‹ Fran©ois Buloz et ses amisChapitre 132 sur 173 · F. Buloz à Bocage. Inédite · texte numérisé non relu

F. Buloz à Bocage. Inédite

RACHKL. 273

engagement magnifique vient de m'être proposé pour la saison prochaine de 1842.

» Voilà, belle Emilie, à quel point nous en sommes. »

Rachel est heureuse, et « l'engagement magnifique » proposé pour 1842, elle n'aura garde de l'oublier.

Pendant son séjour de Londres, disons qu'il arriva à la tragédienne une assez plaisante histoire. Invitée à dire des vers pendant une soirée chez le duc de Wellington, elle y vint au bras d'un de ses amis, le comte D., qui lui servait d'introducteur, dans la haute société anglaise. Mais en arrivant, le comte, qui connaissait toutes les personnes présentes, s'étonna qu'on les eût invitées ce soir-là, « car, dit-il à Hachel, c'est très singulier : aucune d'elles n'entend le français ». Néanmoins l'audition de l'artiste eut le plus grand succès. Lorsque les bravos se furent apaisés, le duc de Wellington s'approcha de la tragédienne, et elle pensa alors, que son hôte, comprenant à merveille notre langue, la féliciterait en toute connaissance de cause. Mais le vieux duc lui confia : « Votre succès a été brillant, vous avez produit une vive sensation... que maintenant je ne puis partager, car depuis quelques années, je suis complètement sourd! »

On a dit que le duc de Wellington fut pris depuis pour Rachel d'une passion très intense. M. Fleischmann le note : « Ils vivaient tous

deux sur le pied d'une intimité qui fit jaser... ^ »

Pendant ce premier séjour en Angleterre, F. Buloz écrivit à sa pensionnaire une lettre affectueuse, dans laquelle il la félicitait de ses succès. La réponse de Rachel est du 15 juin :

Je nai pas douté un moment de l'intérêt que vous prendriez à mes succès. Je vous assure que j'en suis pleine de joie, pour le théâtre plus encore que pour moi-même. Croyez que je ne vois dans tous ces triomphes que de nouveaux encouragements pour me soutenir dans une carrière qui est désormais mon bonheur, ma vie. Vous désirez des plus grands détails, mais que puis-je vous dire? Chacune des représentations a été pour moi la source d'un succès incroyable. Hermione, Roxane, Camille, Marie Stuart, tous ces rôles ont été si vivement applaudis que je ne sais, en vérité, auquel l'on a donné la préférence. Je crois pourtant qu'Hermione a produit le plus d'effet. Cet effet me semble, au reste, bien senti chez les Anglais. On a tort de croire qu'ils ne comprennent pas bien, je suis surprise de la manière dont ils saisissent les nuances; il me semble souvent à tel passage d'un rôle que je suis jugée par ce public parisien qui m'a toujours comblée de tant de bontés. Les bouquets, les fleurs pleuvent sur le théâtre, on me traite en véritable enfant gâtée. C'est pour cela que j'ai renoncé au voyage de Marseille, voyage que les soins de ma santé me rendraient d'ailleurs trop pénible, mon médecin redoutant beaucoup les

Page 1