‹ Fran©ois Buloz et ses amisChapitre 142 sur 173 · V. Hugo et F. Baloz {le Temps), 27 avril 1914, déjà cité · texte numérisé non relu

V. Hugo et F. Baloz {le Temps), 27 avril 1914, déjà cité

furent vivement ressenties par elle, et l'exaspérèrent suffisamnient pour expliquer ce premier coup de tête, car ses démissions ne furent pas autre chose.

V^oici la lettre de démission de Hachel.

Messieurs.

Dans votre première lettre vous m'assurez que vous n'étiez animés contre moi d'aucune hostilité, et malo^ré le mauvais vouloir qui perçait à chaque ligne, j'ai encore voulu croire à vos protestations de bonne camaraderie.

Aujourd'hui vous ne cherchez plus à déguiser votre animosilé, et la lettre blessante que je reçois de vous, ne laisse plus de doute à cet égard; je n'essayerai pas de lutter d'esprit piquant avec vous, Messieurs, ni de répondre à votre aigreur par de l'aigreur. J irai moi-même au-devant de vos désirs, mais avant tout, permettez-moi de m'expliquer clairement.

Depuis huit ans que je suis à la Comédie-Française je n'ai rien épargné pour prouver à la Société mon dévouement, il m'est arrivé souvent de jouer malgré les ordonnances précises des médecins qui me soignaient et d'être, après avoir joué, dans un état plus qu'alarmant.

Vous me permettrez de penser que les recettes que je puis m'attribuer sans trop de vanité, n'ont pas nui aux intérêts de la Comédie, j'espérais donc que mon zèle serait apprécié. Il n'en est pas ainsi; je suis malade, très malade, et au lieu de marques d'intérêt, je reçois de mes camarades des lettres blessantes qui me bouleversent plus que je ne

saurais Texprimer, et qui rendent mon rétablissement impossible; ces lettres, je veux le croire, ne sont pas l'expression des sentiments de la Société, mais elles sont signées par cinq personnes dont j'avais le droit peut-être d'attendre un autre traitement.

Eh bien, pour vous satisfaire, et surtout pour me mettre à l'abri des émotions continuelles qui éloignent de plus en plus mon retour à la santé, je viens vous offrir ma démission: je quitte le théâtre, ne pouvant pas supporter plus longtemps des procédés qui répondent si peu à mon zèle, à mon dévouement, et aux services que je m'enorgueillis d'avoir rendu à la Comédie-Française.

Je ne pense pas même, que vous ayez le droit ou le désir de vous opposer à la résolution que l'injustice dont vous faites preuve à mon égard, me force à prendre; d'ailleurs, s'il y a lieu, les tribunaux jugeront nos droits, comme l'opinion publique jugera notre conduite réciproque.

Veuillez me faire savoir quelles sont les formalités nécessaires pour nous dégager mutuellement, et je m'empresserai de les remplir.

Recevez mes salutations.

RACHEL, Paris, le 23 septembre 1846 *.

« On ne s'arrêta pas à cette déclaration prématurée, dit M'- Marie, puisque Rachel était liée par son engagement pour dix ans, à compter du mois d'octobre 1838 », d'ailleurs, Rachel devant renouveler cette démission six mois après, il fut

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