‹ Fran©ois Buloz et ses amisChapitre 146 sur 173 · Elle était enceinte · texte numérisé non relu

Elle était enceinte

Vieux de la Montagne, à la seconde représentation.

En décembre 1847, nouvelle interruption dans le service de mademoiselle Rachel, qui arrête également une pièce nouvelle, Cléopâlre, à la huitième représentation et faisant 4 000 francs de recettes, et ce qui est plus grave aujourd'hui, c'est que l'absence de la tragédienne ne durera pas moins de trois mois. Cette absence prive non seulement le théâtre des ressources de l'ancien répertoire tragique, mais elle empêche la mise à l'étude du Maréchal de Saxe, pièce écrite par M. Scribe pour mademoiselle Rachel avec l'engagement qu'elle serait jouée dans l'hiver 1847-48.

Au début d'une administration nouvelle, il n'en fallait pas davantage pour porter la coup le plus funeste à la réorganisation qu'on venait de décréter, si on, ne s'était préparé à combattre toutes les mauvaises éventualités et combler cette fâcheuse lacune dans le service de mademoiselle Rachel ; si M. Scribe à ma prière, avec son obligeance ordinaire, n'avait, dès les premiers jours d'août dernier, momentanément abandonné la pièce destinée à mademoiselle Rachel pour terminer Le Puff.

Quoi qu'il en soit, il est impossible, Monsieur le Ministre, à une administration responsable de ne prendre aucune mesure vis-à-vis d'une artiste qui doit neuf mois de service par an, et qui n'en donne que cinq ou six; qui, chaque année, fait supporter des pertes considérables à la Comédie sur ses mois d'activité, sans jamais rien perdre sur ses mois de congé. Tolérer un pareil état de choses sans s'efforcer d'y porter remède, sans mettre en demeure de compensation l'artiste qui s'inquiète si peu des intérêts du Théâtre qui a fait sa fortune, ce serait déserter

la cause dun établissement qu'on a mission de sauvegarder, ce serait, en quelque sorte, se rendre complice des dommages qu'il a éprouvés.

« Après la réception de ce rapport, M. le ministre, dit M* Marie, consulta la Commission des Théâtres qui reconnut que les incriminations contre mademoiselle Hachel n'étaient que trop fondées ^ »

Enfin, on lira le rapport de la Commission des Théâtres. Je dois dire que je connaissais de tout temps cette histoire, avec les détails qui la concernent... Mais je n'avais pu retrouver ce fameux rapport qui causa une telle satisfection à l'administrateur. Selon lui l'opinion de la Commission devait faire rentrer toutes choses « dans l'ordre accoutumé », comme disait Henri Blaze, en en plaisantant. Après l'avoir cherché parmi les archives de la Revue des Deux Mondes, qui sont importantes, car je savais qu'il y avait été déposé de la main même de F. Buloz, je l'ai demandé aux Archives Nationales, puis à la Direction des Beaux-Arts; je me suis assurée qu'il n'était pas à la Bibliothèque Nationale, section des manuscrits, et qu'on n'en trouvait pas trace au Conseil d'Etat; grâce à l'obligeance de M. Couët, l'érudit conservateur, je l'ai retrouvé à la Comédie-Française, avec sa date du 21 février 1848. Cette pièce seule manquait au dossier. La voici. Elle est accablante

Page 1