‹ Fran©ois Buloz et ses amisChapitre 2 sur 173 · La rupture avec G. Sand · texte numérisé non relu

La rupture avec G. Sand

ALFRKD DE MUSSET. 3

si je lui en veux! Mais vous savez comme va le monde. Faites-moi donc le plaisir de penser un peu comment venir à bout de tou't cela. Ce ne serait pas un retard de trois jours, et c'est très important. Mais je suis si bète, que je ne puis me corriger moimême. Dites-moi donc un peu comment faire '. A vous,

F. Buloz aimait fort la Confession d'un enfant du siècle. Sainte-Beuve fut chargé de rendre compte du livre. Son article est excellent, et s'il fait quelques critiques, elles sont rares et indulgentes; il faut noter cette phrase, parlant de l'œuvre de Musset, Sainte-Beuve écrit : « La débauche y tient moins de place que dans le projet primitif, j'imagine. Le second volume, particulièrement, en est tout à fait purgé. » Cette phrase est intéressante quand on vient de lire la lettre qui précède, et le conseil donné par F. Buloz de faire des coupures. %

Mais la chronique de Sainte-Beuve — tout à fait curieuse à lire aujourd'hui — est une constante homélie adressée à Musset; il lui dit : « De vous à moi, je sais que vous êtes Octave, que cette confession est la vôtre » ; et, se souvenant en moraliste des ruptures et des recommencements dont il a été le confident lassé : « C'est le lendemain même des fantaisies d'Octave, que

1. Je pense que cette lettre est du début de 1836. La première édition de la Confession était eu deu.x volumes in-octavo.

ce charmant dîner a lieu (le dîner où Octave renonce à sa maîtresse, pour la céder à l^agello — pardon ! ;\ Smith) — et que le départ de Smith et de Brigitte pour l'Italie se décide. Qui nous répond que l'autre lendemain, tout ne sera pas bouleversé encore, qu'Octave ne prendra pas des chevaux pour courir après les deux amants, fiancés par lui, que Brigitte elle-même ne recourra pas à Octave? (Sainte-Beuve se souvient des fuites à Nohant. à Baden, à Montbard, etc.). Il est clair qu'on ne laisse aucun des personnages ayant pied sur un sol stable; on n'a, en fermant le livre, la clé finale de la destinée d'aucun. » Sainte-Beuve voudrait une conclusion, il trouve que l'ensemble manque de composition, il reproche à Musset trop de décousu dans son œuvre : Musset, pourtant, avait reproduit l'image d'un épisode de sa propre vie. Sainte-Beuve le savait bien : la vie n'est-elle pas ainsi? Il n'y a que la mort qui termine certains épisodes...

Le critique conclut en encourageant Musset au silence dans l'avenir : qu'il ne chante plus ses maux (quelle perte pour les lettres françaises si Musset l'eût écouté!) « Octave est guéri eniîn, dit Sainte-Beuve; quand il parlera de son mal désormais, que ce soit de loin, sans les crudités qui sentent leur objet... la nature épure et blanchit les ossements.. A cet âge de sève restante, et de jeunesse retrouvée, ce serait puissance et génie de la savoir à propos ensevelir (son expérience)

et d'imiter, poète, la nature tant aimée, qui recommence ses printemps sur des ruines, et qui revêt chaque année les tombeaux* ! »

Sainte-Beuve est suffisamment clair? F. Buloz ne^fut pas satisfait de cette chroni(iue, pourtant Musset l'était : « Remerciez Sainte-Beuve, son article est très bien. Que diable vouliez-vous donc? Je n'en mérite à coup sûr pas tant; je voudrais le trouver quelque part et causer une heure avec lui^ »

Un mois après, Musset est occupé d'un compte rendu qu'il doit écrire. Un Salon. « Je vous donnerai d'abord un article sur le Salon. Vous l'aurez avant le 20; il sera long, car je n'ai pas voulu le faire vite; j'ai à aller au Musée encore demain matin, et puis ce sera tout. La comédie est en train ^ »

Est-ce une causerie, ce Salon, une chronique? On ne sait. Musset va d'un tableau à l'autre, et vivement vous entraine de la Retraite de Russie de Charlet, au Saint Sébastien de Delacroix; du Dante de Flandrin, au j)ortrait de Dubufe : le Maréchal Grouchy\ en passant, il critique Boulanger et Roqueplan, passe l'œuvre d'Horace Vernet en revue, remarque Lne voiture de masques, de Lamy, qui « l'amuserait comme un vieux péché »; jette un regard [sur la Fille de

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