‹ Fran©ois Buloz et ses amisChapitre 22 sur 173 · Mémoires de madame de Bawr, p · texte numérisé non relu

Mémoires de madame de Bawr, p

à rada|ttalion française de Castil-Blaze. Mais il lui trarda rancune. c< Vous m'accusez d'avoir estropié votre œuvre? lui dit l'irréductible Blaze, l'événement de la première représentation vous est connu; ce soir-là votre œuvre fut donnée telle qu'on la représente en Allemagne : elle est tombée. C'est alors qu'en la voyant à terre j'imaginai de l'estropier, et soudain quelle résurrection! La voilà partie et qui menace de ne plus s'arrêter... »

Le FreischiHz francisé eut trois cent vingt-sept représentations. Avec les goûts de Castil-Blaze ', la musique tenait une grande place dans les réunions de la rue Buiïault. Le maître de la maison accompagnait souvent Rossini au piano, et lui-même Blaze, de sa belle voix sonore, aimait tantôt à évoquer sa Provence dans ses chansons, tantôt à interpréter la musique de Cimarosa, de Grétry, de Méhul, ou de Boïeldieu. Seules les œuvres de Meyerbeer et de Halévy lui étaient antipathiques. Un jour qu'il partait pour le Midi : « Quand reviendrez-vous? lui demanda-ton. — Quand tous ces Juifs auront fini leur sabbat! » répondit Blaze.

M. de Lauriston. demeuré fort étonné du refus de Castil-Blaze, insista auprès de lui, pour qu'il

1, 11 ne me semble pas qu'on ait été juste pour Castil Blaze, à qui on a reproché trop souvent d'avoir massacré les œuvres d'autrui. Cependant on voit qu'il a rendu d'utiies services, en propageant ces œuvres.

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poursuivît activement, et au bénéfice de la scène française, la campagne de réformes qu'il avait entreprise aux Débats; le chroniqueur musical affirmait :

« Nous sommes en retard de soixante années! Il faut substituer un répertoire nouveau k l'ancien, remplacer les pauvretés que l'on crie à l'Opéra, par les productions du génie de Mozart, Piccini, Gluck, et aussi de Weber et de Hossini. »

Hérold rapportait le Mosé de Rossini d'Italie, d'autres œuvres attendaient.

Le bon Castil-Blaze eut longtemps à lutter contre ceux qu'il appelle avec mépris les « Dolopes » et les « Myrmidons frémissants de terreur ». Ce ne fut que dix ans après son entrée aux Débats qu'il réussit à faire mettre à la scène le Don Juan rendu à sa forme première. Celui que l'on représentait sur la scène française depuis 1805, arrangé par Kalkbrenner, était une œuvre hachée et méconnaissable. On ignore maintenant combien était transformé, défiguré, le Don Juan que l'Académie Royale de Musique représentait avant 1834.

« D'abord point d'introduction; le drame s'ouvrait par un récitatif de Kalkbrenner. Venait ensuite le solo de Leporello, suivi d'une romance, Invocation à la Nuit, sérénade ajoutée, que Don Juan chantait sous les fenêtres de Donna Anna. » Supprimée aussi la lutte de Don Juan avec Anna, l'entrée du Commandeur, et le trio

des trois basses. Don Juan tuait le Commandeur dans la coulisse, et chantait sur la musique de Kalkbrenner, ces vers extraordinaires :

Cueillons la jeune rose Qu'entr'ouvre le zéphir, Fleur d'amour fraîche éclose Appartient au plaisir!!...

Mais ce n'est pas tout, et voici qui est à peine croyable : le trio des masques était chanté par trois cavaliers de la maréchaussée, gendarmes, archers, sergents ou sbires, et ils chantaient :

Attendons en silence L'instant de la vengeance Ou la moindre imprudence Renverse nos desseins.

« Martin, Lhoste, Gaubert chantaient amoroso ces inconcevables paroles. »

Les voix d'hommes étaient substituées aux voix de femmes, etc., etc.

« La scène se passait à Naples ; Le Vésuve faisait éruption sur la strette du finale, renversait le palais de Don Juan. » Gastil-Blaze ajoute : « Il faut l'avoir vu, de ses oreilles, vu, ce qu'on appelle vu, pour oser l'écrire aujourd'hui. »

Le dernier finale était à peu près conservé, mais le morceau Già la mensa è preparata est traduit ainsi :

Père des ris, sois mon guide, Momus au festin préside.

Beaucoup d'or, table splendide.

Ma foi, le reste n'est rien!

Et Castil-Blaze frémissant d'indignation ronclut :

« Voilà le Don Juan, le chef-d'œuvre des chefsd'œuvre, tel que Thuring et Baillot aidés du musicien C. Kalkbrenner l'ont fait représenter à l'Académie de Musique le 30 fructidor an XIII (17 septembre 1805). L'Institut de France aidant, approuvant, autorisant cet exécrable sacrilège M »

Ce ne fut donc qu'en 1834 qu'un autre Don Juan remplaça sur la scène de l'Académie Royale l'Opéra francisé (?) par Kalkbrenner, contenant, à côté de la musique de Mozart et alternant avec elle, les romances et les séguedilles du même Kalkbrenner!... Dans ce Don Juan, que le zèle de Castil-Blaze nous donnait, le livret de da Ponte était respecté, il l'avait traduit avec son fils, Emile Deschamps en avait fait le scénario. La Falcon créa Donna Anna, Nourrit le rùle de Don Juan, et Le Vasseur celui de Leporello.

Mais revenons aux Débats de 1824. Avec le Feuilleton des Débats, la position de Castil-Blaze était assurée, il fît venir sa famille : sa femme, trois enfants, deux vieilles tantes (dont une carmélite que la Révolution avait rendue au monde) et une vieille bonne. Tout ce monde s'empila dans une calèche, et se dirigea vers Paris, par petites journées. A Paris on s'installa

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