‹ Fran©ois Buloz et ses amisChapitre 110 sur 173 · Pontmartin, Souvenirs d'un vieux critique, voL IIL · texte numérisé non relu

Pontmartin, Souvenirs d'un vieux critique, voL IIL

Puisqu'il a été question aussi de Un Caprice, je voudrais parler ici d'une légende qui s'est établie à propos de cette pièce. Combien de fois ai-je lu ces mots : c< Madame Allan rapportait de Saint- Pétersbourg Un Caprice dans sa malle... quinze jours après son retour, elle créait à Paris le rôle de madame de Léry au Français*. »

L'histoire est tout autre. Il est évident que la situation de madame Allan, à cette date, ne lui eût pas permis d'imposer une pièce, et une distribution au comité, cette pièce fùt-elle un chefd'œuvre, comme Un Caprice. Non, Musset eut un bien autre allié dans la place, ce fut le Commissaire royal lui-même, qui rêvait depuis 1838 de mettre en scène les œuvres dramatiques du poète. Celui-ci n'écrit-il pas déjà à Mimouche, huit jours après la nomination de F. Buloz : « Buloz est nommé, il est donc décidé que nous allons faire le saut périlleux. » Cependant, au début, le projet de F. Buloz déplut : « La proposition fut froidement accueillie, dit Pontmartin, ne fallut-il pas même une modification considérable dans la constitution du Théâtre-Français en 1847, pour mettre à la scène la première comédie jouée d'Alfred de Musset, c'est-à-dire Un Caprice'^ » — Cette modification considérable, dont parle le critique, est celle que j'ai signalée déjà. Pendant ce temps,

1. C'est Gautier qui a dit aussi : « Elle apporta de Saint- Pétersbourg dans son manchon A. de Musset, inconnu en France comme auteur dramatique. »

madame Allan. ex-pensionnaire de la Comédie- Française *, se trouvait en Russie. Or, Un Caprice^ publié dans la Revue en 1837, fut traduit, et joué à Saint-Pétersbourg, dix ans après, et justement devant madame Allan, qui ignorait la pièce. Elle la trouva charmante, désira très vivement la jouer, et en demanda la traduction : « Peu s'en fallut, dit Paul de Musset, qu'on ne traduisît le Caprice dans la langue où il avait été écrite » On répondit à l'actrice que la pièce était française et que M. de Musset en était l'auteur. Madame Allan apprit le rôle de madame de Léry, et le joua à Saint-Pétersbourg avec un vif succès.

Cependant, Musset absent, consulté par F. Buloz sur la distribution éventuelle de Ln Caprice, répond : « Quant au petit proverbe le Caprice (je crois que c'est le seul jouable), faites ce que vous voudrez. Donnez-moi Brohan, et Judith, et GelTroy, si cela se peut. Je ne veux ni de Mirecourt ni de Maillart, je serai bientôt du reste à Paris... » Il pense à Brohan pour le rôle de la coquette, insiste sur ce point une seconde fois à la fin de sa lettre : « Il est bien entendu que le rôle qui s'appelle madame de Léry serait à mademoiselle Brohan ^ »

Sur ces entrefaites madame Allan revint à

1. Entre autres rôles, elle avait créé celui du Page, dans Henri III et sa cour, à la Comédie en 1828.

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