‹ Fran©ois Buloz et ses amisChapitre 19 sur 173 · C'est le portrait que nous reproduisons : on venait de · texte numérisé non relu

C'est le portrait que nous reproduisons : on venait de

s'écrie naïvement : « Comme le fils de Laïus j'étais jeune et superbe, je touchais à mon seizième printemps. » x

Le petit rapin entra donc au Conservatoire et en sortit avec un premier prix de piano, et un premier prix de composition. Méliul avait deviné juste : Castil-Blaze est resté toute sa vie un exécutant incomparable, toujours chantant, sachant tout par cœur, les œuvres modernes avec les autres, les célèbres, les inconnues, et la musique de son pays, les Noé'ls de Provence, où nos modernes ont tant puisé, les farandoles, les reveyés, les rondes non transcrites qui datent du roi René, Castil-Blaze les avait toutes sur les lèvres, et au bout des doigts. Lorsqu'il fut licencié en droit, Blaze revint en Provence, car ce musicien devait être avocat : ainsi l'avait décidé son père. Par la suite il fut sous-préfet de son département, et aussi inspecteur de la librairie à Avignon, cela sous l'Empire, car cette charge fut supprimée par les Bourbons. Mais déjà en 1818 il fit représenter une adaptation des Noces de Figaro; le théâtre occupait sa pensée, il renonça bientôt au barreau, à l'administration, et se livra de nouveau à la musique et au journalisme musical. En 1814 il s'était marié avec une demoi-

représenter alors Annette et Lubin. Voyant le portrait au Louvre, Gretry dit : « Il y a du lubinisme dans cette flgure-là », et chanta le refrain si connu : « Lubin est d'une figure qui met tout le monde en train. » (Castil-Blaze, L'Académie Impériale, déjà cité.)

selle de Bur}-, d'Avignon, il la demanda à son père au moment où elle se fiançait à un autre : mademoiselle de Burv préféra Gastil-Blaze \ Ils eurent trois enfants. Bientôt, tourmenté par sa nature ardente, « mordu peut-être par le désir d'être quelqu'un », puis aussi poussé par ,1a nécessité de faire vivre tout ce monde, il revint à Paris avec 37 000 francs de dettes « dont il n'était pas l'auteur, un habit neuf et cinquante écus » et plaisantant de cette situation il disait : « Un amateur en demanderait davantage-; cela suffit à l'artiste. » Si sa bourse était plate, son bagage professionnel était abondant; il apportait : deux volumes sur la musique dramatique, un troisième qu'il intitule Dictionnaire de Musiqice; ce douze quatuors pour violon, viole et violoncelle, des trios pour bassons, des sonates pour pianos, des motets, antiennes et répons: des livrets et partitions d'opéras de ma façon ; d'opéras traduits, dont deux ont obtenu le plus brillant succès à Nîmes; des romances et des ballades; une infinité de petits chefs-d'œuvre qu'il serait trop long de vous signaler, composent mon basrasre musical- ».

Le voici revenu à Paris. A cette époque il a trente ans. Grand, fort, rieur, le visage ouvert, l'œil vif et spirituel dans sa large face épanouie,

1. Marie-Ânne-Euphro3ine-Félise de Bury, petite-fille de Jacques de Bury. Cette famille d'origine irlandaise avait suivi le roi Jacques 11 en France dans son exil en 1088 et s'y fixa. (Castil-Blaze, L'Amateur de musique.)

les cheveux foisonnants coiffés du grand feutre, c'est le t3^pe du bon ce Midi », toujours animé, chantant, déclamant, s'enthousiasmant ou s'indignant avec ferveur.

Un de ses compatriotes, M. Gregali, a tracé de lui ce portrait savoureux : « Castil allait courant, visitant les villes et les maisons amies, causant souvent au soleil, son grand chapeau béarnais à la main, le regard brillant, la mémoire gonflée de souvenirs. Il mêlait l'histoire, l'anecdote, la critique, la poésie, les voyages, les propos de table, l'astronomie, les proverbes, la musique, la gaité, la verve, le bon sens, la science, l'excentricité, la moquerie, la philosophie, la passion, la gastronomie, et le provençal; il parlait et chantait, il était à lui seul une bibliothèque et un concert! »

Sa nature épanouie et vivante le rendait irrésistible; d'ailleurs, il ignorait le doute. C'est ainsi qu'hier inconnu, il réussit à s'imposer au grand Bertin des Débats^ et à devenir son collaborateur. L'histoire est plaisante :

Un matin de l'année 1823 un inconnu se présente chez M. Bertin et, sans avoir l'air de se douter de ce que sa démarche a d'insolite, ose lui parler d'une réforme qui s'impose à son journal.

— Fort bien, monsieur, répond en souriant M. Bertin, ne vous gênez pas, dites ce qui nous manque.

— Un feuilleton.

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— C'est vrai, nous n'avons plus (JeclTroy, et vous voudriez remplacer Duvicquet?

— Je ne veux remplacer personne, je veux créer, fonder un art nouveau : la critique musicale, et comme il me faut une tribune d'où l'on m'entende, j'ai choisi les Débals. »

Bertin écoute avec attention, enfin :

« Je comprends, vous avez une idée, et vous voulez que nous vous aidions à la mettre à jour; essayez, monsieur, je vous donne trois mois. Je dois aussi vous prévenir que, chez nous, il faut savoir écrire, (^est la tradition'. »

Huit jours après paraissait, au Journal fies Débats, un premier, feuilleton, signé XXX, et le trimestre ne s'était pas écoulé « que déjà le tout l*aris dilettante ne jurait q,ue par Castil- Blaze ». Le Kossinisme emplissait l'Europe, « nos musiciens Boïeldieu, Auber, lïérold, en perdaient la tête, et le feuilleton des Débats menait l'orchestre ».

Ce feuilleton des Débats valut à Castil-Blaze^ une proposition de M. de Lauriston, ministre

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