ACTE I, SCÈNE V
s^Ss
Qu'a donc Léonard? comme il est agité! on dirait une ame en peine.
AMANDA
Est-ce que tu ne devines pas ce qui le tourmente?
FBASÇOISE.
Ma fui ! non.
PALMIRE
Tu n'en as aucune idée?
FnANÇOlSE.
Aucune.
PALMIRE
Cest singulier !
LÉONARD, à part.
Je donnerais dix ans pour être plus vieux de cinq minutes.
Est-ce qu'il a perdu la parole?
AMANDA
Non, mais il craint de s'en servir... il nous a priées de parler pour lui.
FRANÇOISE, riant.
Vous en êtes bien capables, et il ne pouvait pas mieux s'adresser... voyons.
lÉONARn , piéllnanl.
Je suis sur des charbons ardents!
AMAUDA.
Léonard t'aime. -
PALMIRE
Et voudrait t'épouser.
C'est là ce qu'il vous a chargées de me déclarer ?
LEONARD, avec explosion.
Et ce que je confirme de vive bouche devant vous, devant le maire et devant le curé (|uand on voudra.
l'n instant, mon garçon... lu vas trop vite!
LÉONARD
C'ist que je suis furieusement pressé.
FRANÇOISE, ae levant pendant que ses sœurs ôlent le fouvcri.
Ecoute : tu as envie de me prendre pour femme... c'est très bien... je suis sensible au procédé... je t'en remercie... mais je ne peux pas te convenir...
Pour(|uoi ?
Parcequc...
Mais encore...
FRAKÇOISE.
Tu sais que je me destine au théâtre...
LÉONARD
Kh bien ! ça n'cmpéclie pas...
Non, mais c'ist un éial bien scabreux... Les planches sont glissantes... et les quinquets, ça
brûle... on est exposée aux déclarations, aux billets-doux et aux gentillesses de la médisance...
LÉONARD
B.Tth!... f|uand on ne lui donne pas à mordre...
Elle mord tout de même... le monde ne croit p.is à la vertu dans les coulisses... ça lui parait déplacé. Il nous donne des amants, même quand nous n'en avons pas ; ce qui est cause que, parmi nous, il y en a fort peu qui s'en privent... et celles-là, encore, c'est qu'elles sont laides ou qu'elles sont bêtes.
LÉONARD
Et je sais bien que vous n'êtes ni l'un ni l'autre, et alors... non , je dis une bêtise.... je veuxdire seulement que vous êtes incapable...
Qu'en sais-tu?
LÉONARD
Que vous ne pouvez jamais avoir eu d'inclination.
Ça ne te regarde pas... Enfin, je dis que quand on se destine an thé.itre , c'est comme pour le couvent... il faut renoncer au mariage... et si jamais il me prenait envie d'en essayer, ce sera quand j'aurai trouvé un mari tout-à-fait à ma convenance, d'une foi robuste, d'une confiance surnaturelle, qui ne croira même pas ce qu'il aura vu quand je lui dirai que ce n'est pas ça.
LÉONARD
Justement... je suis voue homme... sourd et aveugle... qu'est-ce que vous avez à répondre?
D'abord, que lu te flattes , que tu n'es pas sur il'avoir toutes les qualités dont tu te vantes... et moi, il me faut une certitude... ensuite, nous n'avons rien ni l'un ni l'autre , pas même du talent.
LÉONARD
J'en aurai un jour!
Je l'espère bien ; mais avec «pioi vivronsnous en attendant? Tu as encore mantuié cette année le |)rix de violon.