PRÉFACE, IX
mouvemens de l'âme se compriment, gênés par b décorum étroit des salons et l'uniformité décolorée de nos usages.
Oh ! les belles chances de succès que nous offre ce remaniement général des sentimens de l'âme L. Mais avant tout, respect à nos maîtres. Jeunes gens que nous sommes, inclinons-nous devant les grands génies qui nous ont dotés d'un théâtre si riche, si beau, si noblement, si admirablement régulier!! Hommage à Molière, à Corneille, à Racine, à Vol* taire, noms que tout Français ne devrait pas prononcer sans un tressaillement d'admiration et d'orgueil. Ne l'oublions point; autrefois, avant d'entrer dans la lice, les athlètes saluaient les statues de leurs devanciers placées sous des portiques, et ne les insultaient pas.
Ceci est le commencement de la profession de foi dramatique que m'ont demandée quelques journaux. Je vais achever de la faire ici en peu de mots et avec franchise.
Je crois à la perfectibilité de l'espèce humaine, je crois à la perfectibilité des arts, je crois donc l'art dramatique susceptible de modifications inépuisables. Or, tout perfectionnement me semble impossible sans la liberté; en effet, dès que l'imagination est enchaînée, elle s'épuise en vagues et stériles efforts ; ce n'est plus l'imagination. Attachez, dans un parc, un jeune aigle à un poteau;