‹ Fran©ois Buloz et ses amisChapitre 147 sur 173 · Plaidoirie de >P Marie, déjà citée · texte numérisé non relu

Plaidoirie de >P Marie, déjà citée

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pour la tragédienne, mais elle donne raison en tous points à F. Buloz.

Rapport à la Commission des Théâtres Roijaux sur la réclamation de M. r Administrateur du Théâtre- Français contre l interruption du service de mademoiselle Rachel.

Paris, le 21 février I84S.

M.rAdminislraleurdii Théâtre-Français, dans une lettre datée du 3 lévrier, adresse à M. le Ministre de l'Intérieur de vives réclamations, au sujet de l'interruption du service de mademoiselle Rachel, et demande qu'il soit mis fin, par des mesures sévères, à un état de choses aussi nuisible au Théâtre que funeste à l'art.

Avant de soumettre à la Commission une proposition, il est nécessaire de se fixer sur la nature des griefs allégués par M. l'Administrateur contre Tactrice, et réciproquement. Du côté de l'Administrateur les griefs se résument en quelques mots : « sur neuf mois de service, mademoiselle Rachel trouve le moyen de n'en consacrer que cinq ou six au Théâtre-Français ». Ainsi, en 1816, cette artiste tombe malade des fatigues que lui a causées le bon emploi de ses trois mois de congé; la Comédie perd les mois de septembre et d'octobre. Fn février 1847, souffrances imprévues, interruptions du Vieux de la Montagne. En décembre 1847, nouvelles souffrances, interruptions de Cléopâtre, absence de trois mois. Du côté de mademoiselle Rachel, les plaintes se bornent à des protestations contre les mauvais procédés de l'administration de la Comédie.

En présence de ces allégations diverses, on doit,

avant toute chose, constater rexactitude des faits précités. Or, il résulte de l'examen attentif et impartial de la correspondance échangée entre les deux parties, que non seulement les laits allégués par l'Administrateur se confirment de tout point, mais que l'actrice cédant à de fâcheuses influences n'a cessé d'opposer aux tentatives de conciliation, des réponses évasives, et qu'elle a pris pour une malveillance réfléchie les sages représentations de l'Administrateur. Ainsi le 17 février 1848, l'Administrateur du Théâtre Français écrit à mademoiselle Rachel pour lui demander un de ses mois de congé (juin), c'est à ses yeux une compensation bien due au Théâtre qui perd 200000 francs par le fait d'une absence de quatre mois en un an (4 sur 9). Que répond mademoiselle Rachel? D'abord elle n'offre qu'une substitution d'un mois à un autre; puis elle se retranche dans la nécessité de satisfaire à des engagements contractés à l'étranger. L'Administrateur insiste : il se contentera d'un mois de congé de l'année 1849, mais dans une lettre du 24 janvier 1848, la tragédienne se refuse encore à cette concession, en prétendant « qu'elle ne peut se désarmer, et qu'elle subordonnera sa conduite aux procédés de l'administration ».

Ainsi mademoiselle Rachel pose nettement le débat entre elle et la Comédie-Française : du côté du théâtre, concessions illimitées ; du côté de l'actrice, indépendance absolue. L'Administrateur a été impuissant à combattre cette étrange prétention : il se repose sur l'autorité supérieure du soin d'en triompher. Nul doute que le Ministre n'ait entre les mains les armes nécessaires pour réprimer le caprice ruineux d'une actrice : mais il se trouve dans une

situation délicate, en présence de deux grands intérêts, qui réclament une prompte satisfaction. Il s'agit de mettre d'accord et \e public, qui se plaint avec raison du silence prolongé de l'actrice, et M. l'Administrateur, qui ne saurait consentir à user son autorité et son temps dans un débat stérile. C'est un problème que les exigences de mademoiselle Rachel rendent difficile à résoudre.

M. Buioz a cherché une solution : il croit l'avoir trouvée. En septembre 1846, il proposait au Ministre de reconstituerl'engagementde mademoiselle Piachel sur de nouvelles bases. Il voulait stimuler son zèle par l'intérêt, et demandait à cet effet l'autorisation de suspendre le traitement subventionnel de mademoiselle Rachel jusqu'à sa rentrée, c'est-à-dire qu'à la place de 42000 francs de traitement fixe, cette artiste n'en aurait plus touché que 12000. Le 8 avril 1847, l'Administrateur de la Comédie a renouvelé en la modifiant cette proposition : le traitement de mademoiselle Rachel se trouverait divisé en deux parts, Tune fixe, la subvention de 30000 francs, accordée par l'État, l'autre variable portant sur les recettes (100 francs, par 1000 francs, plus une représentation à bénéfice évaluée à 10000 francs). Le total en prenant la moyenne la plus faible des recettes, celle de 1846 (3034 francs), s'élèverait au chiffre de 61 000 francs pour 9 mois.

Doit-on s'associer aux espérances de M. Buloz? Doit-on admettre avec lui que cette réduction de traitement fixe, le paiement des feux variables suivant le zèle de chaque jour, auront pour effet de rappeler l'actrice à la stricte observation de ses devoirs? Les mobiles qui dirigent sa conduite sont de nature à ne laisser aucun doute sur l'inefficacité

de la mesure. Mademoiselle Rachel est afîectée de la maladie du temps : elle cède au désir de faire promptemenl fortune. L'étranger lui fait des offres fabuleuses : la Hollande a poussé la frénésie dramatique jusqu'à lui donner 52000 francs pour un mois à 20 représentations, Paris ne peut soutenir la concurrence; aussi Paris a été sacrifié sans pitié à l'étranger. Mademoiselle Rachel n'a donc qu'un but, le gain. Or, croit-on qu'elle s'arrêtera devant un semblant de sévérité? Croit-on qu'une modeste réduction de traitement transformera du jour au lendemain les tendances de sa nature? L'espérance de gagner 100000 francs la consolera aisément dela perte d'une douzaine de mille francs. Le remède n'est donc pas là. C'est du mal lui-même qu'il doit sortir. Tant que mademoiselle Rachel pourra jouir 'impunément de ses trois mois de congé, tant qu'on la laissera subordonner à l'exercice intact de ce droit, les devoirs de son service, la Comédie-Française vivra dans un slalu quo intolérable. Mademoiselle Rachel se rira des engagements les plus sacrés, et elle sacrifiera même, pour se préparer, dans la retraite, loin du théâtre, qu'elle devrait servir, aux fatigues de ses tournées de congé, jusqu'à ses appointements fixes : elle en faisait l'ofl're ces jours derniers. Mais du jour où le Ministre viendra dire à cette artiste par son représentant l'Administrateur de la Comédie : « Je vous accorde 3 mois de congé, je vous reconnais ce droit; mais à une condition, vous ne jouirez de ce privilège, qu'après avoir rempli les 9 mois de service que vous devez au Théâtre. » Alors la situation changera de face. On aura touché la corde sensible dans le cœur de l'actrice : elle écoutera la voix de l'intérêt.

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