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Mais nul son n’émeut la dalle muette :
Seul, le craquement triste des vitraux
Sous les gouttes d’eau que le vent fouette ; Et tandis qu’il gronde autour des créneaux, L’orage envahit son âme inquiète.
Vertige sacré de ceux qui s’envont,
Le délire approche, et dans sa prunelle Allume l'éclair, et met sur son front De vagues reflets de l'aube éternelle Où l’âme bientôt verra jusqu'au fond.
Ses bras agités chassent des fantômes,
Et sa voix s'élève, éclate et frémit
En des cris d'appel, en des chants de psaumes, En accents plaintifs où vibre et gémit
L'écho précurseur des mortels symptomes.
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La grêle au dehors verse avec fracas
Ses torrents glacés sous la nuit sans lune ; La foudre, tantôt sonne comme un glas, Et tantôt crépite et court sur la dune Comme un rire amer aux cruels éclats.
Et toujours la fièvre autour de sa proie Tisse plus serré le brûlant réseau, Toujours alourdit le poids qui la broie ît fait plus intense, et rive au cerveau La vision sombre ou son œil se noie,
1mes,
“ Guido, cruel maitre et cœur sans merci !...” Mais Berthe soudain, d’un effort suprême,
Se dresse en fixant le seuil obscurci…
Et Guido paraît, chancelant, tout blême, Déchiré, livide et d'horreur transi.
Dés qu'il aperçoit l'épouse mourante, Haletant d'angoisse, il s’est élancé :
Mais elle, élevant sa voix délirante, Terrible, lui crie : Arrière, insensé ! ” Sa main le repousse avec épouvante…
“Non ! n’approche pas ! car j'ai tout appris ! ‘ Le crime est sur toi ! je vois son stigmate
“ Qui grave ton front d’un sceau de mépris, ‘ Et l'enfer étend son ombre apostate
‘Au fond de ton cœur par le mal surpris !
“ Car la mort, hélas ! lève tous les voiles ; ‘ Et moi, déjà morte, en ce val maudit ‘Où Satan trama ses horribles toiles,
“ J'aperçois encor ta main qui brandit
‘ Le Signe sacré contre les étoiles !.…
Je vois, 6 douleur ! les divins fragments Pleuvoir dispersés comme pleut la neige !
Le vent les emporte en ses sifflements ;
‘ La troupe damnée au loin les assiège ‘Et les foule avec des rugissements 1...
‘ Guido, qu'as-tu fait du Corps de ton Maître ‘ En tes mains livré par excès d'amour ?
‘O l’affreux dessein et l'audace d'être
Pour cette colombe un âpre vautour,
Pour ce doux Sauveur une âme de traître !
‘Or, j'ai prié Dieu que de ton forfait
“ Il me fit porter la trop juste peine :
J'ai voulu la mort ainsi qu’un bienfait ‘* Pour fermer, Guido, l’ardente géhenne # Qui de t’engloutir déjà triomphait.
“ C'est bien ! je boirai le mortel calice.
“ Adieu ! tous les vœux, tous les pleurs sont vains...
‘ Mais écoute encor ce que la Justice “ Qui règne, immuable, aux conseils divins ‘“ Veut pour épargner ton âme complice.
‘“ L'Hostie en poussière, au creux du vallon, ‘* Restera mêlée à l'herbe touffue :
Mais nul élément, soleil, aquilon,
‘ Souffle de la mer, torrent de la nue,
“Ne la détruira sous son dur talon.
‘ Rien n’en dissoudra la moindre parcelle, ‘Et toi, si tu veux fuir l'affreux danger
“Et voir du pardon iuire l'étincelle,
“Tu dois recueillir, jusqu’au plus léger, “Tous ces saints fragments que l'ombre recèle.
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“ Dans chaque repli, dans chaque hallier, “ Dans chaque sillon de la plaine immense “ Tu les chercheras tous, jusqu’au dernier, “ Avant que pour toi le Dieu de clémence “ Daigne du salut rouvrir le sentier.
“ L’effort sera long et la peine ardue ;
‘“ Tes jours s’useront en de vains labeurs, “ Tes nuits pâliront sur l’œuvre assidue :
“ Seuls le repentir et ses divins pleurs “Te feront trouver la Perle perdue
lon,
“ Je meurs ! Dieu se venge !”
Berthe s’agita dans l'ombre fa
L'œil illuminé d’un rêve flottant ;
Et puis, toute voix se tut sur sa bouche
Et la mort emplit son cœur haletant.
le.
.… Encore un instant rouche,
Or, Guido ployait sous 1’ Cinglant sans pitié ses a Mais son âme en deuil Et pas une larme aux b Ne vint cette nuit moui
âpre lanière mers regrets :
resta sans prière aumes secrets lier sa paupière,
recèle.
Nuiis d'étoiles, routes blanches, Gais carillons dans le ciel, {roide bise dans les branches.
Minuit sonne : c'est Noel !
Temples brillants de lumières, Cierges et fleurs à l'autel ; Voix entonnant des prières ; Encens au chœur : c'est Noel !
Jésus, sur la paille fraîche, Couvé par l'œil maternel ; L'âne soufflant à la crèche D'un air grave : c'est Noel !
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L'Hostie, en de nouveaux langes
Enveloppant l'Eternel,
Et le Gloria des Anges
Sonnant vainqueur : c'est Noel !
Grand feu dans les cheminées,
Chansons, vin, gâteaux de miel,
Petits bas pleins de dragées ;
Baisers bruyants : c'est Noel !
La joie, aux cœurs qui défaillent
{leurissant l'hiver cruel,
ET les berceaux qui tressaillent :
Chez nous, c'est cela, Noel !
J.-B. Lagacé.
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