V. de Mars, secrétaire de la Revue des Deux Mondes
Pas des Universitaires.
Et pour finir, « La Shakespearienne, par M. Taine ». etc.
Cependant, Champfleury qui veille, périètre enfin dans la place; costumé en Hermite, il dissimule ses traits sous une fausse barbe, et apporte soi-disant de Terre-Sainte, des manuscrits curieux. Buloz ne le reconnaît pas, envoie ses manuscrits à l'imprimerie; et le faux Hermite conçoit ici le ténébreux projet d'offrir une liqueur soporifique au directeur, de manière à substituer pendant le sommeil de celui-ci, un manuscrit de sa façon au premier. Il y parviendrait en effet, si « le fidèle de Mars ne les suivait tous deux, en se proposant de veiller sur son maître ».
Et voici que Buloz et Champfleury sont assis devant une table recouverte d'un tapis vert, l'Hermite va perpétrer son forfait, il offre à Buloz du rhum de Jourdain ; on apporte deux coupes. Mais un mouvement visible seulement pour le public s'opère sous la table, c'est le tidèle de Mars qui s'y est glissé pour surveiller la scène. Cependant, l'Hermite verse le narcotique à Buloz, puis tire de sa poche, eu se cachant, une seconde gourde pour lui-même. Mais pendant que Champfleury replace le deuxième flacon sous sa robe, le fidèle de Mars fait tourner la table qui est à pivot mobile. De la sorte, c'est le verre de Buloz qui se trouve devant Champfleury : il le boit, s'endort et est enfermé dans la a Tour du JXord ».
C'est l'assaut do cette tour que les réalistes tentent, pour délivrer leur camarade. Chacun se défend avec courage ; « des engagements partiels ont lieu sur divers points... Trombouillot poursuit Beulé; Eugène Forcade se débat entre Thulié et Duranty, Scudo succombe sous le nombre. Malgré des prodiges de valeur, Mazade, Montégut et Saint-René-Taillandier sont obligés de battre en retraite ».
Seul, Buloz se défend encore, une hache à la main, mais vaincu à son tour, il n'obtient la vie sauve qu'à la condition de publier les Sensations de Josquin dans la Bévue des Deux Mondes sur laquelle victorieux, les réalistes plantent leur drapeau. « Marche triomphale. La toile tombe. »
Rue Saint-Benoît, la Revue fut plus à l'aise, plus commodément aussi près de ses imprimeurs, puisque Claye demeurait de l'autre côté de la rue, et la famille de F. Buloz, dans cet appartement nouveau, se trouva presque luxueusement installée. Quant au jardin, il fut pour les enfants un lieu de ravissement, — grand comme la main, il leur représentait le jardin de Sémiramis, les forêts de Chactas, les Hespérides enchantées... il y avait pour eux des cachettes profondes derrière les arbres, une pelouse, et une allée autour de la pelouse, quelles délices!
Voici comment Pontmartin en parle : « J'aimais cette salle d'attente avec son ombre discrète, ses
économies de soleil, et ses allées étroites enroulées autour de son microscopique tapis de gazon... J'ai passé là d'agréables heures, ruminant un sujet d'article, méditant sur les corrections demandées, attendant une épreuve, jasant avec un merle apprivoisé qui semblait chargé de siffler les manuscrits suspects, et qui s'acquittait vaillamment de la besogne. » Mais la vie n'y est pas toujours aussi calme, et le critique raconte les tempêtes dont il entend les échos; cependant, il a soin de se tenir à l'écart. « De temps en temps, par les fenêtres entr'ouvertes, m'arrivait un bruit de tempête, et j'aurais été tenté de redire le Suave mari magno de Lucrèce, si je n'avais songé que j'étais moi-même au bord du navire, sur cette mer agitée par les vents. J'entendais le maître en proie à la lièvre de la veille du numéro, se déchaîner tour à tour contre M. de Mars — toujours en carême — contre le prote, contre le rédacteur absent ou présent, contre une malheureuse coquille oubliée, sur une moyenne de deux cents pages... Il y avait de mauvais moments; mauvais moments dont on fait plus tard — trop tard — de bons souvenirs * ! »
C'est ici, au seuil de cette maison de la rue Saint- Benoît, qu'il me faut clore la première phase de la vie de F, Buloz.
Les luttes du début sont terminées. Après 1848,