Inédite
Vous ne trouverez donc aucun obstacle, je le savais bien. Vous lirez au Comité: Scribe lui-môme, leur dieu, lit. Mais la chose sera faite à l'avance. Quant à moi, je dois vous avouer que je ferai volontiers tout sacrifice d'intérôt pour vous que j'aime, pour jouer votre rôle, mais je ne ferai aucune démarche auprès de MM. mes camarades, j'ai été trop souvent repoussé...
Bocage ayant échoué, rendit fort injustement son ami F. Buloz responsable de cet échec, malgré la persévérance que celui-ci avait apportée à soutenir sa cause.
A propos du drame que F. Buloz demanda à Dumas pour la Comédie-Française lorsque l'auteur était en Italie, Dumas a conté dans ses iilémoires dramatiques, et de la façon la plus amusante, l'histoire de ses démêlés avec le Comité à cette date 1841. Ces démêlées ont trait au Mariarje sous Louis XV qu'il envoya à F. Buloz à la place du drame annoncé : engagements avec M. de Rémusat alors ministre, conditions dictées par l'auteur à l'homme d'Etat, rébellion du Comité, puis sa soumission, tout cela est admirablement mis en scène et pittoresque d'un bout à. l'autre. Mais voici la correspondance du Commissaire royal et d'Alexandre Dumas concernant le Mariage sous Louis XV : l'histoire est tout autre. Le rôle de l'auteur y est moins magnifique mais beaucoup plus sensé, et le rôle magnifique, c'est l'imagination de Dumas qui le
lui fait jouer. D'ailleurs, son histoire est bien plus piquante que la vérité.
Donc, voici la lettre que Dumas écrit en quittant la France :
15 mai 1840.
Mon cher Commissaire du Roi,
Je vous prie de présenter de ma part au Comité du Théâtre-Français les propositions suivantes :
Sur le point de quitter Paris pour huit ou dix mois, et ne pouvant, en mon absence, régler mes affaires avec la Comédie, je désire qu'elles soient réglées d'avance.
D'abord je remercie ]\IM. les Sociétaires de la remise* de Henri ///et de Christine, que je n'avais pas obtenue des différents directeurs qui se sont succédé à la Comédie-Française.
Puis je propose :
Un drame en cinq actes pour le mois de décembre.
De plus je désirerais traduire et imiter en vers Hamlet, Macbeth, elJules César de Shakespeare, afin que ces pièces prissent au répertoire la place des pièces de Ducis et de Voltaire que Ton joue peu ou point : par la raison — ce n'est pas moi qui donne cette raison, mais je l'ai entendue sortir de la bouche même de MM. les Sociétaires — que ces pièces ont vieilli.
Je ne demanderai bien entendu aucune prime pour ces traductions — seulement MM. les Sociétaires s'engageraient à les jouer dans les six mois du jour où elles seraient livrées, elles seraient livrées toutes les trois d'ici à dix-huit mois.
1. A. Dumas veut dire reprise, }e pense, ou remise sur l'afûche?
ALEXANU HE DUMAS. 231
J'aurais mon droit ordinaire de billet, voilà tout.
Si ces propositions conviennent à MM. les membres du Comité, ils n'ont qu'à mettre le mot accepté au bas de ma lettre, et me la renvoyer avec la signature.
La proposition de Dumas au Comité que j'ai sous les yeux est intacte, aucune acceptation et aucune signature après la sienne. Pourtant il y eut certainement un traité entre la Comédie- Française et Dumas, entre Dumas et M. de Kémusat, dit Dumas: il fera allusion à ce traité dans les lettres qui vont suivre. Mais plus haut, il faut le noter, il n'est pas question de pièce reçue à l'avance.
Quant au traité, reste à savoir comment il fut conclu. Dans ses Souvenirs dramatiques, Dumas conte que M. de Rémusat alors ministre, ayant entendu dire* que lui, Dumas, avait un projet de pièce en tête, l'invita à dîner et lui demanda cette pièce pour la Comédie-Française.
Dumas allait partir, alors le ministre bénévole :
« Je ne veux pas \ous encombrer au moment du départ, vous avez votre passe-port à prendre et vos malles à faire. Mais vous l'enverrez d'Italie, n'est-ce pas? «
Le jeune auteur y consent volontiers! Pourtant