‹ Fran©ois Buloz et ses amisChapitre 145 sur 173 · Voir à l'Appendice les pièces C^, C · texte numérisé non relu

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dame de Girardin, lui demande de lire Cléopâtrey et dit : « Le temps est sombre, mais il n'y a plus d'orage » ; elle semble dès lors disposée à jouer le rôle. Mais en septembre, elle tombe malade et écrit : « Je ne rentrerai aux Français que dans les premiers jours de novembre », et encore, ne jouera-t-elle qu'une fois par semaine. Mais elle ajoute, pour réconforter l'auteur, sans doute : « Cléopàtre va devenir ma seule compagne. Avec elle je pourrai penser, et j'espère qu'on pourra mettre votre œuvre en répétition vers la fin de novembre. M. Buloz l'espère, et moi je lui en ai donné la certitude. » La première représentation de Cléopàtre a lieu le 13 novembre, mais Rachel joue languissamment. C'est qu'en vérité, Cléopàtre est enceinte! — Quelle aventure M — On comprend que les représentations de la pièce de madame de Girardin fussent rares, il n'y en eut que treize : « raison de santé ! »

Voici donc Rachel éloignée encore de la Comédie. Le Comité se plaint derechef, et l'administrateur, vu la gravité d'une situation qui va se prolonger, écrit de nouveau au ministre, et lui parle, pour la première fois, de l'opportunité qu'il y aurait à consulter la Commission des Théâtres...

Pourtant, on aurait tort de croire que Rachel fut constamment en guerre avec le Commissaire

1. « Le second fils de Rachel et de A. Bertrand fut reconnu par elle, et non par le père. » (Fleischmann.)

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royaP. Après les batailles, venait la paix armée. Pendant ces armistices, les deux combattants semblaient au mieux.

Rachel venait même quelquefois dîner à la Revue chez son directeur. Elle y vient encore en janvier 1848 — elle y dîne avec Alfred de Musset, Delacroix, Ampère, J. Janin, Mérimée, le comte de Saint-Priest, L. Vitet, Pontmartin. A la Revue, ce soir-là — luxe inouï, — on étrenne un lustre et un tapis neufs! Pontmartin le note : « Un lustre! il eût suffi des convives pour suppléer aux luminaires! » Ligier, en tournée à Reims, avait envoyé du vin de Champagne, et Rachel dit : c< C'est pour se faire mousser! » On trouva le mot charmant... Rachel est de bonne humeur, pourtant elle attaque madame de Girardin, en la personne de Clêopâtre : Ingratitude! (On venait d'interrompre les représentations, car Rachel allait accoucher d'un moment à l'autre.) Comme on la complimente... de son rôle, elle répond : « C'est l'œuvre d'une femme d'infiniment d'esprit. Mais c'est faux comme un jeton. On me dira que Corneille et Racine ne sont pas plus vrais... Quelle différence! je suis trop ignorante pour la définir; pourtant, je la sens, messieurs? aidezmoi.

— C'est la différence entre le faux et l'idéal? — suggère Ampère.

1. Voir à ce sujet, aux Archives de la Comédie, la correspondance de F. Buloz et de Rachel, F. 3 200, etc.

— Justement! etc. * ».

Néanmoins, en février, il est convenu entre le ministre et l'administrateur, que la Commission des Théâtres, présidée par M. Edmond Blanc ^, conseiller d'Etat, sera consultée, et qu'un rapport de F. Buloz (sous forme de lettre, comme les deux autres) et résumant succinctement la situation, sera communiqué à la Commission.

« M. Buloz rédigea donc sa plainte... M. le comte Duchâtel reçut le document, et le transmit au Conseil d'Etat. Là ce fut M. Edmond Blanc qui fut chargé du rapport destiné à faire droit à l'exposé de situation, et à y porter remède ^ »

Voici « la plainte de M. Buloz » :

Le 26 janvier 1847.

Le 10 septembre 1846 j'ai eu l'honneur d'appeler votre attention sur les interruptions si fréquentes dans le service de mademoiselle Rachel, qui après son congé de juin, juillet et août, pendant lequel elle avait joué de quinze à vingt fois par mois, faisait perdre à la Comédie-Française les mois de septembre et d'octobre tout entiers *. En février 1847, cette artiste s'éloigna encore de la scène par suite des mêmes circonstances où elle se trouve encore aujourd'hui, et en arrêtant une pièôe nouvelle. Le

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