SA VIE ET SES ŒUVRES, CXXV
abolit d’un seul coup toutes les anciennes lois civiles si sages, si précises, si claires, pour y substituer celles de lu métropole, amas confus et incohérent d’actes du parlement et de décisions judiciaires... N'était-ce pas renouveler l’at tentat commis contre les Acadiens, s’il est vrai de dire que la patrie n’est pas dans l’enceinte d’une ville, dans les bornes d’une province, mais dans les affections et les liens de la famille, daris les lois, dans les mœurs et les usages d’un peuple? Personne dans la Grande-Bretagne n’éleva la voix contre un pareil acte de spoliation et de tyrannie. On privait une population de ses droits pour une imamigration qui n’avait pas encore commencé.”
Le jurisconsulte Mazères, descendant d’une famille huguenote et qui se montra animé contre nous d’un fanatisme si persévérant, déclara plus tard que cette proclamation n'avait pas pu abolir les lois françaises, que c'était là une mesure à laquelle les prérogatives de la couronne ne suñfisaient point, et qu’un acte du parlement seul pouvait la rendre valide, Murray, nommé gouverneur général, de l’avis de son nouveau conseil, avait déjà rendu une ordonnance rétablissant les lois françaises pour tout ce qui avait rapport aux droits de propriété et aux successions.
Il dut, d’après les instructions royales, convoquer des représentants du peuple; ce qu’il fit sans exclure les catholiques. Seulement, il recula devant le dilemme qui s’offrit à lui lorsque ceux-ci, comme il devait s’y attendre, refusèrent de prêter le serment d’abjuration (test oath). Il ne voulut ni les admettre sans cela, ni constituer un parlement uniquement composé de protestants ; il ajourna donc indéfiniment l’exécution de la promesse faite par le souve. rain lui-même.
L'état de choses anormal que l’interprétation trop pe libérale du traité de Paris, et l'application trop rigoureuse et impolitique des lois de la métropole, faisait régner dansla colonie, révoltait à la fois le bon sens et l'honnêteté du nouveau gouverneur. Il ne voulut pas empirer la condi-. tion des anciens colons en les livrant pieds et poings liés à un petit nombre d'hommes qu’il avait su apprécier à leur juste valeur. C'était bien assez qu'il eût été obligé de les
xxvi FRAN(OIS-XAVIER GARNEAU,
exclure de tous les emplois, et de les faire juger par des jurés entièrement protestants. Croirait-on que les grands jurés dénoncèrent une fois l’existence de la population catholique comme un désordre social — ag a nuisance f [l n’y avait pas alors, tout compté, cinq cents protestants dans la colonie, et c'était les piètres représentants de cette infime minorité qui appelaient la proscription sur tout un peuple!
Cela étant donné, on ne sera point surpris d'apprendre que Murray eut maille à partir avec cette audacieuse coterie, et surtout avec les juges'que l’on avait envoyés d’Angleterre et avec quelques-uns de ses conseillers. Il fut énoncé et rappelé, et bien qu’il se justifiât complètement auprès du gouvernement, il ne revint jamais au Canada.
Deux événements importants s'étaient passés sous son gouvernement: l'introduction de l’imprimerie et du journulisme dans la colonie et la célèbre conspiration de Pontiac. M. Garneau n’a peut-étre pas assez insisté sur les exploits de ce héros sauvage, qui forment le plus étrange épisode de notre histoire. On ne saurait trop admirer le courage, l'astuce, la grandeur d’âme, l’habileté de ce chef, qui souleva contre l'Angleterre presque toutes les nations de l’Ouest, qui envoyait aux Canadiens des ordres et des menaces au nom du roi de France longtemps après que celui-ci avait abandonné ses possessions d'Amérique, qui prit le fort de Michillimackinac par le coup le plus hardi et le plus habile que l’on puisse imaginer, qui tint pendant quinze mois une garnison anglaise assiégée au Détroit, et qui enfin, vaincu et isolé, inspirait encore assez de terreur à ses ennemis pour qu’on le fit périr par trahison. La vie de Pontiac tient du poème épique et du roman, et le livre qu’elle a inspiré à M. Parkman a l'intérêt de ces deux sortes d'ouvrages. * ;
Ce fut un autre des compagnons de Wolfe, le général Carleton, qui remplaça Murray. Comme ce dernier, il avait une certaine sympathie pour les nouveaux sujets, et dès l’abord il ne fit pas trop bonne mine à l’oligarchie coloniale. Avec lui était venu un nouveau juge en chef et un
# Voir le premier volume des Canadiens de POucet, par M. ass,
8A VIE ET $8ES ŒUVRES. exxvil
nouveau procureur général, ce baron Mazères dont il vient d’être question.
Des plaintes de la part des Canadiens, auxquels s'étaient joints un petit nombre d’Anglais plus généreux probablement parce qu'ils étaient plus éclairés que la majorité des nouveaux venus, avaient été renvoyées au Bureau des plantations, et de là au procureur général et au solliciteur général. Les rapports de ces derniers nous étaient assez favorables, mais le gouvernement n’osa mettre à effet les recommandations de MM. Yorke et de Grey. C’était surtout dans l’administration de la justice que le besoin d’une réforme était urgent. Les catholiques étaient encore exclus de la magistrature, du jury et du barreau, quoique par une conression faite assez récemment, ils fussent admis dans certains cas à faire partie du jury et à plaider devant les tribunaux. Le droit civil français admis malgré l’ordonnance de George III dans les questions de succession et de propriété, venait sans cesse, sur toute autre matière, en conflit avec le droit anglais; faute de lois positives, et surtout faute de science véritable, les juges improvisés variaient sans cesse dans leurs décisions. Dans de telles conditions le casus pro amico devait se présenter souvent, et il va sans dire qu’entre l’ancien sujet et le nouveau, ce dernier était rarement l’amicus pour le juge anglais.
Carleton reçut donc l’ordre de faire faire une enquête rigoureuse sur l’administration de la justice. E:ie donna lieu à des rapports séparés du juge en chef Hey, du procureur général Mazères et du gouverneur lui-même; ce dernier, plus libéral que les deux autres, recommanda entre autres choses de conserver seulement le droit criminel anglais et de rétablir toutes les lois civiles françaises purement et simplement.
Ces rapports furent envoyés aux jurisconsultes officiels Marriott, Wedderburn et Thurlow. Il leur était en même temps recommandé de préparer un code de lois pour les nouvelles possessions de l'Amérique du Nord. Dans leurs travaux ils traitèrent la question sous toutes ses faces, surtout au point de vue de la religion catholique et dela langue française, qui étaient les deux grandes difficultés ; mais il
cxxviii FRANÇOIS-XAVIER GARNEAU,
ne paraît pas qu’ils soient entrés bien avant dans l'étude des lois ni qu'ils aient rien fait qui ressemblât à un projet de code civil ou criminel. Marriott se prononça pour l’extinction aussi prompte que possible de la religion catholique, et quoiqu'il vît l’impossibilité de faire disparaître immédiatement toute trace des lois françaises, il ne voulait les conserver qu’autant que la nécessité l’exigerait. Quelquesunes de ses recommandations étaient vraiment ma=hiavéliques, et M. Garneau flétrit son rapport en disant que c'était un long cri de proscription contre la religion, les loïs et Ja: usages de nos pères. Wedderburn et Thurlow prirent, le dernier surtout, le contre-pied des opinions exposées par leur collègue. Quelques-uns de leurs arguments se trouvèrent justifiés par les événements qui se précipitaient alors dans les anciennes colonies anglaises. Le gouvernement anglais prolongea ses enquêtes et ses indécisions jusqu’à l’année 1774, c’est-à-dire pendant une décade, car les plaintes avaient commencé immédiatement après l’établissement du conseil de Murray. Dans les derrières années deux requêtes avaient été expédiées, l’une signée par les protestants, qui voulaient un gouvernement représentatif, l’autre par les catholiques, qui demandaiïent un conseil choisi par la couronne, m.1s où ils seraient représentés comme les protestants. Ces derniers n’avaient pas demandé formellement l'exclusion des catholiques de l’assemblée ; mais ils avaient refusé de s'expliquer sur ce point. On savait qu’ils avaient des amis en Angleterre, que les lois de l’empire leur étaient favorables, et que tout était à craindre si l’on acceptait sans conditions le prétendu bienfait d’un gouvernement représentatif qui, dans cet état de choses, aurait pu être un engin d’oppression pius redoutable encore qu’un conseil nommé par la couronne.
Le résultat de toutes ces démarches, fut le bill proposé par le comte de Dartmouth. Il étendait les limites de ia province de Québec, conservait aux catholiques les droits que leur avait assurés la capitulation, les dispensait du serment d’abjuration, rétablissait les lois civiles françaises, confirmait l'introduction du droit criminel anglais et créait un conseil composé de dix-sept à vingt-trois membres
SA VIE ET SES ŒUVRES. cxxix
qui pourraient être indifféremment catholiques ou protestants. Adopté à l'unanimité par la chambre des lords, ce projet de loi fut dans la chambre des communes le sujet d’une enquête à la barre et de discussions qui sont restées célèbres dans les fastes parlementaires.
Cette session du parlement anglais fut encore plus remarquable par les débats qui eurent lieu sur les mesures coercitives que le ministère proposait contre les anciennes colonies, et par une de ces contradictions que les préjugés et le fanatisme expliquent à peine: c’étaient précisément les défenseurs des libéraux américains qui s’opposaient à ce que justice nous fût rendue. Il est vrai qu’ils attaquaient le projet de loi du ministère tory parce qu’on refusait aux Anglais du Canada les libertés inhérentes à la condition de sujet britannique; mais ils avaient deux poids et deux . mesures, et il était évident qu’ils ne voulaient pas de ces libertés pour les catholiques. Fox fut le seul parmi les whigs qui sut se montrer à la fois logique et généreux.
La ville de Londres s’émut et la requête qu’elle adressa au roi pour qu’il refusât sa sanction, donne une idée des haines religieuses à cette époque. Le même sentiment prévalut chez les populations protestantes d'Amérique, et George III ayant passé outre, les Anglais du Canada s’agitèrent et demandèrent la révocation du statut impérial, révocation que l’on tenta en vain de faire voter l’année suivante. Enfin les anciennes colonies, qui réclamaient la liberté constitutionnelle et s'indignaient de voir établir un gouvernement absolu tout près d’elles, se plaignaient également de la conservation de la religion catholique et des lois françaises, et cela dans des termes qui surpassaient en violence ceux dont s'étaient servis les fanatiques de Londres. Presque en même temps, le congrès adressait aux Canadiens une proclamation par laquelle il les invitait à partager avec les colonies révoltées les bienfaits d’une constitution libre, et chose assez bizarre, citait à nos bons habitants l'opinion de Montesquieu. Ce double jeu était trop apparent ; nos pères en général préférèrent l'autorité de La Fontaine à celle de l’auteur de l'Esprit des Lois, et
CxXX FRANÇOIS-XAVIER GARNEAU,
dirent aux Bostonnais comme le satyre du fabuliste au passant :
Ne plaise aux dieux que je couche Avec vous sous même toit!
Arrière ceux dont la bouche Souffle le chaud et le froid!
Cette partie de notre histoire est assez difficile à raconter; les documents sont rares, et la population paraît avoir été fortement travaillée par des influences contraires. *
La masse du peuple des campagnes, au début de la guerre, était assez indifférente, et beaucoup se laïissèrent soit gagner, soit intimider par les officiers de l’armée continentale, comme on appelait les troupes du congrès, ou par des agents que ceux-ci avaient eu le soin de choisir dans les deux populations anglaise et française.
Il y eut donc, pour la première fois, une scission parmi nos compatriotes; en quelques rencontres ils combattirent les uns contre les autres; bien qu’au début le nombre de ceux qui prirent une part active du côté des Américains fût assez considérable, à la fin de la campagne, les congréganistes, comme les appelaient ceux qui étaient restés fidèles au drapeau britannique, étaient clair-semés. Il est du reste à noter que c’est surtout aux milices canadiennes que furent dues la défaite d'Ethan Allen à la Longue-Pointe, et celle d’Arnold et de Montgomery sous les murs de Québec. La première de ces rencontres permit aux troupes anglaises de se retirer de Montréal, et au gouverneur Carleton de s'échapper de cette ville pour aller s’enfermer dans la capitale ; la seconde décida du sort de la colonie.
Le clergé, la noblesse de tout le pays, furent à l’abri de tout reproche. Ce fut surtout par les mandements et les exhortations de Mgr Briand qui, après beaucoup de diff- RME Ese BOB CREED EURE GRR EE SNS Soc
* M. l'abbé Verreau u publié, sous le titre /’Invasion, an volume de mémoires et de lettres, dont une partie seulement était connue de M. Garneau. Cette précieuse collection est à consulter par ceux qui voudront écrire une histoire particulière de la guerre de 1775. Ce n’est cependant qu'environ la moitié de l'ouvrage que M. Verreau a entrepris et dont la fin se fait trop attendre.
BA VIE ET sts ŒUVRES. Cxxxi
culte, avait enfin été appelé à la succession de Mgr de Pontbrrand, que les dispositions des populations rurales furent bientôt modifiées dans un sens favorabie à la nouvelle mère patrie. Somme toute, la conduite des nouveaux sujets, surtout dans la classe instruite, contrasta favorablement avec celle des Anglais, dont plusieurs prirent part ouvertement pour les rebelles, tandis que le plus grand nombre attendaient la fin, comme le dit M. Garneau, pour crier Vive le roi ou Vive la ligue ! La manière d’agir du général Carleton, sa popularité personnelle, l’acte de 1774 dont les dispositions étaient assez rassurantes en regard de la conduite maladroïite du congrès, furent pour beaucoup dans ce résultat.
Notre historien étudie avec soin les causes de tous ces événements, il rend compte à ses lecteurs des mouvements de l'opinion publique en Angleterre et en Amérique, et fait marcher de pair le récit des progrès de la révolution avec celui des complots qui se tramaient contre notre autonomie. Il donne aussi de très intéressants extraits d’une lettte anonyme qui fut adressée aux Canadiens par un de leurs compatriotes, pour les prémunir contre les écrits et les discours insidieux de ceux qui cherchaïent à les soulever contre la constitution de 1774, dans le but d’en obtenir une qui nous fût moins favorable. Cette lettre est fort remarquable ; on y trouve ainsi que dans les requêtes expédiées à Londres de la part des catholiques, et dans un mémoire que M. Garneau avait déjà reproduit, des vues très élevées et un coup d’œil presque prophétique sur nos destinées. Ces documents font voir que la colonie possédait : alors des hommes distingués, sachant exprimer leurs idées dans un langage à la fois sobre et énergique, et capables de revendiquer leurs droits. M.de Lotbinière était au nombre de ces hommes et ea présence à Londres, où il fut interrogé à la barre de la chambre des communes, avait produit un excellent effet.
La guerre de 1775, sans avoir rien de comparable à celle qui termina la domination française, ne manque pas d’intérêt. On n’y retrouve ui les grandes armées, ni les généraux habiles, ni les chocs retentissants de cette dernière;
éxxxii FRANÇOÏS-XAVIER GARNEAU,
mais elle est pleine de surprises, d'aventures et de coups de main hardis.
M. Garneau raconte et cette marche presque triomphale des Américains jusqu'à Montréal et aux Trois-Rivières, villes dont ils s’emparèrent facilement, et cette fuite précipitée de Carleton qui arriva dans sa capitale sous un déguisement et devant son salut à des navigateurs canadiens, et cette expédition hardie et téméraire d’Arnold qui amena à travers forêts, rivières et montagnes, par le Maine et la Beauce, un ;etit corps de miliciens mal armés et mal équipés, opéra sa jonction avec les troupes qui descendaiïent de Montréal, et vint camper avec elles sur les Plaines d'Abraham. Ce quatrième siège de Québec semble une parodie plutôt qu’une répétition des deux derniers; mais le sort de la colonie fut cette fois encore, au moins en apparence, le jouet du hasard, et il s’en fallut aussi peu que le Canada ne devînt républicain qu’il s’en était fallu qu’il ne restât français.
L'armée assiégeante se composait à peine de mille quatre cents hommes; le siège ne pouvait donc étre une opération militaire sérieuse. On tenta un coup de main, et dans la nuit du 30 au 31 décembre, tandis que deux attaques simulées se faisaient sur les remparts de Québec et sur la citadelle du côté des plaines, deux colonnes qui s'étaient donné rendez-vous sur le marché de la basse ville, s’avançaient l’une par le faubourg Saint-Roch, près de la rivière Saint-Charles, l’autre par la rive du Saint-Laurent, non loin de l’endroit où Wolfe avait opéré son débarquement. La première était commandée par Arnold, l’autre par le général en chef Montgomery.
Quel tableau que celui de cette froide nuit, l’avantdernière de l’année, où de tous les côtés l’alarme est dans la ville, où le tocsin sonne, où l’on bat la générale, tandis qu’une vive fusillade règne sur presque toute la ligne des fortifications, du côté de la campagne, et sur les remparts au-dessus de cette partie de la basse ville que l’on nomme Saut-au-Matelot, En ce dernier endroit, onu se dispute le terrain pied à pied, prenant et reprenant les barricades et les maisons, les Américains et les royalistes
BA vtk mt sbs ŒUVRES. Ckxxiii
étant quelquefois mélés et se confondant dans les ténèbres! Dambourgès, le colonel Naïrne, le capitaine Dumas et plusieurs autres se distinguèrent dans cette lutte corps à corps; les élèves du séminaire de Québec y eurent aussi leur part de gloire. Mais l’acte le plus étrange de ce drame multiple est sans doute celui dans lequel Montgomery périt à la têt ‘is troupes qui donnaient l’assaut à l’autre extrémité de la ville basse, à l'endroit appelé Près-de-ville, surtout s’il est vrai, comme le dit le manuscrit de Sanguinet, que tandis que la panique s'emparait de la colonne américaine, la garde elle-même s’enfuyait de son côté, après avoir fait cette meurtrière décharge de mitraille qui, plus qu'autre chose, décida du sort de la guerre. Montgomery tué, Arndld blessé, un grand nombre d'officiers et de soldats faits prisonniers, tel fut le résultat des deux combats. L'armée américaine diminuée et affaiblie se maintint cependant jusqu’au printemps sur les Plaines d'Abraham. Carleton, se rappelant ce qui était arrivé à Montcalm et au général Murray, la laissait s’épuiser par la maladie et attendait des renforts d'Europe pour l’attaquer.
Précisément comme dans le cas du chevalier de Lévis, ce fut l’arrivée d’une flotte anglaise qui détermina le général Thomas à lever le siège. Carleton le poursuivit dans sa retraite. Bientôt Montréal fut évacué, non sans qu'il se fût livré un combat assez important près des Trois- Rivières.
Ici M. Garneau reproduit les arguments dont se servent ceux qui, d’une part, prétendent que nos pères ont commis une erreur en refusant les propositions des Américains, et ceux qui, de l’autre, les louént d’être restés fidèles à l’Angleterre. Sous l'impression que causait encore, à l’époque où il écrivait (1847-48), la passation de l’acte d'union, in:pression aggravée par la conduite de lord Metcalfe, et aussi sous l'influence des craintes qu'il avait toujours au sujet de notre nationalité, il se borne à la conclusion menaçante que l’on va lire.
“ Nous nous abstiendrons, dit-il, d'apprécier ici la valeur de ces plaintes, échos sourds mais siguificatifs des sentis
exxxiv FRANÇOÏS-XAVIER GARNEAU,
ments d’un peuple que sa nationalité a fait et pourrait encore faire proscrire. Nous laissons cette tâche à la postérité, qui pourra trouver dans la suite des faits qui se développeront graduellement, de quoi former son opinion sur un événement dont les conséquences seront peut-être plus fâcheuses pour la domination britannique que pour la conservation des Canadiens |?” *
Le congrès avait mis un certain acharnement à vouloir s'emparer du Canada. Il avait envoyé à Montréal des commissaires : Franklin, Chase, Carroll, et le frère de ce dernier, le célèbre jésuite, qui devint depuis archevêque de Baitimore.f C’étaient bien les hommes les plus éminents qu’il pût choisir, et ce fait montre quel prix les États révoltés mettaient à notre conquête. Les lettres, les proclamations ne furent pas épargnées, mais sans résultat. Si les défections eussent été plus importantes et plus générales, c'en était fait de la puissance britannique sur ce continent. M. Garneau a donc raison de dire que pendant une année au moins nos pères furent les arbitres de nos destinées.
Ce fut ensuite aux Anglais à prendre l'offensive, mais ils n’y furent pas heureux non plus que dans la guerre qu’ils faisaient dans le Sud. L’inepte et présomptueux Burgoyne vint échouer à Saratoga, et ce désastre hâta de beaucoup te triomphe de la cause américaine. Sur huit mille hommes dont se composait son armée au début de la campagne, il n'avait que cent quarante-huit Canadiens, qui furent presque tous tués; cependant il lui plut de rejeter sur nos compatriotes la responsabilité de son insuccès. t
En 1778, Carleton fut remplacé par Haldimand, vx dos
* Cette phrase ne se retrouve pas dans la 8° édition de l'Histoire du Canada,
Ces personnages habitèrent, paraît-il, quelque temps l’ancien hôtel du gouvernement, Voyez l’histoire de cet édifice par M. Verreau. 1° volume du Journal de l’Instruction publique. |
f Le Canadien, né malin, quoiqu'il n’ait pas créé le vaudeville, chansonnait souvent les généraux qui ‘ui déplaisaient, Du nom de Burgoyne, il fit un verbe. £e faire bourgogner voulut dire: se faire rosser d'importance,