‹ François-Xavier Garneau [microforme]Chapitre 5 sur 16 · NIE ET 8ES ŒUVRES, : : xxix · texte numérisé non relu

NIE ET 8ES ŒUVRES, : : xxix

*“ La séparation de M. Neilson et de M. Papineau était un vrai malheur pour le pays. L'éloquence, l'enthousiasme de l’un étaient. tempérés. par le sang-froid et la modération. de l’autre, qui, d’ailleurs, étant d’origine écossaise, ne pouvait. être blessé personnellement de l’infériorité dans laquelle. on voulait tenir les Canadiens-Français, Tous deux avaient l’âme grande et fière. Tous deux étaïent des amis d’enfance; ils avaient toujoura.eombattu l’un à côté de l’autre pour la même cause, MM. Cuvillier et Quesnel (taient, de leur côté, des. hommes libéraux modérés, aimant leur pays et jouissant d’un caractère qui faisait honneur à leurs compatriotes.

‘M. Papineau, en se, séparant de tant d'hommes sages pour ge lancer dans, une lutte contre.l’Angleterre, ÊL cha: geait d’une grande responsabilité,”

Lorsque plus tard une seconde scission eut lieu, lorsque MM. Bédard, Parent, Caron, DeBartch.et ce que l’on appelait. le parti de Québec.ou, la, petite famille, abandonnèrent M. Papineau et grossirent le nombre des modérés, quelles furent les.opinions de M. Garneau® Il,est probable que le vif sentiment des injustices, commises par l’oligarchie ne lui permit guère plus cette fois, que la première, de sn livrer À des réflexions, comme, celles que l’on trouve dans l'Histoire du. Canada sur, les événements qui précipitèrent la crise, et mirent fin à notre constitution. Même à côté de ces réflexions, il y en a d’antres qui font voir que le jeune patriote, dat écouter beaucoup plus la logique du cœur que celle de l'esprit, aux approches de cette. lutte qui nous fit alors tant, de. mal et qui, cependant, a.6té comme la. sanglante aurore de nos nouvelles destinées, .… :.

On sent dans ces, pages le souffle de. Vinasrention, et. l’on peut juger des sympathies du témoin. de ces : événements, par l’indignation mal. contenue de historien. L’excuse est partout à çôté du -blâme, et,après cette lèc-: ture, malgré l'évidence nayrante du résultat, l'esprit hésite encore. L’astuce du gouvernement anglais et de ses agents, les pièges tendus à la bonne foi de lord Aylmer et de lord Gosford, et.par les dépêches du ministère anglais,.et par leur entourage dans la colonie, les sinistres projets de nos :

ennemis traditionnels, la violence de leurs journaux, enfin la réaction poussée trop loin par ceux des nôtres qui s’étaient convertis —un peu tard —à la modération, tout cela forme encore, à distance, comme autant de réponses aux reproches que l’on est en droit d'adresser à M. Papineau et à ceux qui le poussèrent ou le suivirent dans une voie si funeste.

Du reste, pendant toute la période qui s’étend de 1832 à 1845, M. Garneau ne fut guère connu du public que comme poète, et c'était alors dans ce pays un titre peu profitable, j'oserais même dire peu recommandable. Bien que le Répertoire national contienne des poésies de M. Viger et de M. Morin, qui ne sont pas sans mérite, ces hommes distingués les avaient publiées d’abord sous le voile de l’anonyme, et c'était alors l’usage presque général. Notre historien fut un des nremiers à signer ses productions de ses initiales, et quelquefois de son nom.

Il y a eu même, jusqu’à tout dernièrement, un préjugé contre la littérature du cru, et par suite, une grande timidité chez les écrivains. D’un autre côté, les hommes prétendus positifs, qui, à bien des égards, ne sont souvent que des hommes négatifs, ont toujours affecté, ici comme ailleurs, et plus encore ici qu'ailleurs, de considérer un brevet de capacité littéraire comme l'équivalent d’un brevet d'incapacité politique, professionnelle et ‘ädministrative. M. Garneau, qui avait besoin de gagner la vie de sa famille dans des carrières où des aptitudes de plus d’un genre étaient requises, avait donc un double mérite à braver l’un et l’autre préjugé: le préjugé littéraire et celui que j’appellerai anti-littéraire. Un coup d'œil rapide sur les deux premiers volumes du Répertoire national,* donnera une idée du mérite relatif des poésies de M. Garneau, car la critique, pour être juste, doit se reporter à l'époque où les œuvres qu’elle étudie ont été publiées.

Le travail de formation d’une littérature est toujours intéressant; mais vu à distance, il laisse aux productions

* Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne, compilé et publié par J. Huston. 4 vol. in8. Montréal, 1848-1850. Lovell.

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de la pensée humaine les plus vigoureuses et les plus puissantes, quelque chose d’incertain dans la forme, de disparate, d’incohérent, d’inachevé. Et c’est le cas même lorsqu'il s'agit d’une littérature qui parle dans un pays nouveau une langue parvenue à son plein développement, à son apogée, dans la vieille contrée où elle s’est formée. Telle est l'impression qu'ont produite en Angleterre les premiers livres publiés aux Etats-Unis, et il a fallu tout le talent et toute l'originalité de Washington Irving et de Fenimore Cooper pour en triompher.

Dans les deux premiers volumes du Répertoire, qui contiennent toutes les poésies de M. Garneau, on peut suivre le progrès de la forme chez nos écrivains et particulièrement chez les poètes. Assez singulièrement c’est dans les pièces où l’on remarque le plus d'originalité et de vigueur, que se trouvent le plus de vers faibles à côté de vers bien frappés, le plus d'expressions triviales ou bizarres, de chutcs prosaiques.

On pourrait diviser les poètes de la première moitié du Répertoire national en trois catégories : la première se composerait des classiques, comme Michel Bibaud, imitateurs plus ou moins heureux de la poésie du dix-septième siècle; la seconde, d’un groupe qui procède de la littérature de la fin du dix-huitième siècle et de celle de l’empire, et dont M. Joseph Quesnel serait la figure principale; enfin la troisième comprendrait ceux qui ont plus ou moins subi l'influence de l’école de 1830, et MM. Turcotte, Réal Angers, Barthe, Derome et Garneau en seraient les meilleurs types. Il faudrait rejeter dans une quatrième catcgorie M. Joseph Lenoir et quelques autres plus décidément romantiques et qui furent comme les précurseurs de la petite pléiade qui brille aujourd’hui.

M. Bibaud et en général les poètes qui se peuvent ranger autour de lui, ont peu d'originalité; mais sauf quelques vers durs, quelques archaïsmes, et aussi quelques expressions canadiennes dont je ne serais pas disposé à trop blâmer l’emploi, on trouve là une prosodie assez correcte, des alexandrins qui marchent bravement sur leurs pieds et marquent bien la mesure. x

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Du reste, comme l’a dit M. Isidore Lebrun dans son ouvrage sur le Canada, M. Bibaud a entrevu le parti que l'on pouvait tirer d’un pays neuf, d’une nature encore vierge; il a senti que ce qui lui manquait, c'était ce que l’on n’appelait pas encore de son temps, la couleur locale.

C’est avec raison qu’il se fait dire par un interlocuteur imaginaire :

“ Des bords du Saguenay peignez-nous la hauteur, Et de son large lit l'énorme profondeur,

Ou du Montmorency l’admirable cascade, Ou du cap Diamant l’étonnante esplanade.”

Le second groupe, dont plusieurs poètes étaient nés en France, comme M. Mermet et M. Quesnel lui-même, * a généralement traité des sujets légers, et semble une petite colonie d’agréables versificateurs qui continuent sur les bords du Saint-Laurent des vaudevilles, des ariettes, des madrigaux et des épigrammes cqmmencés sur les bords de la Seine. C’est surtout de leurs disciples que j’ai dit ailleurs: ‘“ De petits écrits anonymes, qui sans doute intriguaient beaucoup le public d’alors et faisaient les délices du cercle des initiés, de petites pièces de vers, des bouquets à Chloé, signés de quelque pseudonyme doux et transparent, et jetés d’une main timide dans la boîte aux correspondances, faisaient tous les frais de notre littérature.” f

Mais ce n’est pas seulement dans le Répertoire que se trouvent ces premières fleurs assez modestes de notre Hélicon, c’est dans les journaux, les magazines, les almanachs et surtout dans les albums des demoiselles, alors à la mode, dans des recoins de tiroirs avec des tresses de cheveux et mille autres souvenirs, qu'il faudrait les chercher. Mais hélas ! où sont les neiges d’antan ?

La muse patriotique ne date guère que de 1830; ses accents sont sincères et touchants, s'ils ne sont pas toujours entraînants; la tristesse, tout au moins la mélancolie forme la note dominante; les différentes phases de

-* M. Mermet a cependant traité quelquefois des sujets canadiens: sa pièce sur la victoire de Chateauguay a été souvent reproduite. + L'Instruction publique au Canada. 1 vol. in-8. Québec, 1878.

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notre politique #’y trouvent indiquées, et à part le mérite incontestable d’un bon nombre de ces productions, toutes, même en apparence les plus insignifiantes, ont une double valeur; d’abord au point de vue de l’histoire politique, ensuite au point de vue de l’histoire littéraire.

Chose assez remarquable, plusieurs des hommes politiques eux-mêmes qui ont charmé leurs loisirs en cultivant la poésie, ont choisi des thèmes tout différents et peuvent se classer parmi les poètes de la seconde ou de la première catégorie. M. Morin figure, au Répertoire, pour deux pièces seulement: la chanson ÆRiches cités, gardez votre opulence, qui a eu de la vogue en son temps, et une autre jolie pièce, la Baie de Québec.* M. Denis-Benjamin Viger a écrit quelques épigrammes bien tournées ; mais elles n’ont aucun caractère politique.

Je l’ai déjà dit, une forte proportion des poésies que j'appellerai patriotiques ou politiques, ont été publiées sous l’anonyme. Cette circonstance peut expliquer les imperfections que l’on y rencontre. Le sentiment de la responsabilité est comme l’œil du maître ; il voit ou fait voir bien des choses qui échappent aux autres regards. Et cependant quelques-unes de ces productions en disent plus que des volumes sur l’état de société qui les a fait naître.

Qui ne serait touché, par n étetipié des sentiments exp”imés dans ces vers, qui terminent une pièce anonyme intitulée Plainte et espoir, et publiée à la date de 1831 ?

“ Peuple isolé, qui n’as d’appui que toi, Que tes vertus et le dieu de tes pères, Peuple chéri, si, comme je le croi,

De tes malheurs un jour tu te libères,

Si d’Albion la justice enfin luit,

Redis ces vers que la douleur m’inspire ; Quand je serais dans l’étornelle nuit, Mon ombre encor reviendrait te sourire.”

* Une petite pièce intitulée le Berger malheureux est signée A. N. M., et indépendamment de la coïncidence des initiales, la tournure et l'esprit de ces vers me porteraient à les attribuer à M. Morin, qui, cependant, n'aurait eu à la date qu’ils portent is que seize ou dix-sept ans.

xxxiv FRANÇOIS-XAVIER GARNEAU,

La même teinte mélancolique se retrouve dans une autre pièce anonyme intitulée le Voltigeur, sous la rubrique de cette même année 1831.

“ Sombre et pensif, debout sur !a frontière, Un voltigeur allait finir son quart;

L’astre du jour achevait sa carrière,

Un rais au loin argentait le rempart, Hélas! dit-il, quelle est donc ma consigne ?

Un mot anglais que je ne comprends pas :

Mon père était du pays de la vigne;

Mon poste, non, je ne te laisse pas!

“ Un bruit soudain vient frapper son oreille : Qui vive. rien. Mais j'entends le tambour.

Au corps de garde est-ce que l’on sommeille ? L’aigle, déjà, plane aux bois d’alentour.

Hélas! dit-il, Et@sssosssssoss sovosssesonennses

“ C’est l'ennemi, je vois une victoire !

Feu ! mon fusil... Ce coup est bien porté; Un Canadien défend le territoire, Comme il saurait venger la liberté.

Hélas! dit-il, etC..ssssssss sens soso0000e

“ Quoi! l’on voudrait assiéger ma guérite ?

Mais quel cordon! ma foi, qu’ils sont nombreux! Un voltigeur déjà prendre la fuite ?

11 faut encor que j'en tue un ou deux.

Hélas! dit-il, @bC.ssssssssrrrosonee sossocsne

Un plomb l’atteint; il pâlit, il chancelle; | Mais son coup part, puis il tombe à genoux,

Le sol est teint de son sang qui ruisselle ;

Pour son pays de mourir qu’il est doux!

Hélas! dit-il, EC. sososssos

Ses compagnons, courant à la victoire,

Vont jusqu’à lui pour étendre leur rang. ;

Le jour déjà désertait sa paupière,

Mais il semblait dire encor en mourant:

“Hélas ! c’est fait ; quelle est donc ma consigne? Un mot anglais que je ne comprends pas ;

Mon père était du pays de la vigne;

Mon poste, non, je ne te laisse pas |”

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