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SA VID ET SES ŒUVRES, XXŸ

Canadiens qui se rencontraient en Europe devisaient de notre avenir et entrevoyaient les progrès qui s’accomplissent aujourd’hui !

Tandis qu'il se préparait à partir, à la fin d'avril, M. Garneau réçut de Paris la nouvelle de la mort prochaine de l’auteur de ce chant patriotique: Sol canadien, terre chérie ! qui résume si bien nos origines et nos aspirations.

Pauvre Isidore Bédard ! C’est tout ce qui restera de lui. M. Garneau était intimement lié aveo ce jeune compatriote, et c’est avec une vive émotion qu'après bien des années il raconte l'effet que cette nouvelle produisit sur lui.

“M. Bédard, dont: la vie était tranchée si prématurément, avait le plus bel avehir devant lui. La réputation de son père avait été une recommandation qui Pavait porté bien jeune au parlement. Ses talents ajoutés à cela auraient pu.le conduire à une position éminente. Il avait une élocution facile et. une voix mâle et agréable qui le faisaient rechercher comme orateur.

‘Tout cela est enfoui pour jamais dans la tombe sur une terre étrangère. Les délices et les tentations de l’Europe avaient ouvert sous les pas du jeune Canadien un abîme qu'il n’avait pas su éviter, et dans lequel il s'était précipité avec toute l’ardeur d’un tempérament fougueux qui s’abandonne à ses passions. Le voyage qui devait former le plus. bel épisode de sa vie, était ainsi devenu la cause de sa perte.” *

* La lettre suivante, écrite à M. Garneau lors d’un de ses retours à Londres, fait voir que M. Bédard n’ignorait pas la gravité de sa maladie.

“ Cher Garneau,

“J'apprends ce matin que vous êtes déjà de retour, ce qui m’a causé-un plaisir infini. C’est un Canadien qui viendra à mon enterrement, si je ne reviens pas de la maladie dont j'ai été subitement et violemment attaqué. J'ai eu une rechute il y a huit jours; je suis mieux, mais très faible. Je sors de mon lit pendant quelques heures depuis deux jours. Je n’ai pas encore recouvré la voix le moindrement, moi qui avais, comme dit Fiset, ure voix d’animul! St vous pouviez.venir :me Yoir, que vous me Causeriez de plaisir! Sinon,

xxvi FRANÇOÏS-XAVIER GARNEAU,

Parti le 10 mai de Liverpool, M. Garneau n'’arrivait à Québec que le 30 juin. Ces cinquante jours de navigation furent des plus pénibles. Une tempête intermittente ballotta le malheureux navire, et des vents contraires semblèrent se jouer de lui. Dans sa première traversée, notre voyageur avait lu Byron et Prior; à Londres, il lisait Lamartine et Campbell. Il paraît qu'aucun poète n’adoucit les misères du retour. ‘ L’ennui, dit-il, me prenait au milieu de cette orageuse immobilité. L'image du Canada m'apparaissait comme ces mirages trompeurs qui flattent les regards du voyageur au milieu du désert. Je voyais la fortune, l'avenir, le bonheur, au delà des mers, dans cette sauvage contrée où l’espérance avait autrefois conduit mes ancêtres, vains songes que les événements se sont plu ensuite à démentir en détail.”

De ce voyage, cependant, M. Garneau avait rapporté bien ‘ des choses, bien des choses qui lui procurèrent de grandes joies et une grande gloire, dont il ne paraît pas avoir touu assez de compte lorsqu'il écrivait les phrases mélancoliques par lesquelles se termine son récit.

Il revenait vivement frappé de tout cet éclat que jetaient la littérature, les arts, la politique dans le vieux monde; il avait entendu à la chambre des communes O’Connell, Hume, Roebuck et bien d’autres orateurs éminents ; au théâtre, Kean à Londres, et à Paris Melle Mars ; il avait assisté à une séance de l’Académie des sciences ; ies grands édifices, les galeries, les bibliothèques, les musées, ies sociétés littéraires et scientifiques des deux grandes capitales, l’avaient rempli d'enthousiasme et avaient augmenté dans son âme cette noble ambition d’être utile à son pays et à sa race qu'il avait déjà et qu’il a si bien suivie.

écrivez-moi. Est-ce par quelque accident que vous êtes de retour, sn votre voyage était-il terminé? M. Viger est-il avec vous ? Vous me ferez le plaisir de porter cette lettre à son adresse au plus tôt dans la cour de Somerset House ; on prend une petite rue qui descend à droite, n° 8 ou 9. Si M. Viger est de retour, vous ne porteroz pas cette lettre. Vous la garderez par devers vous jusqu’à mon retour. Adieu, cher Garneau, “ Is. Bénin.”

SA VIE ET SES ŒUVRES. XXVii

De 1833 à 1840, époque où M. Garneau commença à écrire son Histoire du Canada, la situation politique, déjà fort tendue lors de son voyage, s'était assombrie chaque année. Quelles que fussent les aspirations patriotiques du jeune homme, quelque effet qu’eût produit sur son esprit le grand spectacle de la vie politique en Europe, dans un temps où en Angleterre et en France s’agitaient les questions sociales les plus importantes, il ne se laissa pas entraîner dans le tourbillon et suivit humblement la voie que lui traçaient la prudence et le bon sens.

C'était un des traits les plus heureux de son caractèré et de son esprit, que ce mélange de bon sens et d’enthouriasme, que ces qualités poétiques et ces aptitudes pratiques qui lui permettaient de mener de front les travaux nécessaires au soutien de sa famille et ceux qui devaient illustrer son nom.

Il avait perdu sa mère peu de temps après son retour, et deux ans plus tard, il faisait un mariage d’inclination, qui lui assurait, au moyen du travail et de l’économie, les éléments d’une modeste aisance. Il suivit peu de temps sa profession de notaire et devint en 1835 commis à la Banque de Québec. Quelques années plus tard, il fut nommé traducteur à la chambre d’assemblée. Cette dernière charge lui procurait des rapports fréquents avec M. Etienne Parent, M. Morin et plusieurs autres hommes éminents. Elle lui ouvrait de plus l’accès quotidien de la bibliothèque du parlement, qui, grâce aux soins de M. Faribault, contenait déjà une très belle collection de livres sur l'Amérique. Il devint aussi, plus tard, membre de la Société littéraire et historique. de Québec, et se lia avec quelques-uns des littérateurs et des savants qui la composaient, et dont la plupart étaient d’origine britannique. Dans les commencements, cette société comptait un bon nombre de Canadiens-Français, et il n’y avait alors aucune autre association de ce genre à Québec.

Quoiqu'il ne prît pas une part active à la politique, ses sympathies, disons mieux, ses opinions très prononcées n'étaient un mystère pour personne. Il était patriote, comme on disait alors, et admirateur de M. Papineau et de son

xxviii FRANÇOIS-XAVIER GARNBAU,

parti. Lorsque se forma la première scission notable dans nos rangs, celle de M. Neilson, de M. Cuvillier et de M. Quesnel, M. Garneau resta attaché au parti de :a majorité, Dans les petites comédies publiées dans la Gazette de Québée, sous le pseudonyme d’un Ami du statw quo, le futur historien est raillé assez finement sur l’enthousiasme révolu: tionnaire qu’on l’accuse d’avoir rapporté d'Europe. #:

Dans son livre, cependant, il parle avec impartialité de ces événements, et paraît sdmettre que les fameuses quatre: vingt-douze résolutions, qui furent: la cause immédiate ‘dé cette première dissidence:et la cause éloignée de'nos deux insurrections, auraient pu être rédigées dinis ve ‘d'habileté et de modération.

Il y avait, au sein du parti, dès avant hé (quatre-vingt douse résolutions, de graves difficultés; dans le clergé'et: dans une partie de la députation l'on trouvait que M. Papineau allait trop loin: M. Garneau dit à ce:sujétr': !!

‘ Depttis quelque temps, M: Neilsoh, voyant l’entraînement de la majorité des représentants, s'était sépæré de M. Papineau, Plusieurs Canadiens influents, pluseurs mem: bres .de la chambre, ‘entre: autres MM. Quesnel et Cuvil: : lier, en avaient: fait autant. Ces hommes ‘éclairés, dont l'expérience et le jugement avaient un grand poids; réconnaissaient touté là justice des droïts réclamés par la maÿo rité; mais ils:oraignaient de risquer dans'une lutte pas’ sionnée cé qui avait déià été :obtenu: Lord Godérich avait : fait dés concessions et des réformes dont il’fallait lui tenir, compte, si Von faisait attention aux préjugés énra: cinés du peuple — Loan ce Fepl son aie e st catholique: ei Fe * Ces pétites nue TT très bien écrites, ont été gétribuées à à div V@Ises personnes. Dans une autre pièce, qui eh était la éontre-partie et. qui avait pour titre: Le Statu quo en déroute) on fait jouer leb rôles les plus insiguifiants précisément aux véritables auteurs ‘des écrits signés Un Ami du statu quo, c'est-à-dire. à MM; G.-B; Faribauitiét:: David Roy. Tous deux sont devenus depuis les,amis, intimes de M. Garneau, Le premier, bien connu par ses savantes: recherches, a. rendu pleine justice aux travaux de notre historion, et l’on # . plus loin que l8 second a été so collègue dans la rédaction d'un.

journal littéraire et scientifique.” ‘7 e

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