‹ Fran©ois Buloz et ses amisChapitre 3 sur 173 · Inédite · texte numérisé non relu

Inédite

6 FTxANÇOIS lULOZ ET SES AMIS.

Jephtc et sa charmante sœur : « dont le corps plie comme un roseau », enfin s'arrête, ravi, devant le Farniente de Winterhalter, qui lui « plaît tellement », qu'il n'ose pas dire à quel point. C'est qu'il y a là une belle paysanne. « Quels yeux! quelle bouche!... » et ce à quoi songe-t-elle? » Il s'en va, « crainte de prévariquer. .. il est dangereux de s'ériger en juge quand on n'est pas d'âge à être député ». Il lui faut, pour le ramener à la réalité des choses, la vue du Paysage d'hiver de Gabat, « car il n'y a rien de plus calmant qu'une vieille femme morte de froid. Encore ne suis-je pas sûr que ce ne soit pas un bûcheron ». Enfin, au milieu de tout cela, il trouve le moyen de parler de Pétrarque, du Dante, de Venise, de sa lagune « toujours dormante », et de l'ange de Saint-Marc, « qui est doré », s'il vous plaît, et non pas blanc, monsieur Flandin! Tout ce morceau est vif, alerte, brillant.

Mais ce que Musset aime par-dessus tout, ce sont les Pécheurs de Léopold Robert, et Léopold Robert lui-même, son talent, sa retraite, sa misère. Sa mort, à Venise, l'exalte. Chez l'ambassadrice d'Autriche, il en parlera devant le jeune et pimpant attaché Appony, d'ailleurs incapable de comprendre l'enthousiasme de Musset, et que les façons, souvent cavalières, du poète indignent.

Cette comédie qu'il promet dans son. dernier billet, c'est : // ne faut Jurer de rien. Que de variété dans la production de l'écrivain, et que

de perfeclion dans cette variété! Cette année 183G seule, succédant h d'autres années si cruelles, voit naître « la Lettre à Lamartine, la Nuit dWoùt, les Stances à la Malibran, ce charmant Salon, Il ne faut jurer de rien, et les Lettres de deux habitants de la Ferté-sous-Jouarre^ ».

Jamais le génie de jMusset n'a été plus fécond, plus libre, et cela au milieu de la vie que l'on sait, des joyeux voyages à Bury, des soupers, mondains ou autres, des bals masqués, dont il raiïole, du jeu, etc.

Pourtant, cette vie qu'il aime et qui l'épuisé aussi, il en a souvent la satiété, il le dit à la « Marraine », quand il est sincère, et c'est avec elle qu'il l'est le plus : ce Je vous avouerai que je commence à être parfaitement dégoûté de voir que des veilles forcées, que ma tête et ma poitrine me refusent, ne peuvent me tirer d'un passé qui m'écrase matériellement et moralement. — Ainsi soit-il. »

1. Voici la lettre d'A. de Musset à F. Buioz qui accompagnait la lettre sur les Humanitaires; la seconde que la Revue publia :

Dimanche soir.

« Voici, mon vénérable ami, la lettre sur les Humanitaires. Elle est un peu longue, mais je compte que vous la mettrez, afin que je n'aie pas veillé pour des prunes. Deux fois de suite, ce serait peu galant.

» Je vais me mettre au roman.

» A vous, '

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