‹ Fran©ois Buloz et ses amisChapitre 101 sur 173 · F. BULOZ A LA COM ED I E - FRANC AIS E · texte numérisé non relu

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est un peu comme le gouvernement constitutionnel, d'abord parce qu'il a un roi qui règne et qui ne gouverne qu'à moitié, ensuite parce que tout le monde se croit le droit d'y gouverner par ses conseils. » Cette observation paraît donner la note exacte concernant l'état du théâtre en 1838 même.

Lorsqu'il y a désaccord entre les comédiens et le Commissaire, celui-ci a la faculté d'adresser un rapport au ministre, on en réfère alors à la Commission des théâtres, et au besoin au Conseil d'Etat; mais ce moyen est peu employé, et seulement en dernier ressort. Pas plus au Théâtre qu'à la Revue F. Buloz n'aimera les procès, il préférera arranger les choses à l'amiable, et quelquefois il y parviendra. Avec les auteurs, sauf avec A. Dumas, il n'aura pas d'ennuis, ou guère; les vraies difficultés viendront des acteurs, qui, d'ailleurs, ne s'entendent pas entre eux. Notons que les directions précédentes se sont heurtées aux mêmes écueils, ont constaté les mêmes abus, et pour la répression de ces abus, ont rencontré des difficultés semblables. De concessions en tolérances, on en était arrivé pourtant à une désorganisation telle, qu'il ne fut pas dans le caractère de F. Buloz de la supporter davantage.

La direction de F. Buloz fut longue : il resta dix ans à la Comédie, succédant à Jousselin de la Salle et au baron Taylor. Après lui, Lockroy

ne fit que passer; la direction tomba aux mains de Seveste, régisseur général ; elle fut confiée ensuite à Arsène Houssaye, avec des pouvoirs nouveaux. Après sept ans de direction, A. Houssaye fut remplacé par M. Empis.

Voici sur le Théâtre-Français, à ces époques troublées, l'opinion d'un contemporain, consignée dans ÏAveniî' du 3 avril 1831. L'article est signé Y, et cet Y n'est autre que le comte de Vigny. Il nous donne en quelques lignes un aperçu intéressant de notre première scène française, sept ans avant que F. Buloz fût chargé de sa réorganisation par M. de Montalivet, qui désirait voir reprendre au théâtre son éclat et... la première place. La tâche ne sera pas légère, qu'on en juge :

« Je ne vous dirai qu'une chose du premier Théâtre-Français, c'est qu'il est le dernier. Il doit cela à ses dissensions intestines, il porte la peine de ses haines d'acteur à acteur, de sociétaire à sociétaire, des intrigues inouïes de comédiens contre les pièces même qu'ils jouaient, et qui les alimentaient... Depuis neuf mois des hommes de beaucoup de talent (car le théâtre en compte un grand nombre qui possèdent un ensemble introuvable ailleurs), sont réduits à vivre des ressources étrangères à leur bel art, qu'ils ont trop oublié pour le métier. Mademoiselle Mars est malade, ou veut l'être, et semble avoir désespéré du salut de cette République aristocra-

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tique, etc. » A la suite de cet article * et en note, voici de piquantes précisions : « Cette année est l'une des plus sombres de l'histoire du Théâtre- Français. Les recettes étaient tombées à leur plus simple expression. {Le Distrait et la Fausse Agnès, huit actes : 100 fr. 80 ; Manlius et Hnlrigue épistolaire, dix actes : 85 francs... Tartuffe qX le Legs, 75 francs.) c La part était devenue une fiction » et il avait fallu faire des réductions sur toutes les dépenses. Michelot s'était retiré le l^"" avril; mademoiselle Mars refusait son service^ et voulait prendre sa retraite; Samson demandait la résiliation de ses engagements sociaux et, « pour donner du pain à ses enfants », acceptait l'engagement que lui offrait le Palais - Royal... ; la situation peut se résumer par ce mot de Samson : (( La misère dans le présent avec l'incertitude -dans l'avenir »^.... Evidemment, le tableau est morose.

Certains ont déclaré que la cause du mal était la pénurie de bons auteurs nouveaux, et Mirecourt, dans une métaphore hardie, n'a pas craint d'affirmer : « Enveloppés dans leurs langes classiques, les vieux auteurs buvaient toujours au biberon d'Aristote, sans comprendre que cet éternel berceau devenait leur tombe. » Vinrent les romantiques, et le même Mirecourt déclara

1. Reproduit dans la Correspondance d'A. de Vigny, reencillie par Emme Sakellaridès. Appendice. Calmann-Lévy, édit.

qu'ils avaient « sauvé la Comédie ». Cependant la Comédie, après le départ du baron Taylor, n'était pas « sauvée », et la bataille qui fut livrée autour à'Hernani, tout en rendant une animation, quelque peu tapageuse, au théâtre, ne pouvait faire cesser une situation établie depuis de longs mois. Situation qui n'était pas uniquement due à une cause financière d'ailleurs. Ce n'était pas que les finances fussent brillantes. Lockroy, qui succéda à F. Buloz en 1848, a dit qu'il trouva à la Comédie un passif de dix mille francs : cela n'est guère; mais il ne parle pas du passif que F. Buloz trouva lui-même dix ans avant? Nous en parlerons.

On a vu, par les lettres de madame Buloz à sa sœur, combien elle désirait la nomination de son mari au poste de Commissaire royal, nomination que M. de Montalivet avait promise à F. Buloz ^ Cette situation nouvelle fit, au directeur de la Revue^ beaucoup de jaloux. En huit ans, le compositeur de l'imprimerie du Cadran était devenu directeur des deux Revues les plus importantes, et Commissaire royal : les mécontents s'agitaient. Seuls, les littérateurs, auteurs dramatiques, qui collaboraient aux deux Revues se réjouissaient de cet état de choses, dont ils espéraient bien tirer quelque avantage. Mais avant d'imprimer une

1. H. Blaze a écrit : « Le ministre l'encourageait, séduit par cette idée de centraliser les deux gouvernements de la littérature aux mains d'un homme dont le gouvernement de Louis-Philippe appréciait les compétences variées. »

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