‹ Fran©ois Buloz et ses amisChapitre 155 sur 173 · Fleischmann, déjà cité · texte numérisé non relu

Fleischmann, déjà cité

2. Rachel est morte le 3 janvier 1858, à onze heures du soir.

lysaient l'élan qu'il voulait donner à la Revue des Deux Mondes; il ne pouvait, étant pris ailleurs, consacrer à celle-ci tous ses efforts, toute sa pensée, et, bien qu'il s'épuisât de travail rue Saint-Benoît, les résultats de ce travail ne se firent vraiment sentir que lorsque le directeur fut complètement revenu à la Revue.

Voici comment madame Buloz parle de ces derniers événements, et des journées de février 1848 :

A madame Rosalie Combe.

Paris, 16 mars 1848.

Chère amie, je conçois l'ébahissement où les nouvelles du 24 vous ont jetée ; pour nous qui assistons à toutes les péripéties, la surprise est presque la même. Nous nous trouvons embarqués dans une République, sans savoir trop comment elle nous est venue, forcés d'en accepter toutes les conséquences, et priant sincèrement Dieu qu'il la protège et Tinspire. La crise commerciale est désastreuse ici, les plus grands et plus gros noms de la Banque suspendent leurs paiements, les maisons Gouin, Ch. Laffitte, Beaudon, Ganneron, Delessert, et tant d'autres font fermer leurs comptoirs; hier à la Banque on a changé pour neuf millions de billets contre du numéraire. La panique des petits rentiers est inimaginable, ils enfouissent certainement leur argent dans leurs paillasses, aussi aujourd'hui la Banque se refuse-t-elle à tout échanger, jusqu'à nouvel ordre, les billets sont frappés de discrédit. Les meilleurs esprits, ceux mêmes qui sont attachés

par leurs convictions au nouveau Gouvernement, ne peuvent prévoir quand et comment se terminera ce triste état de choses...

Depuis dix ans B. abandonnait ses appointements de la Revue pour la soulager d'autant des charges nombreuses qui pèsent sur elle, il y a seulement sept ans que de dix mille ses appointements furent portés à douze^ et tu penses qu'avec une nombreuse famille et une maison fort lourde, nous n'avons pas fait d'économies... qui sait si les rentes seront conservées, qui sait si on nous remboursera notre cautionnement...

La propriété de la moitié de la Revue qui nous appartient a certainement une valeur, mais une valeur fictive, il faut pour qu'elle conserve cette valeur que ses abonnés, que son influence lui restent, tout cela dépend de la marche des affaires, et de la durée de cette tourmente dans laquelle nous vivons depuis trois semaines. Toutes nos espérances sont cependant encore de ce côté, je ne partage pas ton opinion sur l'importunité d'un journal littéraire dans un temps de crise ; au moment où les spectacles, les réunions sont négligés des plus fidèles, la lecture est la seule distraction que Ton se permette, et qui ne choque les susceptibilités de personne. Les grandes questions qui se débattent, les discussions amenées par la reconstitution de toute une société, sont sans contredit des éléments au milieu desquels la Revue peut élever sa voix.

Pensant au développement que pourra acquérir la Revue dans l'avenir, en restant indépendante,

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