F. Buloz à G. Sand, 4 mai 1853. Correspondance inédite
Ainsi finit la gérance du directeur de la Revue des Deux Mondes à la Comédie-Française. L'ère des contestations et des dissentiments va-t-elle se terminer avec sa retraite? F. Buloz fut-il, comme certains l'ont prétendu, la cause du désaccord qui exista entre Kacliel et la Comédie?...
Voici Lockroyvirtuellement nommé par Rachel. La tragédienne est heureuse, mieux, triomphante, elle dit partout que le choix du ministre « s'est arrêté sur l'homme qui avait à juste titre toutes nos sympathies... » — Elle possède le directeur de ses rêves. « Mademoiselle Rachel à partir de ce moment ne parla plus de sa démission, à laquelle elle paraissait ne plus songer » * — et elle chante la Marseillaise àdin?> toute la France, munie d'un brevet délivré par Elias Regnault!...
Tout va donc bien? Hélas, non! des nuages se forment à l'horizon, des bruits singuliers courent parmi les Sociétaires, et même au Ministère ; on dit que mademoiselle Uachel serait véritablement le seul directeur de la Comédie ; ses camarades s'en plaignent; elle écrira plus tard à madame de Girardin : « De ces observations il ressortait que les intérêts de la Comédie étaient sacrifiés aux miens, et que j'exerçais sur le Théâtre-Français une influence néfaste !»
Du moins, depuis qu'elle possède le directeur de son choix, elle a fait preuve de bonne volonté,
l. Plaidoirie de M* Marie, déjà citée.
elle a joué régulièrement? — Guère. Elle rentre en mars, le 6; elle joue dix fois ce mois-là, treize fois en avril, treize fois en mai, puis elle prend un congé de trois mois, qu'elle consacre à une nouvelle tournée en Hollande ; tournée fatigante dans laquelle, pendant un mois, elle joue vingt-sept fois, aussi revient-elle à Paris souffrante. Tout cela ressemble beaucoup au passé... Et où sont donc les mesures de rigueur, prises par la direction qui a succédé à celle de F. Buloz?
Mais voici mieux : Après son retour, les rumeurs dont j'ai parlé plus haut s'accentuent, et son avocat dira : ce Après son congé et sa rentrée, elle apprit qu'on répandait le bruit, que le directeur M. Lockroy avait pour elle des prédilections!... M. le Ministre fut frappé de ces bruits, M. Lockroy remplacé par M. Seveste^.. » Et l'avocat de la Comédie, discret : « Pour des motifs que je n'ai pas à interroger devant vous, dans lesquels je ne veux pas entrer, M. Lockroy donna sa démission ^ » Cette démission est suivie immédiatement de celle de Rachel, qui, l'an dernier, la donnait par antipathie, et cette année par solidarité sympathique : l'administrateur n'est plus le même.
Voici la lettre de démission de Rachel :
1. Plaidoirie de M° Delangle, avocat de Rachel, 28 novembre 1849.