‹ Fran©ois Buloz et ses amisChapitre 128 sur 173 · G. d'ileylli, Rachel et la Comédie-Française · texte numérisé non relu

G. d'ileylli, Rachel et la Comédie-Française

fat écoutée, puis acclamée par le public parisien.

Le 4 septembre, J. Janin alla entendre Rachel, elle joua Hermione, et pour lui, admirablement.

Voici ce qu'il écrivit dans son feuilleton des Débats, du 10 septembre : « Etudiez avec une attention sincère la plus étonnante petite fille que la génération présente ait vue monter sur un théâtre. Cette enfant, c'est mademoiselle Rachel... Cette enfant est petite, assezlaide, pointde poitrine, l'air vulgaire, la parole triviale. Je la rencontre l'autre jour, elle me dit ; « C'est moi que j'étais au G3^mnase. » A quoi j'ai dû répondre : « Je le savions. » Ne lui demandez pas ce que c'est que le vieil Horace ! Mais elle a mieux que de la science, elle a le souffle inspirateur, elle a la passion, elle a cette lueur soudaine qu'elle jette autour d'elle. . . » Et encore : « C'est une lame d'or dans un fourreau d'argile, un exemple admirable de ce que peuvent obtenir l'âme et le cœur dans les arts, indépendamment du « corps ».

Le lendemain de la publication de cet article, la recette de Rachel atteignit 1 304 francs. Le 24, le critique renouvelle ses éloges : « L'avez-vous vue, parcourant à grands pas la tragédie de Corneille? Elle est comme la pythonisse de Virgile! » L'élan était donné. « De proche en proche, l'enthousiasme se propagea comme l'étincelle électrique, et chacun s'empressa d'accourir vers le sanctuaire qui recelait la divinité ^ »

l.Vedel.

C'est vers cette époque que Rachel, déjà célèbre^ inspira l'enthousiasme le plus désordonné, on lui dédia des poésies, on lui consacra des brochures louangeuses, on lui chanta des hymnes : c'était la gloire. Il n'est pas indifférent de rappeler ici comment ses admirateurs célébraient Rachel à son aurore. Voici un échantillon de cette littérature : « Mademoiselle Rachel produit en ce moment l'effet lumineux d'un astre, qui secoue ses vives clartés sur des tombes. C'est un génie qui se promène dans le Père Lachaise de Melpomène, et crie à tous ces grands cercueils : Réveillez-vous y reprenez votre rang à ma voix puissante; le vandalisme de la tragédie antique a passé ! »

Mais il y a mieux, ces vers :

La fortune planant au-dessus de sa tête Des vagues du destin dissipa la tempête, Au chant religieux berceau de ses succès, Instruisit son génie à mûrir ses essais, Et, couronnant enfin son idole adoptive, Des milliers de chrétiens fit adorer la Juive ^ !

Au début de sa gloire, en octobre 1838, quelles sont les relations de Rachel avec F. Buloz, le nouveau Commissaire royal? Elles sont toutes cordiales : admiration, encouragement chez lui, reconnaissance, bonne volonté chez elle. Songez donc! Elle vient de débuter rue de Richelieu;

1. Bouquet offert à mademoiselle Rachel, actrice tragique aux Français, suivi de notices biographiques sur cette grande tragédienne surnommée la Merveilledu Théâtre, par P. Cuisin, chez Barba, 1839.

F. Buloz directeur de revues a de nombreuses relations dans le journalisme et parmi les auteurs, c'est un directeur à ménager. Mais plus tard, lorsque la jeune artiste aura pleine conscience de sa valeur et de'son génie, elle deviendra exigeante, capricieuse, intraitable. Pourtant ses résistances, ses rebellions même, ne lasseront pas le Commissaire royal; il exigera constamment qu'elle accomplisse les engagements de ses traités. Il l'augmentera rapidement d'ailleurs, et largement. iMais il refusera de la laisser maîtresse de diriger le Théâtre, suivant sa fantaisie, et Rachel désirera toujours la situation unique : jouer à sa guise, puis obtenir d'importants congés, consacrés, dit-elle, à son repos, mais en réalité occupés entièrement par les tournées du père Félix, — fructueuses, mais accablantes tournées. Voici les appointements de Rachel : Engagée à 4 000 francs à la fin d'octobre, son traitement fut doublé le mois suivant, elle reçut une mensualité de 1 000 francs, ce qui portait le tout à 20 000 francs ^

En 1841 Rachel eut vingt ans, et F. Buloz proposa au ministre d'attacher la tragédienne au théâtre en qualité de Sociétaire l'année suivante.

Théâtre-Français.

Monsieur le Ministre,

J'ai Thonneur de vous proposer, conformément à l'article 67 du décret de Moscou, d'admettre made-

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