juillet
Mon cher Bocage,
Je m'empresse de vous répondre très catégoriquement que je désire beaucoup que la pièce de M. Ponsard soit jouée au Théûlre-Fran(;ais, veuillez le dire à M. Ponsard, et ajoutez que je ferai tous mes efforts pour que cela soit maintenant ; je ne dois pas vous le dissimuler, la seule difficulté à surmonter pour atteindre ce résultat, cesl votre engagement. En ceci encore, mais cela pour vous seulement, je n'hésite pas à vous répondre que je donnerai tout mon concours à surmonter cet obstacle, et j'espère que nous réussirons. Il s'agit donc d'être prudents, discrets et de me dire au juste vos prétentions; pour surmonter plus facilement la difficulté je serais d'avis que vous rentrassiez avant la pièce. Il faudrait dès votre retour travailler à faire faire votre engagement; il faudrait surtout que dès aujourd'hui M. Ponsard restât complètement libre avec tout autre théâtre, qu'il n'y eût aucun pourparler qui vînt gêner mon action, et faire dire que je cherche à dépouiller quelqu'un.
Quant à vos diverses questions de détail, pour Tune et l'autre affaire, voici ma réponse :
1° Je ne puis dispenser de la lecture au Comité, mais je suis sûr de l'empressement qu'on mettrait à accueillir M. Ponsard.
2o Je puis entendre la pièce chez vous ou chez moi, mais sans publicité, car, je vous le répète, si nous voulons mener les choses à bien, il faut du silence. Il faudrait même laisser croire que la pièce de M. Ponsard est encore bien loin d'être finie.
3» Je promets à vous et à M. Ponsard tout mon concours, sincèrement et loyalement.
4° Enfin la pièce reçue, je ne vois aucun obstacle
à ce que le Ihéàlrc la joue à l'époque dite. Cependant je ne puis être aussi formel à ce sujet à cause de la situation de mademoiselle Rachel * qui sera charmée, je n'en doute pas, de jouer la f^ièce. Nous travaillerons, en un mot, à tout réunir pour obtenir un grand résultat.
Voilà mes intentions, mais je vous prie, que tout ceci reste entre nous et M. Ponsard ^. Tout à vous.
BULOZ
23 septembre 1844 \
Que de mystères, que de précautions! que de silence !
A la suite de la lettre de F. Buloz, l'acteur s'adresse à Ponsard : ^
Je crois devoir vous envoyer cette lettre, mon ami, elle a été demandée pour nous deux. Renvoyezla-moi si vous voulez. Il n'y a qu'une difficulté, vous le voyez. Buloz est admirablement disposé pour vous. Quant à moi, je vous l'ai dit, c'est le diable. Il faut que j'entre avant. Ces gens-là ne me laisseront jamais mettre le pied chez eux, s'ils me voient un rôle. Ils m'aiment pourtant, disent-ils, mais ailleurs. Que dites-vous de cela? Quant à la question Rachel cela veut dire qu'elle est enceinte, et qu'elle naura peut-être pas fini à l'époque susdite.
1. Le fils du comte Colonna Walewski et de Rachel est né le 3 novembre 1844 : Alexandre-Antoine Walevsski.