‹ Fran©ois Buloz et ses amisChapitre 103 sur 173 · A. Karr, Les Guêpes, janvier · texte numérisé non relu

A. Karr, Les Guêpes, janvier

Voilà le traité secret. Mais après le rapport de M. Empis, le roi accorde la remise de la dette, et réduit le loyer à 25 000 francs. Sur ces entrefaites, F. Buloz est nommé Commissaire royal. Que va-t-il advenir du traité secret et des conventions occultes? « M. Buloz, en qualité de Commissaire royal et de directeur de deux Revues, s'empare de l'autorité, et se croit assez fort pour braver M. Empis. »

Cependant A. Karr prétend que F. Buloz attend, au début, avant de rien décider, que le roi ait fait réparer la salle de la Comédie; mais une fois cette réparation faite : « M. Buloz donne libre cours à son ingratitude ! Le traité est mis de côté, ainsi que le répertoire de M. Empis. » Celui-ci invoque son traité, le théâtre reçoit même un commandement, le sommant de payer à l'auteur une somme de 1800 francs pour son répertoire! — Cette histoire n'est-elle pas divertissante?

La coutume des primes aux auteurs, admise alors à la Comédie, fut aussi le sujet de bien des luttes, et de bien des controverses. Sainte-Beuve en parle dans un article de 1839 sur la Littérature Industrielle * ; il écrit :• « Pour se les attacher (les auteurs) on a par exemple l'appât des primes : aussitôt une pièce de l'un d'eux lue et reçue, une somme est donnée, 5 000 francs, je crois, si la pièce a cinq actes, quand la pièce réussit. Quand

1. Sainte-Beuve, La Littérature Industrielle {Revue des Deux Mondes), 15 septembre 18.39.

F. BULOZ A LA COMED lE - FRANC AIS E. 211

les engagements se tiennent avec quelque fidélité, tout va au mieux, mais l'ordinaire n'est pas là. ))... Il y eut aussi la question du trafic des billets de faveur; autant d'abus que le Commissaire royal voulut réprimer, soutenu alors par le comité.

Je ne sais si j'ai suffisamment indiqué, au début de ce livre, la personnalité de F. Buloz pour faire comprendre ici l'indignation que tous ces gaspillages devaient faire naître en lui.

D'ailleurs, en nommant F, Buloz à la Comédie- Française, M. de Montalivet, qui connaissait la situation, savait qu'il nommait l'homme nécessaire aux réformes qui s'imposaient. Le nouveau Commissaire royal fut prévenu que sa mission serait difficile à remplir, mais qu'il « pourrait compter, le cas échéant, sur l'appui du ministère », et il est vrai que lorsqu'il le sollicita, cet appui, quoi qu'on ait dit, ne lui manqua jamais. Il y a plus : pour obtenir ce qu'on exigeait de lui, le ministère se rendit compte, dès 1840, de l'insuffisance des moyens dont pouvait disposer le Commissaire royal, et nous verrons que M. de Rémusat réunit les pouvoirs de Vedel, directeur démissionnaire, à ceux de F. Buloz, Commissaire; dès lors, celui-ci demeura seul administrateur de la Comédie, et, en 1847, ses pouvoirs furent étendus encore.

Malgré son caractère souvent rude, il ne faut pas s'imaginer le directeur de la Revue des Deux

Moide.'i à la Comédie comme un rigide champion du droit, bataillant du matin au soir : on serait loin de compte. Au théâtre il ordonnera moins qu'il ne conseillera, car il ne s'y sentira pas- le maître absolu, comme il l'est rue des Beaux-Arts. « Il se dédoubla, dit Blaze, et nous eûmes ainsi deux Buloz... Au fond, c'était un politique; M. Mole et M. Thiers qui l'ont pratiqué le savaient bien. »

« Quelle a été l'influence de F. Buloz sur la fortune administrative du théâtre? » demande un contemporain qui répond : « Il est parvenu à faire payer une dette de 60 000 francs qui remontait à 1838. — (Voilà donc lepassifqu'il atrouvé.) — Il a fait solder les dépenses occasionnées par la réfection de la salle en 1840, et cependant les chiffres en font foi, il aurait presque aujourd'hui, sans les absences de mademoiselle Rachel... (ce contemporain écrit en 1844) comblé le déficit qui grevait chaque année le budget du théâtre... Les divers budgets du théâtre, soumis au ministère, ne reposaient que sur une base incertaine, et les dépenses n'y figuraient que pour des sommes approximatives : telle année le chapitre des acteurs pensionnaires porté sur le budget pour une somme de 92 425 francs s'élevait en réalité à 102 000 francs; le chapitre des costumes et du magasin, arrêté à 22 000 ou 25 000 francs, dépassait souvent 40 000 francs, selon la pièce qu'on avait à mettre en scène, etc. » Le nouveau Commis-

Page 1