, dans la mémoire de tout un peuple!
Nous pleurons la mort des grands homme, mais pour eux plus que pour les autres, n'est-il pas bon après tout que cette pauvre vie, avec ses agitations, ses revers, ses iniustices, ses caprices du moins apparents, que cette pauvre vie finisse un jour? car ce jour-là commence la grande réparation |
Leur gloire s'élève et va toujours grandissant comme ces majestueux édifices que le voyageur voit s'élever et grandir au-dessus des villes en les quittant et en perdant de vue tout ce qui les entoure.
Les générations nouvelles apprennent leurs noms, et les redisent avec amour, et souvent de tous les fracas, de toutes les ambitions, de toutes les intrigues d'nne société, tout ce qui reste, c’est le souvenir de quelques modestes et sereines existences, humbles dans le passé, grandes dans l’avenir.
Mais, encore, ce n’est là que de la justice humaine, la postérité a ses caprices, ses oublis, ses injustes dédains. A certaines époques, il fait nuit dans la mémoire des peuples comme dans celle des hommes; sur le vaste
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océan des âges, le temps promène le sombre oubli, comme une brume épaisse, impénétrable..
Ah ! messieurs, si une voix plus autorisée, si celle d’un ministre de la religion se faisait entendre, elle nous parlerait d’une autre immortalité, elle nous dirait que celle-là est au-dessus de toute notre gloire humaine de toute la hauteur qui sépare le ciel de la terre!
Nous ne pouvons pénétrer, il est vrui, les mystères de l’autre vie; mais nos croyances nous enseignent que nous y pouvons encore quelque chose, que ce n’est pas en vain que la sainte prière se répand avec l’encens et les larmes sur la tombe de nos amis, que la grande solidarité humaine ne finit pas avec la vie. Cette admirable trilogie de l'Eglise militante, de l’Église souffrante et de l'Église triomphunte, qui, si elle n’était pas un dogme, serait encore la plus belle des conceptions philosophiques, reliant un monde à l’autre, bannit les sombres terreurs et fait briller sur le terrible passage d’une vie à l’autre la douce lumière de l'espérance, qu’allume la foi et que nourrit la charité.
Notre ami fut bon, modeste, intègre, dévoué: il mourut en chrétien: nous pouvons donc en toute confiance, dans cette autre patrie, lui adresser nos adieux.
Adieu, mon ami, adieu, au souvenir d’abord de notre longue amitié, au souvenir de ces douces causeries où vous aimiez tant à nous parler de l’avenir de notre cher Canada! Adieu et merci! Merci des !caux sentiments que vous avez fait germer dans les âmes, merci du bien que vous avez fuit à notre jeunesse, merci de vos grands, de vos sublimes exemples !
Adieu, au nom de votre famille, à qui vous léguez un si beau nom ; adieu, au nom de ceux que vous avez tant aimés!
Adieu, au nom de votre *ays! Jouissez en paix, jouissez de votre double immorta ité. Dans ces grandes destinées qui s'ouvrent devant lui, le Canada ne vous oubliera pas; les peuples rivaux qui nous entourent apprendront dans vos œuvres à aimer nos ancêtres, ils réclameront leur part de notre glorieux héritage.
Soyez tranquille. Quelque chose qui arrive, notre pays, notre nationalité chérie ne manqueront point de défen-
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seurs. Nous vous ie promettons, au nom de cette jeunesse, de cette foule recueillie qui entoure votre tombe. Et puis, le ciel n’est pas une prison! Les hommages rendus à votre mémoire, vous les voyez, n'est-ce pas? Ces beaux sentiments que vous avez semés, vous ler verrez germer, grandir, se développer. Du sein de l'immortalité, vous planerez, esprit bienfaisant, sur notre avenir. Car déjà vous avez été, ou, grâce à la sainte prière, bientôt vous serez reçu là-haut par votre aïeul, ce bon vieux Canadien qui, de sa main tremblante, nous disiez-vous, vous montrait le théâtre des derniers exploits de nos ancêtres ; par votre père qui vous donna l'exemple du courage et du travail ; par votre mère qui vous fit si bon, si sage, si vertueux; par cette autre mère à nous tous catholiques, dont la vôtre vous apprit à balbutier le nom, nom qui revenait si souvent sur vos lèvres dans les épreuves de votre cruelle maladie; par tous les héros canadiens que vous avez tirés de- l'oubli. Vous ne connûtes que les saintes joies de la famille, que les austères plaisirs de l’étude, que les paisibles triomphes des lettres; votre bonheur, votre gloire doivent être proportionnés à vos sacrifices.
Ici vos restes mortels reposeront sous cette pierre tumulaire, sur ce champ de bataille que vous avez célébré, non loin de cet autre monument que vous avez eu la joie de voir élever à nos héros, au milieu de cette grande nature que vous avez si bien appréciée. Ces grands pins qui vous entourent conserveront en votre honneur leur sombre verdure, et les oiseaux d'hiver, sujet d’une de vos poésies, viendront y gazouiller sur votre tombe. Ces lumières errantes de notre ciel boréal, que vous avez aussi chantées, se réuniront au-dessus de vous en couronne aux mil'” couleurs. Les restes des héros, qui vous entourent, tressailliront peut-être auprès des vôtres, les derniers indigènes dont vous avez reproduit la plainte, erreront autour de cette enceinte; vous entendrez peut-être des bruits étranges, et vous direz encore comme en vos vers harmonieux :
Perfide illusion, au pied de la colline, C’est l'acier du faucheur !
cclxxvi D1s0. PRÔN. SUR LA TOMÉE DE M. GARNEAU.
Cette foule religieusement émue va s’écouler ; le silence va 8e faire en ces lieux, la nuit va descendre, mais à votre égard le silence et la nuit ne se feront jamais dans nos âmes |
Adieu, encore une fois, adieu |